Tous les articles par Massimo Simone

L’ère de la collaboration

Swissbau 2018

La prochaine édition de Swissbau aura lieu du 16 au 20 janvier 2018 Bâle. Pour la toute première fois, ce salon s’articulera autour d’un thème général et aura pour slogan «Collaboration – tous ensemble ou chacun pour soi?» La digitalisation est le sujet principal, avec toutes ses facettes et tous les défis qu’elle comporte pour le secteur de la construction. En plus des deux formats bien connus que sont l’exposition et Swissbau Focus, le salon proposera pour la première fois la présentation spéciale Swissbau Innovation Lab, où des entreprises de premier plan et des experts rendront tangibles la transformation digitale du secteur de la construction ainsi que des technologies d’avenir.

La collaboration a toujours été quelque chose d’important: aujourd’hui, il est indispensable qu’elle aille plus loin qu’avant grâce (ou à cause) de la numérisation. Cette dernière modifie les branches d’activités et les marchés en profondeur – presque tous les secteurs économiques sont touchés, notamment celui de la construction. De nombreuses entreprises se voient confrontées plus vite que prévu à de nouvelles technologies et à des concurrents inconnus jusqu’alors. Un débat sur les formes de collaboration qui ont prévalu jusqu’ici devient impératif si l’on veut que la transformation digitale soit perçue comme une opportunité et pas comme un risque.

L’utilisation des potentiels offerts par ces nouvelles formes d’interconnexion est encore à la traîne dans le secteur de la construction. C’est pourquoi le slogan choisi pour Swissbau 2018 est «Collaboration – tous ensemble ou chacun pour soi?» Ce salon cherche et propose des réponses ainsi que des possibilités pour optimiser les processus existants et développer de nouveaux modèles économiques, produits et services.

Dans les secteurs d’exposition ainsi que dans le cadre de Swissbau Focus, qui est consacré à des événements et au réseautage, et sur- tout dans la nouvelle présentation spéciale Swissbau Innovation Lab, les visiteurs pourront découvrir à quoi pourrait ressembler à l’avenir la collaboration dans le secteur suisse de la construction. «Nous sommes fiers d’élever Swissbau à un nouveau niveau et d’instaurer entre les acteurs de la branche un dialogue sur la numérisation tourné vers l’avenir et axé sur la pratique. La présentation spéciale Swissbau Innovation Lab offre une incursion sans précédent dans la transformation digitale, qui devient ainsi plus tangible que jamais.»

Cycle de vie

Swissbau est le plus grand salon de la construction de Suisse. Quelque mille exposants présentent dans quatre halles leurs produits et services concernant trois thèmes: planifier, construire, utiliser & exploiter. Tout tourne autour du cycle de vie d’un bâtiment, auquel sont consacrés quatre secteurs d’exposition: planification, gros œuvre et enveloppe du bâtiment, technique du bâtiment et aménagement intérieur. Plus de 100000 visiteurs venant de branches d’activité très diverses sont attendus, principalement des professionnels qualifiés issus des domaines de la planification, de l’investissement, du bâtiment, du commerce et de l’immobilier, et des maîtres d’ouvrage privés. Sur une surface d’exposition de 130000 m2, ils auront l’occasion d’avoir des entretiens personnels, de recueillir des informations complètes sur les exposants et les produits et de trouver d’innombrables sources d’inspiration pour tous les aspects de la construction.

Techniques de mesure

Il existe depuis longtemps de bonnes tech- niques de mesure; grâce à l’utilisation de scanners et de drones, elles sont aujourd’hui extrêmement précises. Au moyen d’un scanner laser, la Haute école technique de Rapperswil HSR a relevé les données de la structure géographique particulièrement complexe d’une gorge située sous le glacier d’Aletsch. En s’appuyant sur les informations enregistrées, la HSR a réalisé, au moyen d’une imprimante 3D, un modèle physique exact de la gorge à l’échelle 1:50. Ce projet avait pour objectif de mesurer la manière dont l’eau d’une onde de crue coule et se comporte à travers la gorge et les dégâts qu’elle peut occasionner.

