Appel au bon sens

« Y a-t-il quelque chose de pourri sur nos chantiers? » C’est avec ce titre pour le moins accrocheur que la FMB, la Fédération genevoise des métiers du bâtiment, a introduit son assemblée générale du 29 juin dernier. Travail au noir, sous-traitance en cascade ou faux indépendants, les problématiques sont récurrentes et pourraient finir par lasser. Personnellement, après plusieurs années de fréquentation régulière, j’avais fini ces derniers temps par bouder l’événement: «Toujours les mêmes blablas, me disais-je, les prix trop bas, les méchants profiteurs qui viennent à Genève casser les prix, les blocages administratifs, et patati et patata.» Pourtant cette fois, j’ai cédé à l’insistance de l’invitation et des rappels. Eh bien, au premier coup d’œil, je n’ai pas été dépaysé. Les visages sont connus et les nouveaux peu nombreux. Les discours sont ceux attendus et globalement, les thèmes sont les mêmes. Pourtant, imperceptiblement, je devine une certaine évolution. Finies les virulences tachycardiques de Gabriel Barrillier. Finie l’élégante indignation de Luc Perret et les coups de (grande) gueule lancés depuis les tables. L’ambiance est objectivement plus posée, résolument plus pragmatique.

Avec son phrasé menu, Serge Hiltpold, président de la FMB depuis 2014, impose à toute l’assemblée une concentration nouvelle, orientée vers des solutions concrètes et concertées. À la tête d’une menuiserie bientôt centenaire, il travaille les dossiers politiques jusqu’au détail. Il scie, il rabote, il lime ses arguments, puis les réunit avec précision. Sa logique est ajustée au millimètre tout en restant singulièrement simple, une succession de gestes rapprochés et rapides, semblables à ceux de l’artisan, qu’il déroule avec naturel, que l’on ne peut interrompre et qui se poursuit jusqu’à un assemblage à l’apparence évidente et pourtant riche en savoir-faire et maîtrise.

Les sujets d’inquiétude des entrepreneurs genevois sont nombreux et familiers bien au-delà des frontières cantonales, en particulier en ce qui concerne les marchés publics. La tendance à choisir systématiquement l’entreprise la moins chère, le manque de curiosité des autorités face à des prix anormalement bas – telles des heures facturées à moins de 50.- francs pour des ingénieurs –, et la navrante facilité avec laquelle les responsabilités les plus diverses sont reportées sur les entreprises sans que mandataires et maîtres d’ouvrages ne soient impliqués, ne sont pas l’apanage de la cité de Calvin. Il y a encore bien du travail à mener tant au niveau local que fédéral.

Empreint de bon sens et inscrit dans le long terme, le menuisier carougeois bannit les dogmatismes. Il en appelle au pragmatisme et à l’honnêteté. Les récents dispositifs mis en place ont une force contraignante d’abord pour les entreprises et visent ensuite à assainir un système que quelques fraudeurs s’affairent à déséquilibrer. La FMB a soutenu le renforcement du contrôle obligatoire des sous-traitants par les entreprises principales, la limitation de la main-d’œuvre temporaire, l’examen de la capacité effective d’une entreprise soumissionnaire à réaliser les travaux avec son propre personnel et encore l’augmentation des sanctions à l’encontre des tricheurs avec une exclusion de tous les marchés publics durant cinq ans et une amende administrative pouvant aller jusqu’à 10 % de la valeur du marché.

À Genève comme ailleurs donc, les entreprises de la construction prouvent qu’elles sont prêtes à assumer leurs responsabilités. C’est maintenant aux autorités – surtout lorsqu’elles agissent en maître d’ouvrage – d’en faire autant!