City Power!

Plus de 84 % de la population suisse vit dans un espace urbain. C’est ce qu’indiquent les statistiques publiées par l’OFS le 28 août dernier. Des communes relativement petites et encore considérées comme rurales il y a quelques années accèdent désormais au rang de villes. Si ces notions peuvent faire l’objet de considérations plus ou moins subjectives, il est indéniable que l’importance des agglomérations s’est décuplée au cours des dernières décennies. Au-delà des chiffres, ce sont réellement les modes de vie qui ont changé et la mobilité qui a explosé. La population a pris conscience de l’existence et de l’identité des agglomérations et s’est habituée à en exploiter tout le potentiel, qu’il s’agisse de vie professionnelle, d’études ou de loisirs. Les plus grandes en Suisse sont celles de Zurich (1,3 million d’habitants), Bâle (850 000) et Genève (820 000), les deux dernières étant largement transfrontalières. Ainsi les agglomérations helvétiques regroupent non seulement plus de six millions d’habitants en Suisse, mais encore plus d’un million à l’étranger.

Nous avons tous observé et vécu cette évolution, aussi profonde que rapide. Ainsi des hôpitaux cantonaux se sont partagé certaines tâches afin d’éviter de coûteux doublons (CHUV et HUG en sont un exemple), les universités et les hautes écoles se constituent en réseau (l’EPFL a créé des laboratoires à Genève, en Valais, à Neuchâtel et même à Bâle ainsi que des chaires conjointes avec l’UNIL), et nombre de sociétés sont devenues des groupes qui déploient leurs activités sur tout le pays et au-delà (plusieurs bureaux d’ingénieurs bien connus en Suisse romande en sont de bons exemples). Nous pourrions continuer cette liste en analysant presque n’importe quel secteur d’activité, des coiffeurs aux imprimeurs, des mécaniciens aux médecins.

Ces connexions locales donnent l’impulsion à des liens renforcés entre deux ou plusieurs grandes villes voisines. Et ainsi de suite à des échelles toujours plus grandes, les mégapoles constituant un réseau international privilégié. Il y a donc «la manière dont on divise le monde légalement et la manière dont on utilise le monde», comme le dit l’expert de géopolitique Parag Khanna dans notre interview à lire en page 14.

Aujourd’hui c’est aussi – et surtout – l’exploitation des données digitales qui force une nouvelle évolution des villes. Un enjeu stratégique sur lequel les collectivités publiques ont encore bien des progrès à faire. La gestion géographique et physique du territoire reste certes essentielle, la gestion numérique devient pour sa part vitale.

Les villes sont donc au centre de milles enjeux. Si la carte de la Suisse change, les frontières administratives et politiques, elles, semblent presque immuables. Là aussi, une réflexion devrait être menée et l’autorité des villes, des agglomérations ou des régions peut-être revue et renforcée. City power!