Transfert BIM / chantier

Électriciens, installateurs sanitaires, etc. – tous participent à la planification d’un bâtiment. Le Building Information Modeling (BIM) permet une collaboration intelligente, tous les plans étant consolidés sur une même plateforme; le travail se fait en commun. Grâce aux tout derniers développements d’Hilti Suisse, il est possible d’harmoniser entre eux, dès le début de la planification, les besoins liés aux installations techniques du bâtiment et de les intégrer ensuite directement sur le chantier. Des programmes de réalité augmentée spécialement développés à cet effet permettent de visualiser directement sur l’écran d’un iPad où, par exemple, des tuyaux ont déjà été posés et où d’autres sont prévus. La réalité est ainsi reliée au virtuel, ce qui permet d’optimiser tous les paramètres.

Renaissance BIM

Filippo di Ser Brunellesco Lippi, ou plus simplement Brunelleschi, architecte génial du Dôme de Florence, serait-il le précurseur du BIM?

L’avènement de la maquette numérique occupe les milieux de la construction et deux camps semblent se dessiner: pour ou contre. Les outils numériques ouvrent de nouvelles portes, certains s’y engouffrent avec enthousiasme, d’autres sont réticents et ne veulent pas les franchir.

Pour les premiers, il est évident que la maquette 3D, partagée en réseau, s’apprête à suppléer le papier. Si, jusque-là, chaque intervenant sur un chantier travaillait sur son propre plan en deux dimensions, avec la maquette numérique tout le monde peut travailler en réseau et en 3D sur un plan partagé. Le bâtiment est reconstitué avec des points très précis, tout est scrupuleusement positionné. Cela offre de multiples avantages. Il devient plus facile de visualiser, de coordonner, d’anticiper, de valider la cohérence, de prendre une décision et d’optimiser les coûts. Le BIM amène avec lui une nouvelle façon de travailler, plus collaborative, dès les premiers stades du projet. Pour les seconds, la maquette numérique limite le rôle de l’architecte qui ne devient qu’un assembleur d’objets virtuels préconfectionnés par les éditeurs de logiciels. Plus aucune sensibilité personnelle, plus de subjectivité, plus de caractère: l’humain disparaît au bénéfice d’une «pseudo-divinité digitale» inatteignable et fallacieusement infaillible. L’architecte a les connaissances techniques et culturelles qui lui permettent de faire face à l’imprévu, alors qu’avec le BIM, il n’y a même plus d’imprévu!

Au fil des pages de ce numéro de fin d’année, il est plusieurs fois question de nouveaux outils, de planification et de savoir-faire. Sur le terrain, le regret est récurrent: «Trop d’architectes n’y connaissent plus grand-chose en construction! Ils ne maîtrisent pas les méthodes, zigzaguent dans les plannings et laissent régner un chaos relatif, confiants que conducteurs de travaux et artisans trouveront au final le moyen de terminer le tout dans un timing raisonnable.» Pire, beaucoup désertent les chantiers, s’enfermant dans une imaginaire tour d’ivoire loin des réalités du terrain. Ce sont les mêmes qui aujourd’hui se méfient du BIM, craignant peut-être que l’outil ne mette à nu leurs lacunes.

Avant de construire ce qui allait être le plus grand dôme jamais édifié, Brunelleschi réalisa nombre de maquettes, si détaillées qu’elles en deviennent des œuvres d’art. Les maquettes servaient autant à convaincre les commanditaires qu’à valider les concepts théoriques; du BIM avant l’heure! Architecte, artisan, constructeur et inventeur, Brunelleschi a mis au point les outils qui allaient servir à la construction (grue à treuil, échafaudages, etc.) et défini avec précision les matériaux et la manière de les mettre en place.

