La mesure de toutes choses

Rapportée par Platon, la célèbre réflexion du penseur grec du Ve siècle av. J.-C. Protagoras se perd dans l’histoire: «L’homme est la mesure de toutes choses: de celles qui sont, du fait qu’elles sont; de celles qui ne sont pas, du fait qu’elles ne sont pas.» La première interprétation en vient à tout relativiser: il n’y a pas d’absolu, le bien, la justice ou la vérité sont reliés à la vision unique de l’individu, l’homme. De nos jours, on préfère donner à cette citation une connotation humaniste, en parlant de l’homme au sens noble.

Quelles que soient la couleur politique, la compétence professionnelle ou la position sociale, l’être humain est toujours «quelque chose d’autre», quelque chose de plus. Et même la société consumériste et matérialiste dans laquelle nous vivons ne peut effacer totalement l’humain.

Les hommes et les femmes de la construction, bien campés les pieds sur terre dans leurs bottes de chantier, le savent bien. Diverses initiatives de solidarité sont soutenues ici et là au sein des entreprises de construction. Vous êtes nombreux à avoir contribué à quelque projet humanitaire, financièrement ou matériellement, au détour peut-être d’un échange ou d’un voyage collaboratif au cours de vos études.

Des projets sont aussi menés directement par certaines de vos sociétés: ici la construction d’écoles pour jeunes filles en Afrique, là la reconstruction de villages dans des zones sinistrées du Népal. Pour les hommes et les femmes qui s’y impliquent directement, ce n’est jamais anodin. La confrontation avec des réalités si différentes des nôtres est un enrichissement humain en plus d’être une expérience professionnelle stimulante. Lorsqu’on a peu de moyens matériels, on se concentre sur l’essentiel. Mener un chantier dans des conditions de précarité oblige à prendre des décisions essentielles et minimise la marge d’erreur. Les compétences acquises dans nos écoles sont précieuses, l’expérience de terrain est vitale.

Permettre, ou même proposer, à vos collaborateurs de s’impliquer pendant quelques semaines dans un tel projet serait sans doute un «cadeau» bien plus marquant que l’un ou l’autre gadget distribué en fin d’année, sortie à skis ou autre event de team building. L’élan donné en interne par une telle action pourrait être surprenant.

Bien souvent, il s’agit d’aider des populations défavorisées à passer d’une baraque bricolée à une maison en dur, équipée d’électricité et d’eau courante. L’acte constructif ramené à sa première et plus simple fonction: donner un toit à l’homme. La mesure de toutes choses.

Simplement construire des maisons

L’association Eirene Suisse est active dans la coopération au développement et la promotion de la paix et des droits humains, principalement par l’envoi de volontaires quali és auprès d’associations partenaires au Sud. Mélanie Lutz, une jeune ingénieure civile genevoise, nous parle de la mission de deux ans durant laquelle elle œuvre à construire des maisons dignes pour les familles plus modestes.

Un sourire d’enfant et une détermination à toute épreuve, Mélanie Lutz est une jeune ingénieure suisse. Elle suit le parcours habituel, stage puis diplôme, elle collabore cinq ans en tant que cheffe de chantier au sein de l’entreprise Marti Construction. Depuis 2016, elle s’engage auprès de Eirene Suisse, une association qui travaille essentiellement dans la coopération au développement par échange de personnes, c’est-à-dire en envoyant des volontaires collaborer avec des partenaires locaux au Sud, et dans l’appui à l’élaboration de projets de ces mêmes partenaires.

Chantiers & Rénovation (C&R): Vous tra- vaillez depuis onze mois au Nicaragua, dites-nous pourquoi ce pays et à quel projet collaborez-vous?                                                                                                                             Mélanie Lutz (ML): Au-delà de mon histoire personnelle qui m’a liée à ce pays et à l’Amérique centrale, je suis au Nicaragua pour mettre à profit mes compétences d’ingénieure dans un cadre social et non commercial. Là-bas, la construction a vraiment sa fonction originelle de donner un toit à sa famille. Il manquerait près d’un million de logements au Nicaragua, le pays le plus pauvre d’Amérique centrale: faute de moyens, 78% des Nicaraguayens vivent dans des logements inadéquats, sans accès à l’eau et l’électricité, souvent construits dans des zones dangereuses avec des matériaux qui ne résistent pas aux catastrophes naturelles qui touchent régulièrement le pays. Je collabore au sein de l’association Roncalli Juan XXIII qui s’est donnée pour mission de venir en aide à ces personnes en leur facilitant l’accès au crédit, ainsi qu’en soutenant les actions de la Centrale Nicaraguayenne de Coopératives de Viviendas (CENCOVI- COD). Mon rôle est d’appuyer l’organisation de programmes de construction et d’auto-construction d’habitations sociales.

