Appel au bon sens

« Y a-t-il quelque chose de pourri sur nos chantiers? » C’est avec ce titre pour le moins accrocheur que la FMB, la Fédération genevoise des métiers du bâtiment, a introduit son assemblée générale du 29 juin dernier. Travail au noir, sous-traitance en cascade ou faux indépendants, les problématiques sont récurrentes et pourraient finir par lasser. Personnellement, après plusieurs années de fréquentation régulière, j’avais fini ces derniers temps par bouder l’événement: «Toujours les mêmes blablas, me disais-je, les prix trop bas, les méchants profiteurs qui viennent à Genève casser les prix, les blocages administratifs, et patati et patata.» Pourtant cette fois, j’ai cédé à l’insistance de l’invitation et des rappels. Eh bien, au premier coup d’œil, je n’ai pas été dépaysé. Les visages sont connus et les nouveaux peu nombreux. Les discours sont ceux attendus et globalement, les thèmes sont les mêmes. Pourtant, imperceptiblement, je devine une certaine évolution. Finies les virulences tachycardiques de Gabriel Barrillier. Finie l’élégante indignation de Luc Perret et les coups de (grande) gueule lancés depuis les tables. L’ambiance est objectivement plus posée, résolument plus pragmatique.

Avec son phrasé menu, Serge Hiltpold, président de la FMB depuis 2014, impose à toute l’assemblée une concentration nouvelle, orientée vers des solutions concrètes et concertées. À la tête d’une menuiserie bientôt centenaire, il travaille les dossiers politiques jusqu’au détail. Il scie, il rabote, il lime ses arguments, puis les réunit avec précision. Sa logique est ajustée au millimètre tout en restant singulièrement simple, une succession de gestes rapprochés et rapides, semblables à ceux de l’artisan, qu’il déroule avec naturel, que l’on ne peut interrompre et qui se poursuit jusqu’à un assemblage à l’apparence évidente et pourtant riche en savoir-faire et maîtrise.

Les sujets d’inquiétude des entrepreneurs genevois sont nombreux et familiers bien au-delà des frontières cantonales, en particulier en ce qui concerne les marchés publics. La tendance à choisir systématiquement l’entreprise la moins chère, le manque de curiosité des autorités face à des prix anormalement bas – telles des heures facturées à moins de 50.- francs pour des ingénieurs –, et la navrante facilité avec laquelle les responsabilités les plus diverses sont reportées sur les entreprises sans que mandataires et maîtres d’ouvrages ne soient impliqués, ne sont pas l’apanage de la cité de Calvin. Il y a encore bien du travail à mener tant au niveau local que fédéral.

Empreint de bon sens et inscrit dans le long terme, le menuisier carougeois bannit les dogmatismes. Il en appelle au pragmatisme et à l’honnêteté. Les récents dispositifs mis en place ont une force contraignante d’abord pour les entreprises et visent ensuite à assainir un système que quelques fraudeurs s’affairent à déséquilibrer. La FMB a soutenu le renforcement du contrôle obligatoire des sous-traitants par les entreprises principales, la limitation de la main-d’œuvre temporaire, l’examen de la capacité effective d’une entreprise soumissionnaire à réaliser les travaux avec son propre personnel et encore l’augmentation des sanctions à l’encontre des tricheurs avec une exclusion de tous les marchés publics durant cinq ans et une amende administrative pouvant aller jusqu’à 10 % de la valeur du marché.

À Genève comme ailleurs donc, les entreprises de la construction prouvent qu’elles sont prêtes à assumer leurs responsabilités. C’est maintenant aux autorités – surtout lorsqu’elles agissent en maître d’ouvrage – d’en faire autant!

Les PPP pour répondre aux besoins d’infrastructures

Economie – Partenariat Public-Privé

Lors d’une séance d’information organisée à Lugano le 5 mai dernier, l’Association PPP Suisse et son groupe PPP Suisse italienne ont mis en lumière le potentiel des partenariats public-privé pour les besoins d’infrastructures de la Suisse italienne, et présenté dans ce cadre les instruments juridiques et techniques des projets de PPP. Le grand nombre de par- ticipants, parmi lesquels des autorités politiques, des entre- prises et d’autres personnes curieuses d’en savoir plus sur cette thématique, témoigne clairement de l’intérêt suscité par les PPP aussi en Suisse italienne.

Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics font de plus en plus appel à des capitaux privés pour leurs ouvrages a n de délester leurs budgets, professionnaliser la gestion et développer les services. Analyser et planifier les besoins des partenaires publics et privés sur le long terme sont des éléments clés des partenariats public-privé (PPP), un type de coopération qui permet d’ouvrir de nouvelles voies pour réaliser des infrastructures publiques.

Cycle de vie

En Suisse alémanique, les PPP ont été expérimentés à plusieurs reprises et mis en œuvre avec succès dans de nombreux projets, dont notamment le Centre administratif cantonal Neumatt à Berthoud, qui est entré en service en 2012 et qui regroupe sur un seul site 19 services cantonaux, avec près de 450 postes de travail. Il a été réalisé sur 18 700 m2 de surface utile pour un volume d’investissement d’environ 150 millions de francs.

Doris Haldner, présidente de la commis- sion du contrat Neumatt, explique: «Le bilan après cinq années d’exploitation est toujours extrêmement positif et confirme la haute qualité de construction grâce à l’approche sur le cycle de vie. L’analyse des besoins et le calcul de rentabilité réalisés au préalable ont permis aux partenaires publics comme pri- vés d’évaluer de manière plus précise et plus complète les futures exigences en termes d’exploitation et d’entretien. Les utilisateurs ont été impliqués dès la phase d’appel d’offres. La principale mission de la société de projet est la prise en charge des risques liés à la fourniture de prestations.»

Neumatt est un formidable exemple pour mieux comprendre les PPP et comment réussir leur mise en application. Et Doris Haldner d’ajouter: «Les pouvoirs publics restent propriétaires de l’ouvrage pendant toute la durée du contrat, soit vingt-cinq ans. La planification, la construction, le financement et une partie de l’exploitation des bâtiments et des installations sont pris en main par la société d’exploitation. Cette dernière fournit l’ensemble des prestations et assume la responsabilité de l’entretien et de l’exploitation des bâtiments et des installations. Elle reçoit en contrepartie une indemnité d’utilisation qui permet de payer les frais d’investissement, de financement, d’entretien et d’exploitation pendant la durée du contrat.»


 

 

 

 

Une alternative aux marchés publics

En Suisse italienne, on a certes beaucoup discuté d’une collaboration plus active entre l’État et les partenaires privés, mais les PPP n’avaient jamais été utilisés jusqu’ici. Avocate au sein du Service juridique de la Ville de Lugano, Betty Gatti confirme toutefois qu’il existe des projets appropriés qui pourraient être menés à terme dans le cadre d’un PPP, grâce à une meilleure compréhension de ce type de coopération et à des conseils adéquats prodigués par le groupe Suisse italienne de l’Association PPP Suisse (groupe PPP Suisse italienne). «Les partenariats public-privé sont une alternative aux marchés publics conventionnels utilisés par les pouvoirs publics. Ils sont axés sur une collaboration à long terme, régie par un contrat qui définit les tâches et la répartition des risques. Composé d’experts indépendants, le groupe PPP Suisse italienne offre une vision détaillée des tâches des partenaires publics et privés.»

Lugano: pionnière des PPP

Betty Gatti a décrit brièvement la mise en œuvre du Pôle touristique et de congrès Campo Marzio Nord par la Ville de Lugano et présenté les contenus supplémentaires dans le projet, qui ont permis de créer les conditions requises pour une collaboration avec le futur partenaire privé. L’objectif du Conseil communal est par ailleurs que les coûts de réalisation des secteurs publics soient totalement couverts par les recettes provenant du droit de superficie octroyé au partenaire.