Si l’architecte, selon le sens étymologique du terme, veut encore être le «chef des constructeurs», il se doit d’avoir une réelle maîtrise. Cela ne peut passer que par une collaboration anticipée avec les autres spécialistes ainsi que par l’acquisition d’une culture et d’une connaissance plus vastes non seulement des aspects théoriques et conceptuels mais aussi et surtout de la pratique.

Et si le BIM marquait la renaissance des architectes?

Tranquille et bien décidé!

Viaduc sur la Venoge RC 177, Vufflens-la-Ville

L’État de Vaud réalise une route de liaison, entre le pôle de développement de Vufflens-la-Ville – Aclens et la jonction autoroutière de Cossonay, dénomée RC 177. C’est sur ce tronçon que prend forme le viaduc sur la Venoge.

Le poète vaudois Gilles chantant La Venoge la décrit «vaudoise cent pour cent, tranquille et pas bien décidée». Il n’en est pas de même pour le viaduc sur la Venoge de la RC 177 qui est actuellement en construction en contre-bas de Vufflens-la-Ville.

Long de 300 mètres, l’ouvrage est une pièce majeure de la nouvelle liaison. Il enjambe à cet endroit non seulement la rivière la plus aimée du Gros-de-Vaud mais également trois voies de la ligne CFF Lausanne-Yverdon-les-Bains. Élancée, fine et tendue, sa courbe n’a rien d’indécis! L’ouvrage allie deux matériaux, le béton et le métal, afin d’affiner la perception du viaduc dans le paysage. Les deux couleurs, le gris du béton et le rouille du métal, se marient harmonieusement avec les éléments naturels en présence, la terre, les champs, les arbres.

C’est un pont flottant mixte acier-béton avec caisson du tablier en acier patinable et tablier en béton armé. Le caisson en métal est d’une hauteur réduite. Il s’appuie sur des piles ovales et côniques qui répondent bien aux différentes situations d’appui dans la plaine. Le dessous du tablier est soigné et façonné de plans qui confèrent une plus grande qualité visuelle. Le tout se repose sur des pieux forés s’enfonçant dans la terre jusqu’à une profondeur de 30 mètres.

Passager du vent

Désigné au printemps 2010, le projet lauréat du concours organisé par l’État de Vaud porte le nom de «Passager du vent». Il est signé des bureaux B+W architecture SA et DIC ingénieurs.

L’ensemble des travaux spéciaux ainsi que des bétons des culées, des fondations et des piles, a été achevé au mois de juillet 2016 pour laisser place au montage de la structure métallique. Les quatorze éléments, d’un poids total de 700 tonnes, ont été mis en place en quatre mois.

Le premier semestre de 2017 voit finalisé le bétonnage du tablier dont les porte-à-faux sont réalisés à l’aide de deux chariots de coffrage. Actuellement, deux tiers des bordures sont construites. Deux outils de coffrage spécifiques de 18 mètres chacun, divisés en deux modules et munis de pistons hydrauliques, permettent un avancement rapide. Certaines jonctions sont réalisées en coffrage traditionnel.

Les travaux d’habillage et de finition (étanchéité, glissières, parois anti-bruit, revêtement, marquage et signalisation, etc.) occuperont les douze prochains mois. En aval et en amont, plusieurs chantiers (route, giratoires et connexions) avancent parallèlement afin de garantir l’ouverture de la nouvelle route cantonale à l’automne 2018. •

City Power!

Plus de 84 % de la population suisse vit dans un espace urbain. C’est ce qu’indiquent les statistiques publiées par l’OFS le 28 août dernier. Des communes relativement petites et encore considérées comme rurales il y a quelques années accèdent désormais au rang de villes. Si ces notions peuvent faire l’objet de considérations plus ou moins subjectives, il est indéniable que l’importance des agglomérations s’est décuplée au cours des dernières décennies. Au-delà des chiffres, ce sont réellement les modes de vie qui ont changé et la mobilité qui a explosé. La population a pris conscience de l’existence et de l’identité des agglomérations et s’est habituée à en exploiter tout le potentiel, qu’il s’agisse de vie professionnelle, d’études ou de loisirs. Les plus grandes en Suisse sont celles de Zurich (1,3 million d’habitants), Bâle (850 000) et Genève (820 000), les deux dernières étant largement transfrontalières. Ainsi les agglomérations helvétiques regroupent non seulement plus de six millions d’habitants en Suisse, mais encore plus d’un million à l’étranger.