C&R: Parlez-nous des actions de la CEN-COVICOD: elle aide les futurs habitants à constituer des coopératives pour accéder au crédit, acheter des terrains et construire des habitations?                                                          ML: Oui. Imaginez-vous vous présenter à votre banque pour demander un crédit de construction. Expliquer à votre banquier que votre terrain vous appartient, mais que, malheureusement, vous n’avez pas de document pour le prouver. Bien sûr, vous êtes certain qu’il est votre propriété puisque l’ancien propriétaire vous l’a vendu. Expliquez-lui aussi que vos revenus proviennent de la vente de vos récoltes et de la cuisine de votre femme; que tous les jours, dès 5h30 du matin, vous êtes dans la rue pour vendre votre production. Les clients sont réguliers – les voisins savent que votre femme cuisine très bien – malheureusement la récolte ne suit pas toujours. Imaginez-vous préciser à votre banquier que vous ne pouvez pas tenir un cahier de comptes, parce qu’en réalité vous ne savez pas écrire. En revanche, vous savez prendre soin de vos cultures et vous avez de bonnes notions de mécanique, qui vous permettent de réparer vos machines; d’ailleurs, vous ne les avez jamais changées depuis le début de votre activité. Des chiffres? Non, malheureusement, vous ne pouvez pas lui en présenter… Cette réa- lité qui peut sembler absurde est pourtant celle de la majorité des Nicaraguayens. Elle aboutit au refus d’un financement pour un logement digne, puisque acheter ce type de logement nécessite des crédits, eux-mêmes délivrés par les banques.

C&R: Comment les coopératives contrent- elles le système?
ML: Dans un premier temps, durant généralement une année, la Centrale Nicaraguayenne de Coopératives de Viviendas (CENCOVICOD) forme et soutient les familles pour qu’elles-mêmes créent légalement leur coopérative, en obtiennent le statut, et constituent un fonds propre avec un apport généralement de US $ 35 chacune. Ensuite, les familles membres pourront passer à la deuxième étape: acheter un terrain et construire leur maison, un logement digne.

C&R: Qu’est-ce qu’un logement digne?
ML: Un logement digne est un logement tel qu’il est défini par la Déclaration universelle des droits de l’homme, de l’ONU: c’est un endroit où les citoyens peuvent vivre en sécurité et en paix, dans un environnement sain. Plus concrètement, dans le cas du Nicaragua, c’est une maison construite avec des matériaux de qualité, comme des blocs de maçonnerie et une toiture en tôle de zinc; et surtout où la structure et les éléments de sécurité tels que les portes et les fenêtres sont résistants et complets. C’est un endroit que les habitants peuvent offrir à leurs enfants, avec leur budget, pour qu’ils puissent grandir en sécurité. Les logements ne doivent pas non plus être placés n’importe où: les risques géologiques doivent être pris en compte. L’article 677 de la Constitution nicaraguayenne confirme ce droit à un logement digne, mais malheureusement rien n’est mis en place pour permettre l’accès au financement de ce droit.

C&R: Le financement est donc la principale di iculté, mais ce n’est pas la seule.
ML: Aucune loi ou aide publique n’existe pour faciliter l’accès à cet article 677. Par exemple, un faible taux d’intérêt et un temps de remboursement adéquat aideraient énormément le processus d’achat des logements par ces familles. Autre problème, le manque de terrain urbanisé: lorsqu’une coopérative trouve une parcelle, aucun aménagement n’y est fait. L’accès à l’électricité et aux réseaux d’eau potable et d’eau usée n’est pas garanti, ni les services de base comme le ramassage des déchets. En effet, les autorités favorisent l’urbanisation des terrains achetés par les promoteurs.

C&R: Comment les habitants vivent-ils cette expérience?
ML: Collaborer en tant que coopérateurs est une expérience de vie très enrichissante pour les Nicaraguayens. En effet, le mouvement des coopératives offre aux familles un processus d’intégration qui leur apprend à réaliser leurs ambitions tout en leur offrant un suivi et une formation. D’abord, la notion d’épargne, souvent nouvelle, ouvre des perspectives inédites aux membres. Ensuite, le processus d’accompagnement change la vision des coopérateurs. L’objectif n’est pas seulement le logement, il va beaucoup plus loin. C’est l’activation d’un progrès social. Par exemple, certaines femmes sans emploi cherchent une manière de créer un commerce qui sera géré par la coopérative, ouvrir un marché ou même une boulangerie. Tout participe à améliorer les conditions économiques des familles. En participant, les coopérateurs se prouvent à eux-mêmes qu’ils sont capables de réaliser des projets; on en arrive à la notion d’estime de soi, qui est essentielle.

C&R: Parlez-nous des constructions.                  ML: Simples et efficaces. Des semelles filantes armées pour les fondations, des murs en briques de ciment construits selon un système de maçonnerie renforcée, avec à l’intérieur des armatures et du béton, et une structure métallique pour soutenir la toiture en tôle de zinc. Pour l’intérieur, les familles ont favorisé l’utilisation de matériaux un peu novateurs: des cloisons en plâtre pour gagner de l’espace, des fenêtres coulissantes, des portes en fibres de bois… En effet, elles ont choisi de faire un dernier effort financier quant à la qualité des matériaux de leur maison: les maisons en coopératives n’étant pas un bien mercantile, elles seront léguées de génération en génération. Les parents coopérateurs ont ainsi fait le choix de garan- tir à leurs enfants un environnement durablement sain et sécuritaire, avec le soutien de l’association Roncalli Juan XXIII. •

Grandeur nature

Innovation – Cabane de montagne

Un groupe de recherche international, basé en Slovénie, mène actuellement une expérience grandeur nature dans le cœur des Alpes. Il développe et fabrique des modules et les installe en haute montagne pour en étudier le comportement.