Le conseiller d’État Claudio Zali a ensuite évoqué les possibilités et limites des PPP et souligné leur potentiel pour le développement du canton du Tessin. Conseil- lère municipale de Lugano, Cristina Zanini Barzaghi a mis l’accent sur trois éléments essentiels pour mener à bien la collaboration entre les pouvoirs publics et le secteur privé: partenariat, équilibre et confiance. «Un partenariat entre forces publiques et privées pour atteindre plus facilement un objectif commun. Un équilibre entre intérêts publics et privés pour agir de manière responsable en matière environnementale et sociétale et pas uniquement pour obtenir des avantages économiques. La confiance grâce à des règles claires dès le début pour prévenir les litiges et prévoir des portes de sortie en cas de blocages politiques.»

Président de l’Association PPP Suisse, Lorenz Bösch s’est réjoui du grand intérêt suscité par les PPP et de la première séance publique de l’Association en Suisse italienne. Il a souligné le courage de cette région pour développer des projets de PPP et étendre la collaboration entre pouvoirs publics et partenaires privés. Dans le même temps, Lorenz Bösch a mis en garde contre les attentes trop élevées et recommandé de toujours procéder à un test d’aptitude sérieux pour déterminer si un PPP est approprié. Un bon exemple de partenariat public-privé est le projet de Pôle touristique et de congrès de la Ville de Lugano, qui, outre des espaces pour des manifestations, comprend également une composante hôtelière pour faire de Lugano une destination de congrès reconnue.

Membre du comité de l’Association PPP Suisse et président de son groupe PPP Suisse italienne, Tobiolo Gianella a présenté les tâches de ce groupe, notamment les entretiens de conseils initiaux et les manifestations de formation continue, comme les deux soirées organisées récemment à Bellinzona et à Manno avec deux organismes régionaux de développement.•

Dans ta face!

Début juin, le président américain Donald Trump lançait un énorme pavé dans la marre en annonçant le retrait des États-Unis des Accords de Paris sur le climat. Les réactions de toutes parts condamnant ou regrettant cette décision ne se sont pas fait attendre. Le «Make our planet great again», tweeté par Emmanuel Macron a rapidement fait le tour du monde, donnant au président français – et avec lui à toute l’Europe – un renouveau de leadership qui pourrait porter bien au-delà de la question climatique.

Aux États-Unis même, divers États fédérés, grandes villes et multinationales sont déjà montés au front, décidés à poursuivre la mutation entamée sous l’ère Obama. Les gouverneurs démocrates des États de New York, de Washington et de Californie – qui à eux trois représentent un cinquième de la population américaine – ont déjà déclaré vouloir maintenir l’objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 26 à 28 % d’ici 2025. Ils ne sont pas les seuls. Une trentaine d’États ont eux aussi pris des mesures, imposant par exemple des normes aux compagnies d’électricité pour les obliger à accroître leurs parts d’énergies renouvelables. Même le Texas, bastion républicain et grand producteur de pétrole, met l’accent sur l’énergie éolienne; la production y est en constante augmentation et déjà plus de trois millions de foyers sont alimentés grâce à la puissance du vent. Les grandes villes, New York et Los Angeles en tête, s’allient au sein de la «Mayors National Climate Action Agenda», une coalition de 82 maires représentant 40 millions d’Américains dotée d’un programme aussi concret qu’ambitieux. Finalement, les multinationales les plus puissantes et innovantes, parmi lesquelles Apple, Google, Facebook, Hewlett-Packard, General Motors, Tesla, ou encore tout le groupe Walt Disney, se montrent déterminés à poursuivre leur engagement environnemental, tout comme les grandes universités. C’est donc un très large front qui ne suit pas Trump. Même les milieux économiques – que la décision est censée favoriser – sont divisés sur la question: le retrait pourrait induire un fléchissement des investissements dans le domaine hautement porteur des cleantech, mettant en péril des millions d’emplois et l’industrie US du secteur au rang des retardataires. Un retour de boomerang dont la seule éventualité pourrait faire mal au milliardaire locataire de la Maison-Blanche.

La Suisse et l’Europe seraient bien avisées de booster maintenant l’innovation et de faire le forcing sur les nombreux marchés qui gravitent autour de la question climatique.