Nous avons tous observé et vécu cette évolution, aussi profonde que rapide. Ainsi des hôpitaux cantonaux se sont partagé certaines tâches afin d’éviter de coûteux doublons (CHUV et HUG en sont un exemple), les universités et les hautes écoles se constituent en réseau (l’EPFL a créé des laboratoires à Genève, en Valais, à Neuchâtel et même à Bâle ainsi que des chaires conjointes avec l’UNIL), et nombre de sociétés sont devenues des groupes qui déploient leurs activités sur tout le pays et au-delà (plusieurs bureaux d’ingénieurs bien connus en Suisse romande en sont de bons exemples). Nous pourrions continuer cette liste en analysant presque n’importe quel secteur d’activité, des coiffeurs aux imprimeurs, des mécaniciens aux médecins.

Ces connexions locales donnent l’impulsion à des liens renforcés entre deux ou plusieurs grandes villes voisines. Et ainsi de suite à des échelles toujours plus grandes, les mégapoles constituant un réseau international privilégié. Il y a donc «la manière dont on divise le monde légalement et la manière dont on utilise le monde», comme le dit l’expert de géopolitique Parag Khanna dans notre interview à lire en page 14.

Aujourd’hui c’est aussi – et surtout – l’exploitation des données digitales qui force une nouvelle évolution des villes. Un enjeu stratégique sur lequel les collectivités publiques ont encore bien des progrès à faire. La gestion géographique et physique du territoire reste certes essentielle, la gestion numérique devient pour sa part vitale.

Les villes sont donc au centre de milles enjeux. Si la carte de la Suisse change, les frontières administratives et politiques, elles, semblent presque immuables. Là aussi, une réflexion devrait être menée et l’autorité des villes, des agglomérations ou des régions peut-être revue et renforcée. City power!

Hors-série 2017

Découvrez notre Hors-Série 2017 – Spécial villes et travaux publics

Chaque année entre octobre et novembre, votre magazine se décline en Hors-Série. Un numéro centré sur les enjeux de l’urbanisation, de la « chose publique » dans son sens le plus large avec  un focus pointé sur le futur. Selon les dernières statistiques de l’OFS, plus de 84% de la population suisse vit dans un espace urbain. Ainsi, dans les faits, les pays deviennent les banlieues des villes. Ceci appelle à la création de nouvelles infrastructures et de nouveaux services, sans oublier de conserver le patrimoine. Découvrez notre dossier « Smart City », nos reportages sur le nouveau centre de maintenance et d’entretien des Transports Publics fribourgeois et sur le Viaduc de la Venoge et apprenez comment des villes romandes prennent soins de leurs vieilles pierres.

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Force intérieure

Hôpital Riviera-Chablais, Rennaz

Situé à Rennaz, l’établissement inter cantonal de soins aigus hébergera 350 lits, un large plateau technique et des services ambulatoires. Son volume, bien qu’imposant, est travaillé avec savoir pour dialoguer avec son environnement. Patios et cours intérieures permettent à la lumière naturelle de pénétrer jusqu’au coeur du bâtiment et offrent des espaces de sérénité et d’intimité aux patients.

Le futur Hôpital Riviera-Chablais se situe dans la commune de Rennaz, emplacement stratégique à l’union du canton de Vaud et du canton du Valais. Établissement intercantonal de soins aigus, il rassemble 350 lits d’hospitalisation, un large plateau technique et des services ambulatoires. Initiée pour des raisons techniques et économiques, et pour garantir la pérennité de soins de qualité sur la Riviera vaudoise et dans le Chablais, la réalisation de l’Hôpital Riviera-Chablais viendra remplacer les deux hôpitaux de la Riviera et du Chablais, et cinq sites de soins aigus existants.