À l a frontière entre la Slovénie et l’Italie, le Mont Kanin culmine à 2587 mètres d’altitude. Le site offre des vues à 360° sur les vallées environnantes, sur le Mont Triglav – le plus haut sommet du pays qui en est également le symbole et est représenté sur le drapeau national – et jusqu’aux côtes adriatiques. C’est là qu’un groupe de recherche international qui réunit des architectes, des ingénieurs, des entreprises de construction spécialisées ainsi que des chercheurs a installé une cabane de montagne originale.

Le défi consiste à installer ces modules sur des sites isolés et d’étudier leur réponse aux phénomènes météorologiques extrêmes (violents changements de température, fort cumul de neige, pluie tempétueuse, terrain instable, etc.). Les conditions plus que difficiles exigent une réponse formelle, technique et matérielle (formes architecturales spécifiques, statique et structure adaptées, enveloppe et matériaux appropriés).

Aucune route ne conduit au site, tous les éléments sont transportés par hélicoptère – les modules et les charges sont préparés selon les limites de poids et d’équilibre. Sa position isolée exige le respect des res- sources naturelles et un impact minimal sur le terrain.

Le Mont Kanin revêt également une grande portée historique en raison des importants combats qui ont eu lieu ici pendant la Première Guerre mondiale. Les soldats se sont battus le long du front de l’Isonzo et de nombreux vestiges témoignent encore de ces années tragiques. Déjà largement reconnue pour sa beauté, la région est destinée à devenir encore plus prisée des randonneurs, grimpeurs, spéléologues, alpinistes et autres amoureux de la nature. Ainsi, au-delà des visées de recherche, l’idée de créer des modules qui servent de refuge prend tout son sens.

Science et tourisme

Les conditions météorologiques sont très difficiles. La couverture de neige dure plus de la moitié de l’année. En effet, la zone du
Kanin est connue pour les précipitations record de neige, qui dépassent régulièrement les 10 mètres. Les vents violents et les fortes pluies frappent aussi (précipitations record enregistrées pour une journée: 363 litres/m2). Des tremblements de terre sont aussi occasionnellement enregistrés.

Cet ensemble d’éléments porte les concepteurs à imaginer un module compact en bois. La forme géométrique particulière minimise l’emprise sur le terrain tout en offrant neuf places de couchage réparties sur trois plate-formes et une vue époustouflante. La décoration intérieure est réduite à son minimum et subordonnée à la fonction. Théoriquement, plusieurs modules pourraient être placés l’un à côté de l’autre afin de créer une structure d’une plus grande capacité et avec des fonctionnalités complémentaires.

La cabine a été entièrement financée par des dons et réalisée avec l’aide de nombreux volontaires. Les chercheurs l’utiliseront également en tant que base pour des observations climatologiques et géologiques ainsi que pour acquérir de nouvelles connaissances en ingénierie et architecture (statique, comportement des matériaux, etc.). La beauté du site et l’originalité architecturale ont d’ ores et déjà valu à la cabane du Mont Kanin diverses publications dans des magazines internationaux.•

Le BigData est déjà sur vos chantiers. Le saviez-vous?

Une enquête menée auprès des fabricants européens de matériels de chantier place la télématique en tête des prochaines évolutions. Pourtant l’analyse des méga-données n’est encore que peu exploitée. Affaire à suivre.

Le CECE, Comité européens des constructeurs d’engins, a mené une enquête auprès de 78 fabricants européens d’engins de chantiers, de toutes tailles et de différentes nationalités. L’une des questions portait sur l’identification des techniques appelées à se développer dans les engins de chantier durant les 5 années à venir. « La télématique et les radiocommandes » ont répondu 62% d’entre eux, avant « la réduction des émissions polluantes » (55%) et « les transmissions hybrides et électriques » (37%). Etonnamment, le plus mauvais score est « L’Analyse des Méga-données », qui ne représente un enjeu d’avenir pour seulement 14% des entreprises interrogées.

Pourtant, l’analyse des données est le corolaire de la télématique sans laquelle cette dernière n’offre finalement que peu d’avantages. Le traitement du flux de données générés les utilisateurs est la réelle valeur de la télématique. Télématique et traitement des données sont une seule et même technologie, ce que Caterpillar et Komatsu, les deux marques les plus avancées sur le sujet, ont bien compris. Visiblement, beaucoup de fabricants anticipent l’arrivée de la connectivité dans leurs machines sans vraiment saisir de quoi il s’agit.

L’acier intelligent Lors d’une conférence de presse donnée en marge de la dernière Bauma, Doug Oberhelman, CEO de Caterpillar a résumé le cap qu’il compte imprimer à l’entreprise pour les années à venir avec la formule « acier intelligent ». « Il y a une vraie transformation de notre monde autour des nouvelles technologies, a-t-il précisé. Nous voulons être le leader dans ce domaine et nous apporterons des solutions non seulement pour les machines Caterpillar mais également pour toutes les autres machines ».