Certes, la puissance industrielle américaine ne va probablement pas vaciller sous le seul effet de cette décision. L’impulsion politique n’est toutefois pas négligeable. La Suisse, par sa stabilité et son savoir- faire, et l’Europe, quelque peu portée par la reprise économique, seraient bien avisées de booster maintenant l’innovation et de faire le forcing sur les nombreux marchés qui gravitent autour de la question climatique.

Au mois d’octobre prochain, c’est, ironie du sort, justement aux États-Unis que l’une de ces bagarres de matière grise va se jouer. Le concours Solar Decathlon, organisé par le Département américain de l’énergie, est une compétition universitaire internationale, qui met au défi les équipes d’étudiants de concevoir et de construire en taille réelle des maisons efficientes sur le plan énergétique et ne s’approvisionnant qu’en énergie solaire. L’équipe suisse composée d’étudiants de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), de la Haute École d’ingénierie et d’architecture de Fribourg (HEIA-FR), de la Haute École d’art et de design de Genève (HEAD) et de l’Université de Fribourg (UNIFR), y présentera une maison de quartier à énergie positive. Baptisé «NeighborHub», le prototype fait le pari de placer des panneaux solaires uniquement en façade. Les solutions techniques proposées pourraient ouvrir la voie à la création d’immeubles de grande hauteur totalement autonomes. Les retombées sont potentiellement énormes.

Et dans quelques années, c’est peut-être une start-up issue de cette équipe qui sera l’entreprise la plus performante pour transformer les façades de la Trump Tower et de tous les autres buildings du magnat afin de les rendre plus respectueux du climat.

Des tonnes de légèreté

Immeuble administratif Rhodanie 58, Lausanne

Au sud de Lausanne, sur l’avenue de Rhodanie, un nouveau bâtiment administratif vient relier le tissu urbain avec force et légèreté. Son puissant porte-à-faux et sa brillante façade lui confèrent une identité unique. Un assemblage de poutres Vierendeel se charge de la statique.

L’avenue de Rhodanie est un axe important qui marque l’entrée sud de Lausanne et court du giratoire de la Maladière à Vidy jusqu’à Ouchy. Son visage a passablement changé au cours des dernières décennies. En effet, une série de nouvelles constructions d’envergure y a surgi, dont le siège de Philip Morris International, celui de Nespresso ou la Maison du Sport International. La première pièce de ce renouveau est le bâtiment sis au N° 60 inauguré il y a exactement vingt ans et construit en son temps pour la société Golay-Buchel & Cie SA.

C’est à côté de cet édifice que la démolition de deux vieilles maisons a libéré une intéressante parcelle sur laquelle prend forme le bâtiment administratif que nous présentons ici.

Conçu par Richter Dahl Rocha & Associés architectes SA en étroite collaboration avec les ingénieurs d’Ingeni, l’immeuble adopte une volumétrie originale marquée par un puissant porte-à-faux. L’accès au bâtiment s’inscrit dans un retrait qui évite tout rapport de force avec les volumes et les cheminements existants. Les niveaux supérieurs, quant à eux, s’élancent de 15 mètres et dominent le front de rue. La force longitudinale de la composition est particulièrement prononcée.

Ce parti pris architectural impose des choix structurels clairs. Un noyau en béton, long et étroit, marque l’axe longitudinal. Il regroupe les locaux de service et les cir- culations verticales et assure une fonction parasismique. Une charpente métallique élaborée s’y rapporte et dessine l’ossature du bâtiment.

Échelle des forces                                                                                                           En plan, le bâtiment est un rectangle de 45 mètres sur 21. Il s’élève de quatre étages et s’appuie sur deux niveaux de sous-sol.

La proximité du lac ainsi que la densité …

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L’utile et l’agréable

Lac des Vernes, Meyrin

Pour récolter les eaux claires et faire tampon en cas de grosses intempéries, la Ville de Meyrin construit un bassin de rétention. Cette fonction devient l’occasion de créer une nouvelle zone de loisirs et de détente. L’inauguration est xée au samedi 10 juin.