En regroupant les soins aigus sur un seul site, le nouvel hôpital permettra de mieux répondre aux demandes de spécialisation, ainsi qu’à l’augmentation des maladies chroniques et des polypathologies liées au vieillissement de la population. Il consti- tuera le cœur d’un nouvel ensemble hospitalier, au service d’un bassin de population d’environ 180 000 personnes. Il accueillera près de 2000 personnes.

Activité / intimité

Conçu sur trois niveaux principaux, le bâtiment se glisse à l’horizontale dans le paysage. Tapi dans la vallée, il s’inscrit autant à l’échelle du territoire qu’à l’échelle locale ….

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Tout le monde veut bouger!

L’OCDE considère que l’Europe constitue la plus grande opportunité pour du capital institutionnel, vu les besoins du Vieux Continent en nouvelles infrastructures ou en rénovation d’anciennes. Pour donner un ordre de grandeur limité à un seul pays: à fin 2016, le Gouvernement britannique a publié son «National Infrastructure and Construction Pipeline», qui prévoit des dépenses publiques et privées de l’ordre de 100 milliards de livres sterling à l’horizon 2021.

Par rapport à l’Amérique du Nord, les pays européens ont moins l’habitude de financer leurs grands projets au travers d’obligations privées. Il faut donc qu’emprunteurs et promoteurs de projets s’apprivoisent: ils doivent s’habituer les uns aux autres, à des conditions d’investissements, à des présentations de renseignements financiers et des documentations différentes de ce qu’ils connaissent usuellement. Les institutionnels doivent aussi se familiariser plus en détail avec les caractéristiques souvent complexes du secteur des infrastructures.

Ce pas franchi, les projets s’avèrent nombreux. Pour donner quelques exemples, le fonds de dette d’infrastructures géré par UBS Asset Management a récemment investi dans le refinancement d’un opérateur de ferries reliant la Suède au Danemark, dans des centrales solaires photovoltaïques en Espagne, dans une autoroute en Irlande ou encore dans un portefeuille de terminaux de stockage de produits chimiques et pétroliers en France et dans la péninsule Ibérique.

En Suisse aussi, le financement des infrastructures revient perpétuellement sur le devant de la scène. Le Conseil fédéral s’apprête à mettre en consultation la prochaine tranche d’investissements ferroviaires. 7 milliards d’ici à 2030 ou 12 milliards jusqu’en 2035? À l’heure où ces lignes s’écrivent, le choix entre les deux variantes n’est pas fait. Dans l’une comme dans l’autre, il est question de désengorger les principaux goulets d’étranglement (construction du tunnel de Brütten entre Zurich et Winterthour) et d’améliorer les cadences et l’offre sur les axes Berne-Zurich, Bâle- Bienne, Lausanne-Genève, Lausanne-Yverdon, Lausanne-Martigny, Annemasse-Coppet ainsi que diverses mesures pour le trafic marchandises sur le Plateau. La transformation de plusieurs gares fait également partie du programme, dont celles de Nyon, Morges et Neuchâtel. La seconde variante offre une vision et une planification d’une plus grande portée et voudrait permettre d’inclure dans les listes d’autres projets, tels que la liaison RER entre Neuchâtel et La Chaux-de- Fonds, la construction du tunnel du Zimmerberg entre Zoug et Zurich ou encore la réalisation d’une ligne souterraine d’évitement de la gare de Lucerne. La bataille Romands contre Alémaniques est d’ores et déjà engagée, chacun argumentant sur le caractère prioritaire de tel ou tel projet. Et l’on craint que des considérations peu objectives puissent ponctuellement faire pencher la balance.