L’Américain considère en effet que les chantiers n’ont pas encore vécu le boom de productivité que l’informatisation a provoqué dans l’industrie et les services. Il s’y prépare autour de deux axes : la connectivité et l’analyse de données. « Avec 400 000 machines connectées, Caterpillar possède déjà des millions de données enregistrées. C’est une expertise unique au monde ». Doug Oberhelman en profite pour rappeler que l’entreprise maintient un budget de recherche et développement de 2 milliards de dollars par an (soit 8 millions de dollars par jour !) dont une bonne partie est allouée au développement de logiciels.

La gestion et l’informatisation des engins de chantier promet d’énorme gains en termes de gestion et d’exploitation. Aux Etats-Unis, en Europe tout comme en Suisse les entreprises n’en sont qu’aux balbutiements en la matière et de nouvelles compétences doivent être acquises afin d’amener la gestion du parc machines dans une nouvelle dimension.

Des questions restent néanmoins en suspens, et pas seulement d’ordre technique. Par exemple : à qui appartiennent les données émises par une machine, à son fabricant ou à son propriétaire ? Un fournisseur est-il autorisé à analyser dans leurs moindres détails les méthodes de travail de ses clients ? Si le modèle recherché par Caterpillar est celui d’un quasi-monopole, comme ceux qui dominent actuellement la nouvelle économie c’est plutôt sur le terrain légal que les firmes doivent encore travailler.

Bientôt la révolution                                                                                          Depuis 2002 déjà, Caterpillar et Trimble collaborent sur divers projets de guidage et sur le traitement des données. Spécialiste du secteur, Trimble a acquis ces dernières années une force grandissante et ses liens avec Google laissent imaginer des développements surprenants pour le futur proche.

Lors de la dernière Bauma, Trimble a d’ailleurs signé des accords avec plusieurs autres grands fabricants, notamment Volvo, Hyundai et Doosan.

Avec les deux Coréens, l’accord porte sur le pré-câblage de plusieurs modèles de pelles pour faciliter le branchement ultérieur d’accessoires Trimble. Avec Volvo, cela va un peu plus loin puisqu’il s’agit de l’intégration complète d’un système de guidage et de positionnement en trois dimensions à l’intérieur d’une pelle Volvo, vendue ainsi tout équipée par le fabricant lui-même.

L’intégration complète de ces systèmes électroniques d’aide à la conduite a plusieurs avantages. Montés en usine, directement sur la chaîne d’assemblage, les composants sont mieux intégrés et mieux protégés. Vendus comme une option, ils sont couverts par la garantie globale de la machine et suivis par le même service après-vente.

Bien avancé également dans ce domaine, Komatsu avait lui choisi de s’associer avec Topcon pour lancer en 2013 ses premiers modèles tout équipés, une gamme qui ne cesse depuis de s’étendre. Force est de constater que les autres marques sont en retard, le pré-câblage n’étant qu’une facilité de branchement qui nécessite de faire appel à tiers pour rendre sa machine « intelligente ». Comme (presque) à chaque fois qu’une évolution majeure s’apprête à émerger, ce sont les grands acteurs – qui ont la vision et les moyen pour investir dans la R&D – qui jouent les précurseurs. Dans ce domaine et au vu des sommes colossales qui sont en jeu, l’agilité et la réactivité des plus petits n’est souvent pas suffisante.

Essaie encore

Un mini-ordinateur pour enfants, oublié au fond de la cave depuis quelques décennies a refait dernièrement son apparition chez moi. On y enfile une carte sur le côté et une question apparaît sur le minuscule écran digital. Les enfants le découvrent, amusés. Le jeu, habillé de sérieux, est totalement dépassé. Austère et sévère, il émet même des réponses qui aujourd’hui sont fausses ou qui n’ont plus de sens. «Combien y-a-t-il de planètes dans le système solaire?», «Quelle est la capitale de l’Allemagne?». Les enfants répondent justement 8 et Berlin mais l’appareil produit un son cassant puis sa voix métallique et saccadée répète: «essaie encore». Idem à chaque soi-disant mauvaise réponse.

Evolution, adaptation, innovation. La curiosité et la volonté de l’homme l’ont toujours poussé à aller plus loin, à comprendre ce qui l’entoure et à vouloir améliorer son cadre de vie. Les circonstances l’obligent à adapter ses méthodes et à trouver de nouvelles solutions. Au-delà de l’envie et de la contrainte, l’innovation est, aujourd’hui plus que jamais un indicateur fondamental de la santé économique d’un pays, d’un secteur d’activité ou d’une entreprise.

« Le manque de maîtrise technique de certains maîtres d’ouvrages publics freine l’innovation »

L’étude de l’OFS publiée mi-janvier est réjouissante. En 2015, les entreprises privées ont consacré 15,7 milliards de francs en Suisse pour leurs activités de recherche et développement (R-D). Cela représente une augmentation de 10% par rapport à 2012, date de la dernière enquête. Près de 57’000 personnes ont travaillé pour réaliser ces activités de recherche. Globalement, les entreprises dépensent 43 millions de francs par jour en R-D, samedis et dimanches compris, un montant jamais atteint auparavant. Depuis deux décennies, les dépenses de R-D augmentent plus rapidement que l’ensemble de l’activité économique en Suisse, mesurée par le produit intérieur brut (PIB). Les principaux acteurs de cette réussite sont les secteurs des «pharmas» (35% des dépenses totales de R-D), «Recherche et développement» (sic) et «Machines», pour respectivement 16% et 10%. La plus forte augmentation (+66%) s’observe dans la branche «TIC-services».