C’est avant tout une infrastructure de génie civil indispensable, le maillon nal d’un vaste projet. Le lac est un bas- sin de rétention pour les eaux de pluies de Meyrin. Il a pour fonction de réguler les crues du Nant d’Avril et de récolter les excédents d’eau du quartier en périodes de pluie. Sa réalisation est liée à la mise en séparatif des collecteurs d’eaux ainsi qu’à la réalisation d’une importante galerie de décharge. En outre, au final, les habitants bénéficieront d’une nouvelle zone de détente et de nature très agréable.

Baptisé lac des Vernes, sa construction a été votée par le Conseil municipal en juin 1998 et acceptée …

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Building-Award 2017

Créée en 2015, le Building-Award vise à améliorer l’image des métiers d’ingénieurs dans la construction. La deuxième édition aura lieu au KKL de Lucerne le 20 juin prochain.

Mettre en valeur les réalisations et les compétences des ingénieurs, attirer la relève, tels sont les principaux objectifs du prix. La coopération avec les écoles est centrale et pleinement intégrée au concours. Une récompense pour les jeunes professionnels a également été créée, misant sur un effet d’émulation.

Building-Award
Mardi 20 juin 2017
KKL, Lucerne www.building-award.ch

De l’air, de l’eau

Un post-doctorant de l’EPFL a mis au point un modèle qui permet de calculer rapidement l’influence du bâti sur la météo en milieu urbain. En effet, en ville, l’agencement des bâtiments, leur forme et la chaleur qu’ils dégagent ont un impact sur la météo.

Le calcul de ces phénomènes complexes a plusieurs avantages: il permet aux météorologues d’améliorer leurs prévisions en milieu urbain et aux ingénieurs d’adapter la consommation énergétique des bâtiments qu’ils conçoivent. Les modèles mathématiques utilisés jusque-là pour mesurer ces phénomènes sont toutefois lourds, chronophages et coûteux. C’est pourquoi la recherche menée à Lausanne suscite l’intérêt des professionnels de la construction loin à la ronde.

L’algorithme obtenu a permis à ce chercheur d’effectuer une estimation précise des phénomènes en jeu à chaque niveau du bâtiment, à l’échelle d’un quartier. Une base qui permettra à un ingénieur d’adapter la consommation énergétique d’une façade de bâtiment avec précision. «Au rez-de-chaussée, nous pouvons avoir peu de vent mais de l’humidité, s’il y a de la végétation, par exemple, explique Dasaraden Mauree, auteur de l’étude. En revanche, on aura plus de pertes énergétiques tout en haut de la colonne, car les vents sont plus forts à cette hauteur. Par ailleurs, les jours de forte chaleur, les mouvements de convection turbulents peuvent être plus forts près du sol ou de la surface des bâtiments, en raison de leur réchauffement. Ces mouvements impliquent que l’air chaud, moins dense, montera et que l’air froid, plus dense, descendra. Un fabricant de stores s’est déjà montré intéressé par la méthode car elle permet d’obtenir une bonne mesure du vent proche des façades. Autre exemple: la conception énergétique d’un bâtiment devra tenir compte du faible ensoleillement d’une ville très dense.»

Les constructions induisent donc des modifications météorologiques dans leur environnement immédiat (modifications des flux d’air, variations d’ombres, réchauffements/rafraîchissements, réflexions lumineuses, transformations hygrométriques, etc.). Ces microphénomènes interagissent avec ceux provoqués par les bâtiments voisins de sorte que plus la ville est dense, plus l’impact sera important. Pouvoir modéliser rapidement l’influence des constructions à petite échelle est le premier pas vers une étude à plus large échelle, une prise de conscience quantifiée conséquente et finalement, une meilleure maîtrise énergétique.