Au même moment, la start-up allemande Volocopter effectue un premier vol d’essai public de son taxi volant autonome. Le gros drone électrique et sans pilote est capable de voler en autonomie 30 minutes à une vitesse maximale de 100 km/h. Une application de smartphone pour commander la course et deux clients pourront bientôt prendre le Volocopter pour rejoindre le Voloport le plus proche de leur destination.

Entre gros sous, amélioration des infrastructures existantes et innovations aux faux airs de science-fiction, la mobilité concentre encore et toujours de gigantesques enjeux. Tout le monde veut bouger!

Le vert est dans la ville

Écoquartier de la Jonction, Genève

Usine à gaz, Artamis, Carré Vert: dénominations et affectations changeantes pour un site urbain et postindustriel. Située entre la rue du Stand et le boulevard Saint-Georges, la parcelle s’apprête à accueillir un projet dont on a longtemps parlé. Pas encore terminé, l’écoquartier de la Jonction est pourtant déjà très vert.

Bordé par le Rhône côté nord et par l’Arve côté sud, le quartier de la Jonction a un lointain passé maraîcher. Légèrement en marge du centre de la ville, le secteur est ensuite marqué par plus d’un siècle d’activités industrielles diverses. Aujourd’hui, c’est un nouveau mode de vie, urbain et responsables qui donne son impulsion.

Le chantier appelé «Écoquartier Jonction» a débuté en 2013. Trois maîtres d’ouvrage construisent 312 logements et 6200 m2 de surfaces destinées à des activités tant artisanales, que commerciales, associatives ou artistiques. Ces trois maîtres d’ouvrage se sont associés dans un processus ouvert en lançant un appel à projets et une démarche participative afin de définir l’affectation des surfaces d’activités et de susciter la participation des futurs locataires. Ce programme mixte est complété par 18500 m2 dédiés à des dépôts patrimoniaux pour les musées de la Ville de Genève et par un parking souterrain de 320 places géré par la Fondation des Parkings.

Entre 2008 et 2012, les travaux d’assainissement prennent une envergure impressionnante. La présence d’hydrocarbures, de goudron, de cyanure et de métaux lourds dans le sous-sol, résultant des activités industrielles passées, impose la construction d’une vaste tente de confinement.

Puis, dès 2013, les bâtiments prennent forme. Il s’agit de trois immeubles distincts (Fondation de la Ville de Genève pour le logement social, Coopérative Artamis des Rois et Coopérative de l’habitat associatif) accompagnés d’un équipement public (salle de gymnastique, locaux parascolaires, crèche et salle pluridisciplinaire) et d’un parking souterrain de 319 places. Les quatre lots sont menés par des maîtres d’ouvrage différents.

De l’usine aux jardins

Par leurs échelles, les trois volumes projetés rappellent la mémoire industrielle du quartier et la phase d’occupation artistique de l’ex-site d’Artamis. Le projet fait une large place aux phénomènes d’appropriation, aux processus éphémères et aux démarches spontanées. Le projet vise …

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Diamant urbain

Théâtre provisoire de Plainpalais, Genève

 

 

photo:scott-visuals.com 

Afin d’accueillir le spectacle urbain ZUP, un immense diamant de bois s’est posé sur le skatepark de la plaine de Plainpalais. Un défi technique pour ce théâtre éphémère entièrement financé par des fonds privés.

Un entrepreneur passionné par les arts vivants et urbains et des concepteurs audacieux qui n’en sont pas à leur coup d’essai: voilà les premiers éléments qui font naître le spectacle ZUP et le théâtre éphémère qui trône actuellement sur le skatepark de Plainpalais.