Aucune mention du secteur de la construction, dont le potentiel d’innovation, pourtant grand, semble plus porté sur la recherche appliquée que fondamentale et dont notre pays n’abrite que peu de grands acteurs internationaux. Pourtant, les professionnels sont en attente et adoptent avec enthousiasme les innovations ciblées sur leur activité. Sur les chantiers, les outils ancestraux côtoient les nouvelles technologies. Dans les bureaux d’étude le BIM introduit une nouvelle façon de concevoir et pousse la réflexion bien au-delà de l’acte de construire. L’industrie de la construction ne cesse d’introduire sur le marché de nouveaux produits et de nouveaux engins. Comment mieux valoriser ces innovations?

Dans le cadre des marchés publics par exemple, les variantes d’entreprises devraient être davantage encouragées et rémunérées. Elles sont le fruit d’une réflexion poussée, le témoignage de capacités supérieures et d’acquis techniques éprouvés. Elles sont aussi une preuve de courage, une prise de risque assumée et une démonstration d’un savoir-faire précieux. Surtout, elles représentent un investissement important pour les entreprises qui y engagent temps et compétences pour développer et défendre de nouvelles idées, expression d’une forte volonté et d’une confiance en l’avenir.

Malheureusement, encore trop de maîtres d’œuvres accusent un manque de maîtrise technique patent et freinent ainsi l’innovation. Alors que les professionnels innovent, ceux-là restent bloqués dans un autre temps. Dépassés, ils ne comprennent pas les solutions proposées et s’accrochent à d’anciennes notions. Pourtant l’évolution, l’innovation et le changement ne s’arrêtent jamais. Pluton et Bonn en savent quelque chose. «Essaie encore».

Passer au BIM, combien ça coûte?

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Le milieu bouillonne et beaucoup n’hésitent pas à parler de révolution. Le BIM est sur toutes les lèvres et nombre de bureaux d’architectes et d’entreprises s’apprêtent à franchir le pas. La question du coût est donc des plus légitimes.

Alors que l’industrie multiplie les propositions, difficile parfois de se faire une idée globale de ce que comporte la transition BIM. Déployer le BIM dans votre entreprise implique nombre d’éléments qu’il est utile d’énumérer au moment d’établir le budget.

Le logiciel lui-même coûte à l’achat entre 7’000 et 10’000 francs. La souscription annuelle de mise à jour et maintenance s’élève à environ 20% du prix d’achat. Ce logiciel permettra de réaliser et de modi er le modèle 3D, de faire des visualisations et des estimations de quantités. A ces fonctions «de base» (bien que déjà très riches) peuvent s’ajouter des modules complémentaires ou d’autres logiciels pour réaliser des analyses plus précises, la planification, etc. Les clones ou les versions « light » sont souvent offerts aux alentours de 1’000 à 2’000 francs. Gare aux éventuelles limitations auxquelles ses versions sont soumises (surtout au niveau de l’échange des données).

Une fois l’achat réalisé, vient le temps de la formation. Les logiciels BIM sont complexes, mais plutôt conviviaux. Une semaine de formation (au minimum) reste toutefois indispensable. Les prix, là encore sont plutôt variables, globalement entre 700 et 1200 francs par jours. A ne pas oublier, durant la période de formation les personnes sont absentes du bureau ou tout du moins, ne sont pas productives. Une formation interne est à envisager si vous avez les ressources pour le faire.

chr-9_bim-78-copieIdéalement vos employés doivent se sentir impliqués et comprendre que ce changement et cette formation sont tout à leur avantage. Ils y mettront du leur en se documentant et en s’engageant pleinement.

Les logiciels BIM sont extrêmement puissants. Ils requièrent donc des ordinateurs performants pour les faire tourner. Compter 2’500 à 3’500 francs pour ce type de machines, avec écrans. Sauf si bien sûr si vous disposer déjà de ce type d’ordinateur.

Il n’est jamais facile de changer les vieilles habitudes. Le BIM est un changement radical part rapport à la CAO, ce qui pourrait entraîner une relative perte de rendement initiale. vous ne pourrez pas passer du jour au lendemain de l’un à l’autre sans encombres. Certains parlent d’environ 20-30% de baisse de rendement les quatre premiers mois. vous connaissez le salaire et les charges de vos employés, le calcul est relativement vite fait.

Mettre en place le BIM dans l’entreprise prend du temps, beaucoup de temps. Le BIM impose de changer les méthodes de travail de chacun. Il faut mettre en place et tester les nouveaux flux de travail, créer les standards, les gabarits, expliquer, tester et échanger.

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C’était mieux avant?

Les arguments énumérés jusqu’ici sont, certes, plutôt rebutants. Posons donc la ques- tion autrement: Combien cela vous coûte-t-il de ne pas passer au BIM? Le passage de la planche à dessin à la CAO, qui est encore dans beaucoup de mémoires, donne sans doute une bonne indication. Personne aujourd’hui n’imagine ressortir ses Rapidos et revenir en arrière! Personne non plus n’a mis la clé sous le paillasson pour être passé à la CAO, malgré l’engagement et les coûts initiaux.