Notre attention aux détails jure pourtant avec d’autres chiffres qui nous parviennent ces jours. En 1992, l’ONU a institué le 22 mars Journée mondiale de l’eau. Année après année, elle nous rappelle que près 800 millions de personnes restent exclues d’un approvisionnement en eau potable. Les actions menées cette année dans le cadre de cette «célébration», si l’on peut la définir ainsi, se concentrent sur la gestion des eaux usées. Pas moins de 80 % des eaux usées provenant des lieux d’habitation, des villes, de l’industrie et de l’agriculture sont rejetées dans la nature, polluant l’environnement et appauvrissant les sols. Quelque deux milliards de nos semblables utilisent une source d’eau potable qui est contaminée par des matières fécales. Améliorer la récolte, le traitement et l’exploitation de ces eaux, ainsi que diminuer la quantité d’eaux usées que nous produisons sont des défis colossaux.

Je sème à tout vent

École de commerce Raymond Uldry, Genève

Un quartier en mutation et en densification accueille une nouvelle école de commerce. Son plan rappelle une fleur, ses façades s’inspirent des arbres. Concentrée et ouverte, l’école assumera son rôle – multiple, urbanistique et symbolique – de repère et de point de départ.

Dès la rentrée de l’automne 2017, une nouvelle école de commerce ouvrira ses portes sur le plateau de Frontenex. Elle contribuera à répondre à l’augmentation du nombre d’élèves du secondaire II (plus de 15 ans). Rendu possible par le transfert d’un stade de football et d’une piste d’automodélisme, ce projet permettra d’accueillir plus de 1000 apprentis de commerce. Cette école porte le nom de Raymond Uldry, en l’honneur du haut fonctionnaire qui a tant œuvré pour l’éducation et l’intégration.

Lauréat du concours lancé par l’État de Genève en 2009, le projet signé par le bureau Meier + Associés Architectes s’insère dans un contexte en mutation. La phase d’exécution est placée sous la direction du bureau Architech SA.

Découvrez l’article complet dans notre édition de février 2017. Contactez-nous pour recevoir un exemplaire gratuit et abonnez-vous!

La mesure de toutes choses

Rapportée par Platon, la célèbre réflexion du penseur grec du Ve siècle av. J.-C. Protagoras se perd dans l’histoire: «L’homme est la mesure de toutes choses: de celles qui sont, du fait qu’elles sont; de celles qui ne sont pas, du fait qu’elles ne sont pas.» La première interprétation en vient à tout relativiser: il n’y a pas d’absolu, le bien, la justice ou la vérité sont reliés à la vision unique de l’individu, l’homme. De nos jours, on préfère donner à cette citation une connotation humaniste, en parlant de l’homme au sens noble.

Quelles que soient la couleur politique, la compétence professionnelle ou la position sociale, l’être humain est toujours «quelque chose d’autre», quelque chose de plus. Et même la société consumériste et matérialiste dans laquelle nous vivons ne peut effacer totalement l’humain.

Les hommes et les femmes de la construction, bien campés les pieds sur terre dans leurs bottes de chantier, le savent bien. Diverses initiatives de solidarité sont soutenues ici et là au sein des entreprises de construction. Vous êtes nombreux à avoir contribué à quelque projet humanitaire, financièrement ou matériellement, au détour peut-être d’un échange ou d’un voyage collaboratif au cours de vos études.

Des projets sont aussi menés directement par certaines de vos sociétés: ici la construction d’écoles pour jeunes filles en Afrique, là la reconstruction de villages dans des zones sinistrées du Népal. Pour les hommes et les femmes qui s’y impliquent directement, ce n’est jamais anodin. La confrontation avec des réalités si différentes des nôtres est un enrichissement humain en plus d’être une expérience professionnelle stimulante. Lorsqu’on a peu de moyens matériels, on se concentre sur l’essentiel. Mener un chantier dans des conditions de précarité oblige à prendre des décisions essentielles et minimise la marge d’erreur. Les compétences acquises dans nos écoles sont précieuses, l’expérience de terrain est vitale.

Permettre, ou même proposer, à vos collaborateurs de s’impliquer pendant quelques semaines dans un tel projet serait sans doute un «cadeau» bien plus marquant que l’un ou l’autre gadget distribué en fin d’année, sortie à skis ou autre event de team building. L’élan donné en interne par une telle action pourrait être surprenant.

