Copier/coller

Nous y revoilà. Entre 2014 et 2015, syndicats et patronat se sont livrés une âpre bataille au sujet de la convention collective de travail du secteur principal de la construction, sans parvenir à un réel accord. Quelques ajustements minimes et une bonne dose de bonne volonté de la SSE avaient finalement permis de sauvegarder le partenariat social et laisser courir la convention jusqu’à fin 2018. L’année s’annonce donc riche en échanges et empoignades.

Du côté des patrons l’on s’empresse de rappeler, chiffres en main, que la cct du secteur est l’une des meilleures du pays, toutes branches confondues. Les syndicats, pour leur part, relèvent la bonne conjoncture traversée par la construction depuis plusieurs exercices ainsi que la pression économique qui pèse sur les travailleurs et les bugets de leur famille.

Un avant-goût de ce que sera ce round de négociations nous a été donné en novembre dernier lorsque les discussions sur les salaires 2018 sont à nouveau restées stériles. Malgré les perspectives incertaines la SSE a proposé une augmentation individuelle des salaires effectifs de 0,5 pourcent et le relèvement de tous les salaires minimaux de 0,3 pourcent. Les syndicats semblent ignorer la réalité économique et campent sur des revendications considérées excessives par la SSE.

L’indice suisse de la construction publié en fin d’année ne nous aide que peu à y voir plus clair. Au quatrième trimestre 2017, l’indice baisse de 2 points, à 145 points. Les chiffres d’affaires corrigés des variations saisonnières attendus sont ainsi inférieurs de 1,0% à ceux du trimestre précédent. Ce léger recul est imputable au génie civil (–3,3%), l’indice du bâtiment ayant lui augmenté de 1,4%. Globalement, les chiffres d’affaires du secteur principal de la construction devraient encore un peu progresser cette année, par rapport à l’année dernière. S’agissant de leur évolution à plus long terme, les perspectives sont mitigées.

La croissance attendue du PIB à 1,7% en 2018 devrait soutenir la conjoncture du bâtiment. Dans le même temps, le dynamisme de la conjoncture, a fortiori s’il s’accompagne d’un nouvel affaiblissement du franc suisse, accroît la probabilité d’un premier relèvement des taux d’intérêt par la Banque nationale suisse.

Les carnets de commandes bien garnis laissent toutefois présager qu’une éventuelle correction ne se fera pas sentir avant 2019. La demande du génie civil, qui émane dans une large mesure du secteur public, devrait être moins sensible à l’évolution des taux. « Dans l’ensemble, les perspectives de 2018 restent donc inchangées », dit le Crédit Suisse.

Bonne santé et incertitudes sont à nouveau face à face et l’élément qui fera pencher la balance d’un côté ou de l’autre n’est pas encore identifié. Pour l’heure, au vu du ton donné aux échanges, il semble que l’on se dirige vers un joyeux copier / coller des négociations de 2015 qui pourrait à nouveau déboucher sur un néfaste vide conventionnel.