Tout comme la CAO, le BIM donne globalement des résultats positifs assez rapidement. En effet les études le démontrent: après un an d’exploitation du BIM, la production enregistre une augmentation d’environ 25% et cela continue d’augmenter les années suivantes. Le coût initial sera ainsi amorti au bout de deux ans environs. Et bien sûr le BIM pourrait vous amener des affaires supplémentaires.

Une question qui revient souvent est: «Qui paie?». La réponse est pourtant simple: celui qui bénéficie de la valeur ajoutée par le BIM. Admettons que vous soyez architectes. vous utilisez le logiciel BIM comme aide à la conception et pour faire des visualisations 3D uniquement. Votre maquette n’est pas structurée, donc il n’y aura pas d’échange possible sans travail. Là clairement vous êtes le seul bénéficiaire, donc vous payez ou si vous préférez vous ne pouvez pas facturer les coûts supplémentaires à votre client.

«25% d’augmentation de productivité après un an»

Pareil si vous êtes une entreprise de construction et que vous réalisez une maquette numérique afin de faire des détections de conflits, de la planification de chantier, de la gestion des coûts voire de la sécurité. vous en bénéficiez donc vous prenez en charge les coûts.

Par contre si vous êtes architectes et que vous utilisez tous les avantages de la maquette numérique structurée, comme pour les calculs énergétiques, et que votre client économise même un faible pourcentage de sa consommation d’énergie sur la durée de vie du bâtiment, alors là votre client doit prendre en charge les coûts de conception supplémentaires. Et si en plus vous faîtes la coordination des maquettes (structure, MEP, etc.), que ces maquettes sont passées à l’entrepreneur et que celles-ci sont ensuite mise à jour « tel que construite », que votre client pourra l’utiliser pour la maintenance, alors là bien sûr votre client devra payer pour cette plus-value. A vous de le convaincre…

Certes, le BIM est encore jeune. Mais les retours d’expérience très positifs se multiplient et les avantages pour le Maître d’ouvrage sont relativement simples à expliquer. La demande de la part des clients, bien informés et tournés vers l’avenir, se renforce clairement. Certains marchés publics l’imposent déjà. (Article de Patrick Riedo objectif-bim.com, Adaptation:Massimo Simone) •

Le BIM, combien ça coûte?

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Le milieu bouillonne et beaucoup n’hésitent pas à parler de révolution. Le BIM est sur toutes les lèvres et nombre de bureaux d’architectes et d’entreprises s’apprêtent à franchir le pas. La question du coût est donc des plus légitimes.

Alors que l’industrie multiplie les propositions, difficile parfois de se faire une idée globale de ce que comporte la transition BIM. Déployer le BIM dans votre entreprise implique nombre d’éléments qu’il est utile d’énumérer au moment d’établir le budget.

Le logiciel lui-même coûte à l’achat entre 7’000 et 10’000 francs. La souscription annuelle de mise à jour et maintenance s’élève à environ 20% du prix d’achat. Ce logiciel permettra de réaliser et de modi er le modèle 3D, de faire des visualisations et des estimations de quantités. A ces fonctions «de base» (bien que déjà très riches) peuvent s’ajouter des modules complémentaires ou d’autres logiciels pour réaliser des analyses plus précises, la planification, etc. Les clones ou les versions « light » sont souvent offerts aux alentours de 1’000 à 2’000 francs. Gare aux éventuelles limitations auxquelles ses versions sont soumises (surtout au niveau de l’échange des données).

Une fois l’achat réalisé, vient le temps de la formation. Les logiciels BIM sont complexes, mais plutôt conviviaux. Une semaine de formation (au minimum) reste toutefois indispensable. Les prix, là encore sont plutôt variables, globalement entre 700 et 1200 francs par jours. A ne pas oublier, durant la période de formation les personnes sont absentes du bureau ou tout du moins, ne sont pas productives. Une formation interne est à envisager si vous avez les ressources pour le faire.

Idéalement vos employés doivent se sentir impliqués et comprendre que ce changement et cette formation sont tout à leur avantage. Ils y mettront du leur en se documentant et en s’engageant pleinement.

Les logiciels BIM sont extrêmement puissants. Ils requièrent donc des ordinateurs performants pour les faire tourner. Compter 2’500 à 3’500 francs pour ce type de machines, avec écrans. Sauf si bien sûr si vous disposer déjà de ce type d’ordinateur.

Il n’est jamais facile de changer les vieilles habitudes. Le BIM est un changement radical part rapport à la CAO, ce qui pourrait entraîner une relative perte de rendement initiale. vous ne pourrez pas passer du jour au lendemain de l’un à l’autre sans encombres. Certains parlent d’environ 20-30% de baisse de rendement les quatre premiers mois. vous connaissez le salaire et les charges de vos employés, le calcul est relativement vite fait.

Mettre en place le BIM dans l’entreprise prend du temps, beaucoup de temps. Le BIM impose de changer les méthodes de travail de chacun. Il faut mettre en place et tester les nouveaux flux de travail, créer les standards, les gabarits, expliquer, tester et échanger.

chr-9_bim-4C’était mieux avant?