Bien souvent, il s’agit d’aider des populations défavorisées à passer d’une baraque bricolée à une maison en dur, équipée d’électricité et d’eau courante. L’acte constructif ramené à sa première et plus simple fonction: donner un toit à l’homme. La mesure de toutes choses.

Simplement construire des maisons

L’association Eirene Suisse est active dans la coopération au développement et la promotion de la paix et des droits humains, principalement par l’envoi de volontaires quali és auprès d’associations partenaires au Sud. Mélanie Lutz, une jeune ingénieure civile genevoise, nous parle de la mission de deux ans durant laquelle elle œuvre à construire des maisons dignes pour les familles plus modestes.

Un sourire d’enfant et une détermination à toute épreuve, Mélanie Lutz est une jeune ingénieure suisse. Elle suit le parcours habituel, stage puis diplôme, elle collabore cinq ans en tant que cheffe de chantier au sein de l’entreprise Marti Construction. Depuis 2016, elle s’engage auprès de Eirene Suisse, une association qui travaille essentiellement dans la coopération au développement par échange de personnes, c’est-à-dire en envoyant des volontaires collaborer avec des partenaires locaux au Sud, et dans l’appui à l’élaboration de projets de ces mêmes partenaires.

Chantiers & Rénovation (C&R): Vous tra- vaillez depuis onze mois au Nicaragua, dites-nous pourquoi ce pays et à quel projet collaborez-vous?                                                                                                                             Mélanie Lutz (ML): Au-delà de mon histoire personnelle qui m’a liée à ce pays et à l’Amérique centrale, je suis au Nicaragua pour mettre à profit mes compétences d’ingénieure dans un cadre social et non commercial. Là-bas, la construction a vraiment sa fonction originelle de donner un toit à sa famille. Il manquerait près d’un million de logements au Nicaragua, le pays le plus pauvre d’Amérique centrale: faute de moyens, 78% des Nicaraguayens vivent dans des logements inadéquats, sans accès à l’eau et l’électricité, souvent construits dans des zones dangereuses avec des matériaux qui ne résistent pas aux catastrophes naturelles qui touchent régulièrement le pays. Je collabore au sein de l’association Roncalli Juan XXIII qui s’est donnée pour mission de venir en aide à ces personnes en leur facilitant l’accès au crédit, ainsi qu’en soutenant les actions de la Centrale Nicaraguayenne de Coopératives de Viviendas (CENCOVI- COD). Mon rôle est d’appuyer l’organisation de programmes de construction et d’auto-construction d’habitations sociales.

C&R: Parlez-nous des actions de la CEN-COVICOD: elle aide les futurs habitants à constituer des coopératives pour accéder au crédit, acheter des terrains et construire des habitations?                                                          ML: Oui. Imaginez-vous vous présenter à votre banque pour demander un crédit de construction. Expliquer à votre banquier que votre terrain vous appartient, mais que, malheureusement, vous n’avez pas de document pour le prouver. Bien sûr, vous êtes certain qu’il est votre propriété puisque l’ancien propriétaire vous l’a vendu. Expliquez-lui aussi que vos revenus proviennent de la vente de vos récoltes et de la cuisine de votre femme; que tous les jours, dès 5h30 du matin, vous êtes dans la rue pour vendre votre production. Les clients sont réguliers – les voisins savent que votre femme cuisine très bien – malheureusement la récolte ne suit pas toujours. Imaginez-vous préciser à votre banquier que vous ne pouvez pas tenir un cahier de comptes, parce qu’en réalité vous ne savez pas écrire. En revanche, vous savez prendre soin de vos cultures et vous avez de bonnes notions de mécanique, qui vous permettent de réparer vos machines; d’ailleurs, vous ne les avez jamais changées depuis le début de votre activité. Des chiffres? Non, malheureusement, vous ne pouvez pas lui en présenter… Cette réa- lité qui peut sembler absurde est pourtant celle de la majorité des Nicaraguayens. Elle aboutit au refus d’un financement pour un logement digne, puisque acheter ce type de logement nécessite des crédits, eux-mêmes délivrés par les banques.