Le show est une création originale née dans l’imagination de Michel Gaud, fondateur et administrateur d’une importante agence de placement ainsi que fondateur de La Compagnie Urbaine, association culturelle genevoise dédiée aux arts urbains. Sa rencontre avec le chorégraphe Nicolas Musin dessine une fresque puissante et aérienne qui mêle la danse, le skate, le roller, le BMX, le free running et des acteurs. Une histoire d’amour esquissée, un mapping vidéo époustouflant et une bande-son originale et inspirée font le reste. Les spectateurs sont emballés. Entre deux respirations, quelqu’un lève tout de même les yeux et parcourt du regard l’immense poutre de bois.

photo:scott-visuals.com

Bois suisse

Projetée par le bureau Charpente Concept – à qui l’on doit moult réalisations spectaculaires en bois, en Suisse romande et au-delà – l’infrastructure est aussi une première. L’élément principal en est une poutre de 62 mètres de portée sans ancrages dans le sol. Haute de 4 mètres et large de 3, elle dessine un arc suspendu à 10 mètres de haut.

Une poutre secondaire marque le front de scène alors que quatre fermes triangulées rayonnent depuis l’arrière et dessinent un plan en diamant. Toiture et parois de fermetures latérales s’ajoutent à cette composition qui totalise 400 m3 de bois, du sapin blanc vaudois, assemblés par scellement de résine et boulonnage. Le levage et la mise en place de la poutre principale à l’aide de deux camions-grue ont sans doute été le moment fort du montage.

 

 

 

Lestée en six points par des blocs en béton (540 tonnes), la structure de bois abrite 700 places pour le public, une buvette, la régie et une loge.

Au niveau architectural, divers défis ont également été relevés. Il a fallu respecter de nombreuses contraintes, telles que conserver la voie de circulation, ne pas abîmer les arbres, rendre le site tel quel et faire en sorte que l’on puisse voir la scène depuis l’ensemble des gradins.

Alors que les seize représentations programmées connaissent un réel succès, le skate-park reste accessible au public toute la journée, en dehors des heures du show, comme il l’a d’ailleurs été tout au long des travaux.

La structure est conçue de manière à pouvoir être démontée, transportée et reconstruite sur un autre site pour accompagner le spectacle lors de ses prochaines étapes.

Prêts pour l’immersion!

Aquatis, Lausanne

Aquatis promet d’immerger les visiteurs dans une odyssée à travers les cinq continents. Un parcours ludique et didactique rythmé par une cinquantaine d’aquariums et vingt éco-systèmes. Visite à quelques semaines de l’ouverture officielle, fixée au 21 octobre.

Le Biopôle de Lausanne, au nord de la ville, est un parc d’activités biotechnologiques de huit hectares, axé sur les sciences de la vie, qui dispose actuellement de 134 000 m2 de surfaces de bureaux et de laboratoires. Les six bâtiments qui le composent ont tous été construits entre 2007 et aujourd’hui. Quelque quarante-trois sociétés spécialisées y sont d’ores et déjà installées. Le site est desservi par le métro M2, inauguré en 2008, et se place au croisement d’un accès autoroutier et d’un axe urbain principal. D’autres développements sont prévus pour la décennie à venir.

Au sud du parc, un parking P+R de 1200 places a été construit en 2009. C’est sur la dalle de toiture de ce dernier que le projet Aquatis prend forme. Il se compose d’un hôtel 3 étoiles supérieur de 143 chambres inauguré en 2015, d’un centre de conférences et, pièce maîtresse de l’ensemble, d’un aquarium/vivarium de plus de 8000 m2.

Imaginé au début des années 2000 par deux biologistes et un muséologue, ce centre de compétences et de culture scientifiques dédié à l’eau douce, ressource vitale par excellence, se présente donc ici comme une évidence.

Le Canton de Vaud et la Ville de Lausanne offrent aussi un soutien financier substantiel sous la forme d’un prêt LADE. Le groupe Grisoni-Zaugg SA agit en tant qu’entreprise totale pour la partie structure et enveloppe, alors que toute la partie intérieure, équivalente au niveau financier, est pilotée et réalisée par la société BCO SA, filiale du groupe BOAS. La Fondation Aquatis, qui promeut l’éducation à l’environnement et au développement durable, assure le suivi scientifique et le programme pédagogique.