Les arguments énumérés jusqu’ici sont, certes, plutôt rebutants. Posons donc la ques- tion autrement: Combien cela vous coûte-t-il de ne pas passer au BIM? Le passage de la planche à dessin à la CAO, qui est encore dans beaucoup de mémoires, donne sans doute une bonne indication. Personne aujourd’hui n’imagine ressortir ses Rapidos et revenir en arrière! Personne non plus n’a mis la clé sous le paillasson pour être passé à la CAO, malgré l’engagement et les coûts initiaux.

Tout comme la CAO, le BIM donne globalement des résultats positifs assez rapidement. En effet les études le démontrent: après un an d’exploitation du BIM, la production enregistre une augmentation d’environ 25% et cela continue d’augmenter les années suivantes. Le coût initial sera ainsi amorti au bout de deux ans environs. Et bien sûr le BIM pourrait vous amener des affaires supplémentaires.

Une question qui revient souvent est: «Qui paie?». La réponse est pourtant simple: celui qui bénéficie de la valeur ajoutée par le BIM. Admettons que vous soyez architectes. vous utilisez le logiciel BIM comme aide à la conception et pour faire des visualisations 3D uniquement. Votre maquette n’est pas structurée, donc il n’y aura pas d’échange possible sans travail. Là clairement vous êtes le seul bénéficiaire, donc vous payez ou si vous préférez vous ne pouvez pas facturer les coûts supplémentaires à votre client.

«25% d’augmentation de productivité après un an»

Pareil si vous êtes une entreprise de construction et que vous réalisez une maquette numérique afin de faire des détections de conflits, de la planification de chantier, de la gestion des coûts voire de la sécurité. vous en bénéficiez donc vous prenez en charge les coûts.

Par contre si vous êtes architectes et que vous utilisez tous les avantages de la maquette numérique structurée, comme pour les calculs énergétiques, et que votre client économise même un faible pourcentage de sa consommation d’énergie sur la durée de vie du bâtiment, alors là votre client doit prendre en charge les coûts de conception supplémentaires. Et si en plus vous faîtes la coordination des maquettes (structure, MEP, etc.), que ces maquettes sont passées à l’entrepreneur et que celles-ci sont ensuite mise à jour « tel que construite », que votre client pourra l’utiliser pour la maintenance, alors là bien sûr votre client devra payer pour cette plus-value. A vous de le convaincre…

Certes, le BIM est encore jeune. Mais les retours d’expérience très positifs se multiplient et les avantages pour le Maître d’ouvrage sont relativement simples à expliquer. La demande de la part des clients, bien informés et tournés vers l’avenir, se renforce clairement. Certains marchés publics l’imposent déjà. (Article de Patrick Riedo objectif-bim.com, Adaptation:Massimo Simone) •

Toujours plus de normes? Oui!

massimo portrait 4Il est de bon ton parmi les professionnels de tout bord, tout comme dans une bonne frange de la population, de râler contre la bureaucratie. Et l’on s’en prend volontiers aux autorités cantonales, à la Berne fédérale et, summum du bouc émissaire, à Bruxelles et à la masse de normes européennes.

Le monde de la construction est confronté à l’exponentielle augmentation des normes. Nombre d’entrepreneurs ressentent une réelle pression administrative qui les contraint à dédier toujours plus de temps à l’analyse de la réglementation et à l’adaptation des procédures internes à leur entreprise afin d’y répondre.

De l’efficience énergétique à la sécurité, de la bonne gestion à l’élimination des déchets, il ne suffit pas de bien savoir faire son travail pour être entrepreneur.

« face à des prix nettement plus bas, les habitudes des maîtres d’ouvrage sont vite balayées »

Pourtant certains en demandent plus et ils ont peut-être bien raison. En effet, l’ouverture de la concurrence aux entreprises européennes et mon- diales, tendrait initialement à faire arriver chez nous des services et des produits de qualité inférieure à nos standards habituels. Mais face à des prix nettement plus bas, les habitudes des maîtres d’ouvrage sont vite balayées. C’est le constat qu’a fait dernièrement un fabricant alle- mand de portes et fenêtres, Roto Frank AG pour ne pas le nommer. Sur certains segments, ses marges s’effritent au pro t de produits en provenances de l’Est ou de Chine. Nombre d’industriels suisses se trouvent face à la même inéluctable réalité.

Pire encore, l’écart technique initial tendrait à diminuer (assez) rapidement, les produits «exotiques» devenant de plus en plus qualitatifs. Que faire donc? Tout en poursuivant ses efforts d’innovation, l’industriel allemand – présent sur les cinq continents, dans une quarantaine de pays et annonçant un chiffre d’affaires de 622 millions d’euros en 2015 – s’est adressé à la Commission européenne, appelant à une définition plus précise des normes de qualité.

Sur un autre terrain mais dans la même logique, la SSE invitait dernièrement les maîtres d’ouvrages publics à une définition plus précise des tâches liées au développement durable. Des phrases du type «les entreprises sont tenues de minimiser l’impact environnemental de leurs travaux» ne sont plus acceptables dans les contrats de construction. Aujourd’hui, les entreprises réalisent souvent des prestations qui légalement échoient au maître d’ouvrage, sans pour autant être rémunérées.

