Abri de la Madeleine, Genève

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Fais péter l’abri !

L’ancien abri de la Madeleine, construit en 1939, se mue en espace culturel dédié à la découverte de nouveaux talents dans les arts vivants. Transformer un lourd abri en un lieu ouvert au public : un défi de poids !

L’abri de protection civile de la Madeleine, tout comme d’autres refuges de la Ville furent construits en 1939 alors que le conflit mondial menaçait par-delà les frontières.

Enfoui sous la terrasse Agrippa D’Aubigné, l’abri est protégé par un mur d’un mètre-vingt d’épaisseur dont les faux airs de muraille le font se confondre avec les remparts de la vieille ville. Long de trente mètres et profond de vingt, il est conçu pour abriter 1’200 personnes sur deux étages. Le tout est surmonté d’une épaisseur de cinq mètres de terre. Depuis la fin des années cinquante, il n’est plus utilisé en tant qu’abri et ne sert plus que de lieu de stockage pour divers commerçants de la place et pour les services de la ville.

Divers événements d’ordre public et de nombreuses demandes rendent évidente la nécessité de créer un nouveau lieu d’expression pour les jeunes artistes genevois. Financé entièrement par la Fondation Hans-Wilsdorf, le projet de transformation de l’abri de la Madeleine est mené par le bureau d’architectes Brodbeck-Roulet et s’accompagne de la création d’une Fondation non-lucrative de droit privé – dénommée elle aussi « L’Abri » – qui en assure la gestion.

Insonorisé et proche des transports publics, l’abri se divise en trois parties : l’espace d’accueil central, une salle polyvalente pouvant accueillir toutes sortes de performances artistiques (80 places assises et jusqu’à 200 places debout) et un théâtre avec gradins d’une capacité d’environ 100 spectateurs dédié principalement à la musique acoustique.

Plus grand, plus léger
La création de ces espaces passe par une relecture du volume intérieur de l’ouvrage. Les niveaux intermédiaires sont supprimés tout comme la plupart des murs.

Une première phase d’étude prévoit un complexe système de renforcement afin d’assurer la statique de l’ouvrage malgré son évidement. Néanmoins, les 3’000 m3 de terre qui recouvrent la toiture représentent une contrainte trop importante. Comme souvent, le processus de réflexion mène à une solution si simple qu’elle paraît finalement évidente : évacuer la terre, créer un étage supplémentaire et réaménager la place sur la nouvelle toiture. Cette solution offre deux avantages majeurs : les renforcements structurels deviennent superflus et des salles de répétition ainsi que des locaux techniques peuvent être créés dans le nouveau niveau.

« les renforcements structurels deviennent superflus »

Cette simplicité conceptuelle n’en appelle pas moins à une grande attention de mise en œuvre. L’ouvrage est pratiquement fiché aux pieds des anciens remparts et aucun accès par le haut n’est possible. La dalle est d’abord mise à nu sur petite portion, dans le secteur central. Une trémie est ensuite créée dans la dalle de toiture afin de pouvoir évacuer la terre par le bas. Une ouverture est également pratiquée dans le mur principal, tant pour faciliter les opérations d’évacuation de terre, tant pour permettre l’introduction des engins, tant pour marquer la future entrée principale. La démolition intérieure et le terrassement avancent parallèlement.

Les murs extérieurs ont une épaisseur d’un mètre-trente à la base et de quatre-vingt centimètres au sommet. L’épaisseur des murs intérieurs varie entre 30, 60 et 80 cm. La dalle de toiture mesure elle aussi 80 cm d’épais. Si cette dernière est pratiquement conservée sur sa totalité – à l’exception de la trémie pratiquée pour créer l’escalier – une majorité de murs et dalles sont supprimés. Seuls deux gros murs transversaux sont maintenus et délimitent les futurs trois espaces. A l’arrière, environ un tiers de l’abri est maintenu afin d’éviter un déséquilibre statique.

Les sciages dans ces éléments représentent l’une des difficultés principales. En-effet, au-delà de 60 cm d’épaisseur, la découpe au disque devient impossible. On opte donc pour une découpe au câble, plus compliquée et moins précise. Lorsque la coupe coïncide avec l’axe longitudinal d’une armature, l’opération se complique de plus belle. La méthode est adaptée au fur et à mesure de l’avancement et on choisi finalement de faire de prédécoupes avec 5 cm de marge par rapport à la cote finale et de reprendre la finition au disque. On arrive ainsi à des découpes extrêmement précises et propres. Une partie de celles-ci restera apparente en témoignage du passé de l’abri.

Les travaux ont débuté en janvier. Au début de l’été, les travaux de démolition et la construction du nouveau niveau ont été achevés ainsi que la terrasse. Les prochaines étapes prévoient la création d’un radier sur tout le fond de l’abri, qui n’était auparavant recouvert uniquement d’une chape de 50 cm d’épaisseur. Le nouveau radier permet de noyer les techniques ; dans la chape sera dessiné le plan de l’ancien abri.

Dès le mois de septembre, les travaux de second œuvre pourront débuté. L’inauguration est prévue pour le mois de juin 2014.

 Massimo Simone

Principaux intervenants :
Maître de l’ouvrage : Fondation l’Abri, Genève
Architectes : Brodbeck-Roulet Architectes SA, Carouge
Ingénieurs civils : Ingeni SA, Carouge
Démolition et terrassement : Orllati SA, Biolley-Orjulaz
Maçonnerie : Construction Perret SA, Satigny

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