L’ensemble est conçu par le bureau Richter Dahl Rocha & Associés architectes SA et joue sur le contraste de forme pour mettre en valeur le lieu. L’hôtel, en forme de «L», se détache sur le côté nord-est et embrasse une large esplanade. Au centre de celle-ci trône le bâtiment de l’aquarium/vivarium.

Sa forme circulaire, organique et, surtout, son habillage étincelant en font l’emblème du lieu.

Alors que les façades de l’hôtel en verre sérigraphié réfléchissent les couleurs du lieu et les aléas du temps, celles de l’aquarium scintillent au gré du vent. Quelque 98 000 disques en aluminium sont suspendus à cette façade, mais restent néanmoins mobiles grâce à un système de fixation ad hoc. L’effet produit par le vent évoque tantôt des écailles de poisson sous les rayons du soleil, tantôt des vagues sur un plan d’eau. La présence de l’eau se retrouve au sol, entre les deux bâtiments, à travers un bassin extérieur qui ne fait qu’enrichir ce jeu de reflets. Il participe également au côté ludique du lieu, orienté vers un public familial.

Béton et charpente métallique sont les composants essentiels de la construction. L’évolution de la scénographie intérieure ainsi que la modification du programme (notamment au moment de l’intégration du vivarium non prévu initialement) ont imposé plusieurs remaniements des plans. Les charges du bâtiment sont reportées sur la structure du parking.

Dans ce sens, la position des grands aquariums n’est pas anodine. Certains piliers ont dû être renforcés par des gainages métalliques. Un secteur a également nécessité la réalisation de micropieux.

Cinq continents

L’exposition permanente d’Aquatis Aquarium/Vivarium invite le visiteur à une odyssée à travers les cinq continents. Un regard spectaculaire sur la faune et la flore aquatique à travers cinquante aquariums – contenant plus de deux millions de litres d’eau douce – et vingt écosystèmes. Cette dimension ludique sera enrichie d’une vision scientifique de l’eau, ressource à préserver pour l’économie, la société et l’environnement, matérialisée par des îlots d’observation et des espaces interactifs d’expérimentation. C’est cette richesse entre voyage fantastique de découverte et approche scientifique qui transportera chaque visiteur au cœur des environnements aquatiques du monde, créant un lien durable et émotionnel avec l’eau, source de vie de notre planète.

Le premier niveau est consacré à la faune aquatique d’eau douce d’Europe. Un parcours au fil du Rhône, de son origine glaciaire jusqu’à son embouchure en mer Méditerranée, est réparti sur différentes zones: Espace Alpin, Espace Léman et Espace Méditerranéen.

Le second niveau de visite permet aux observateurs de prolonger leur voyage à la découverte des milieux aquatiques d’eau douce des autres continents de notre planète:

> L’Afrique et ses grands lacs, connus pour la diversité exceptionnelle de leur faune aquatique, ainsi que le fleuve Niger, une ressource en eau douce pour des millions d’Africains.

> L’Asie et ses mangroves avec leur enchevêtrement de branches plongeant dans les eaux saumâtres, ses curieuses rizi-piscicultures ainsi que son long fleuve Mékong et ses villages flottants.

> L’Océanie et sa Pioneer River, un fleuve se déversant au niveau de la Grande Barrière de corail.

> L’Amérique du Sud et sa forêt inondée d’Amazonie, véritable poumon de notre planète.

Outre les milieux permanents, Aquatis dispose de deux zones d’expositions temporaires. Un restaurant self-service, une boutique. Deux salles de travaux pédagogiques viennent soutenir la vocation de l’éducation à l’environnement. L’objectif de fréquentation est de 450 000 visiteurs par année.

Depuis la conception du projet jusqu’à son achèvement, il s’agit de réaliser des écosystèmes et des milieux ambiants avec l’aide d’intervenants spécialisés tels que: biologistes, muséologues, scénographes et paysagistes, et des bureaux d’études énergétiques et techniques. •

Informations: www.aquatis.ch