Plus de normes donc, pour défendre ses intérêts et les efforts de développement et d’innovation fournis. Maîtres d’ouvrage, propriétaires, entrepreneurs, industriels ou simples consommateurs, il incombe à chacun d’agir pour assurer la qualité de nos constructions et de nos cadres de vie. Ainsi que de l’emploi et de la formation.

Qui fait quoi?

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Pour les communes et autres institutions publiques, la gestion d’un projet de construction, scolaire par exemple, relève d’un processus complexe. Comment organiser le suivi et assurer la maîtrise du projet et de ses coûts pour obtenir un résultat de qualité? Du MO à l’architecte en passant par le BAMO et le RMO, Christiane von Roten, membre du comité SIA Vaud, nous rappelle qui fait quoi.

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Chantiers & Rénovation (C&R): Nombre de communes vivent une phase de fort développement. Qu’est-ce qui peut les aider à mener à bien leurs projets de construction?                                     Christiane von Roten (CvR): L’un des fondements de la réussite d’un projet de construction réside dans la con ance mutuelle entre les parties. Ce rapport de confiance n’est pas toujours issu d’une relation éprouvée, car le maître de l’ouvrage public, une commune par exemple, ne connaît pas toujours l’architecte avec qui il devra collaborer. Il s’agit donc de définir au préalable et clairement la répartition des tâches et des responsabilités de chacun. S’il existe pour cela des outils (Code des obligations, norme de compréhension SIA 112 «Modèle et conduite de projet», contrats SIA 1001/1-2-3), il convient de rappeler ici quelques pistes favorisant le succès d’un projet.

C&R: La première?
CvR: Plus un maître de l’ouvrage (MO) s’implique dans le processus, plus l’objet construit satisfera ses besoins.

C&R: Mais le processus est complexe.
CvR: Oui, et il exige de la part des acteurs concernés des compétences pointues et multiples. Pour l’architecte, il s’agit de coordonner des contraintes et des besoins parfois antagonistes en vue de proposer à son client la meilleure solution. Le MO, quant à lui, doit avoir les disponibilités et les compétences nécessaires pour prendre des décisions en toute connaissance de cause. Cet investissement mutuel de la part du MO et de son mandataire est garant de la qualité d’une construction, du respect de ses délais et de ses coûts.

C&R: Toutes les communes ne disposent pas de telles ressources. Que constatez-vous sur le terrain?
CvR: Souvent désemparées face à l’ampleur de la mission, les communes font aujourd’hui de plus en plus appel à des spécialistes «Bureau d’assistance au maître de l’ouvrage» (BAMO) ou «Représentant du maître de l’ouvrage» (RMO).

C&R: Pouvez-vous nous préciser les rôles de ces derniers?
CvR: Dans les deux cas, il s’agit de bureaux mandatés par le MO pour l’assister dans toutes ou partie de ses tâches au fil du projet. Leur profil est similaire, s’agissant de spécialistes expérimentés dans les domaines de la construction et des marchés publics, familiarisés avec les outils de gestion des coûts, des délais et du management de projet. Un BAMO n’assistera que partiellement le MO, agissant comme un expert compétent sur des tâches bien précises. Le cahier des charges d’un RMO sera plus large: il assistera et représentera le MO dans toutes ses tâches et tout au long du processus, agissant comme «chef de projet» du MO.

C&R: Le BAMO/RMO n’assure donc pas des prestations de l’architecte.
CvR: Non, il s’agit d’un mandat spécifique dont le but est bien de compléter les compétences et les disponibilités du MO. Cette assistance ne libère pas de ses responsabilités le MO qui, dans tous les cas, reste le seul à prendre les décisions et à signer les contrats.

C&R: Les architectes sont souvent à la tête d’un pool de mandataires. Qu’en est-il?
CvR: Parfois, le MO étend les responsabilités de l’architecte pour qu’il assure la fonction de mandataire général, le soulageant ainsi de la gestion des professionnels spécialisés (l’architecte conclut alors des contrats de sous-traitance avec ces derniers). Cette mission supplémentaire, qui relève du cahier des charges du MO, ne correspond pas forcément aux compétences de base de l’architecte. Le MO doit donc au préalable s’assurer que les architectes, chargés de la mission de mandataire général (selon la norme SIA 112), possèdent les compétences et les ressources suffisantes pour assumer cette responsabilité étendue.

C&R: Finalement donc, pas d’antagonisme entre architectes et BAMO ou RMO?
CvR: Tous ont le même but et, si les rôles sont bien définis, la collaboration est très fructueuse. L’architecte sert au mieux de ses connaissances et de sa compétence les inté- rêts du MO pour atteindre les objectifs de celui-ci. Il se porte garant de ses intérêts et, de ce fait, est tenu de l’informer, de le mettre en garde et de le conseiller tout au long du processus. Aussi, l’architecte est le partenaire de confiance du maître d’ouvrage. Et il a besoin d’un MO investi dans sa mission, ou d’un BAMO/RMO qui le représente, afin de garantir un résultat à la hauteur des attentes de tous. •