C&R: Comment les coopératives contrent- elles le système?
ML: Dans un premier temps, durant généralement une année, la Centrale Nicaraguayenne de Coopératives de Viviendas (CENCOVICOD) forme et soutient les familles pour qu’elles-mêmes créent légalement leur coopérative, en obtiennent le statut, et constituent un fonds propre avec un apport généralement de US $ 35 chacune. Ensuite, les familles membres pourront passer à la deuxième étape: acheter un terrain et construire leur maison, un logement digne.

C&R: Qu’est-ce qu’un logement digne?
ML: Un logement digne est un logement tel qu’il est défini par la Déclaration universelle des droits de l’homme, de l’ONU: c’est un endroit où les citoyens peuvent vivre en sécurité et en paix, dans un environnement sain. Plus concrètement, dans le cas du Nicaragua, c’est une maison construite avec des matériaux de qualité, comme des blocs de maçonnerie et une toiture en tôle de zinc; et surtout où la structure et les éléments de sécurité tels que les portes et les fenêtres sont résistants et complets. C’est un endroit que les habitants peuvent offrir à leurs enfants, avec leur budget, pour qu’ils puissent grandir en sécurité. Les logements ne doivent pas non plus être placés n’importe où: les risques géologiques doivent être pris en compte. L’article 677 de la Constitution nicaraguayenne confirme ce droit à un logement digne, mais malheureusement rien n’est mis en place pour permettre l’accès au financement de ce droit.

C&R: Le financement est donc la principale di iculté, mais ce n’est pas la seule.
ML: Aucune loi ou aide publique n’existe pour faciliter l’accès à cet article 677. Par exemple, un faible taux d’intérêt et un temps de remboursement adéquat aideraient énormément le processus d’achat des logements par ces familles. Autre problème, le manque de terrain urbanisé: lorsqu’une coopérative trouve une parcelle, aucun aménagement n’y est fait. L’accès à l’électricité et aux réseaux d’eau potable et d’eau usée n’est pas garanti, ni les services de base comme le ramassage des déchets. En effet, les autorités favorisent l’urbanisation des terrains achetés par les promoteurs.

C&R: Comment les habitants vivent-ils cette expérience?
ML: Collaborer en tant que coopérateurs est une expérience de vie très enrichissante pour les Nicaraguayens. En effet, le mouvement des coopératives offre aux familles un processus d’intégration qui leur apprend à réaliser leurs ambitions tout en leur offrant un suivi et une formation. D’abord, la notion d’épargne, souvent nouvelle, ouvre des perspectives inédites aux membres. Ensuite, le processus d’accompagnement change la vision des coopérateurs. L’objectif n’est pas seulement le logement, il va beaucoup plus loin. C’est l’activation d’un progrès social. Par exemple, certaines femmes sans emploi cherchent une manière de créer un commerce qui sera géré par la coopérative, ouvrir un marché ou même une boulangerie. Tout participe à améliorer les conditions économiques des familles. En participant, les coopérateurs se prouvent à eux-mêmes qu’ils sont capables de réaliser des projets; on en arrive à la notion d’estime de soi, qui est essentielle.

C&R: Parlez-nous des constructions.                  ML: Simples et efficaces. Des semelles filantes armées pour les fondations, des murs en briques de ciment construits selon un système de maçonnerie renforcée, avec à l’intérieur des armatures et du béton, et une structure métallique pour soutenir la toiture en tôle de zinc. Pour l’intérieur, les familles ont favorisé l’utilisation de matériaux un peu novateurs: des cloisons en plâtre pour gagner de l’espace, des fenêtres coulissantes, des portes en fibres de bois… En effet, elles ont choisi de faire un dernier effort financier quant à la qualité des matériaux de leur maison: les maisons en coopératives n’étant pas un bien mercantile, elles seront léguées de génération en génération. Les parents coopérateurs ont ainsi fait le choix de garan- tir à leurs enfants un environnement durablement sain et sécuritaire, avec le soutien de l’association Roncalli Juan XXIII. •