Essaie encore

Un mini-ordinateur pour enfants, oublié au fond de la cave depuis quelques décennies a refait dernièrement son apparition chez moi. On y enfile une carte sur le côté et une question apparaît sur le minuscule écran digital. Les enfants le découvrent, amusés. Le jeu, habillé de sérieux, est totalement dépassé. Austère et sévère, il émet même des réponses qui aujourd’hui sont fausses ou qui n’ont plus de sens. «Combien y-a-t-il de planètes dans le système solaire?», «Quelle est la capitale de l’Allemagne?». Les enfants répondent justement 8 et Berlin mais l’appareil produit un son cassant puis sa voix métallique et saccadée répète: «essaie encore». Idem à chaque soi-disant mauvaise réponse.

Evolution, adaptation, innovation. La curiosité et la volonté de l’homme l’ont toujours poussé à aller plus loin, à comprendre ce qui l’entoure et à vouloir améliorer son cadre de vie. Les circonstances l’obligent à adapter ses méthodes et à trouver de nouvelles solutions. Au-delà de l’envie et de la contrainte, l’innovation est, aujourd’hui plus que jamais un indicateur fondamental de la santé économique d’un pays, d’un secteur d’activité ou d’une entreprise.

« Le manque de maîtrise technique de certains maîtres d’ouvrages publics freine l’innovation »

L’étude de l’OFS publiée mi-janvier est réjouissante. En 2015, les entreprises privées ont consacré 15,7 milliards de francs en Suisse pour leurs activités de recherche et développement (R-D). Cela représente une augmentation de 10% par rapport à 2012, date de la dernière enquête. Près de 57’000 personnes ont travaillé pour réaliser ces activités de recherche. Globalement, les entreprises dépensent 43 millions de francs par jour en R-D, samedis et dimanches compris, un montant jamais atteint auparavant. Depuis deux décennies, les dépenses de R-D augmentent plus rapidement que l’ensemble de l’activité économique en Suisse, mesurée par le produit intérieur brut (PIB). Les principaux acteurs de cette réussite sont les secteurs des «pharmas» (35% des dépenses totales de R-D), «Recherche et développement» (sic) et «Machines», pour respectivement 16% et 10%. La plus forte augmentation (+66%) s’observe dans la branche «TIC-services».

Aucune mention du secteur de la construction, dont le potentiel d’innovation, pourtant grand, semble plus porté sur la recherche appliquée que fondamentale et dont notre pays n’abrite que peu de grands acteurs internationaux. Pourtant, les professionnels sont en attente et adoptent avec enthousiasme les innovations ciblées sur leur activité. Sur les chantiers, les outils ancestraux côtoient les nouvelles technologies. Dans les bureaux d’étude le BIM introduit une nouvelle façon de concevoir et pousse la réflexion bien au-delà de l’acte de construire. L’industrie de la construction ne cesse d’introduire sur le marché de nouveaux produits et de nouveaux engins. Comment mieux valoriser ces innovations?

Dans le cadre des marchés publics par exemple, les variantes d’entreprises devraient être davantage encouragées et rémunérées. Elles sont le fruit d’une réflexion poussée, le témoignage de capacités supérieures et d’acquis techniques éprouvés. Elles sont aussi une preuve de courage, une prise de risque assumée et une démonstration d’un savoir-faire précieux. Surtout, elles représentent un investissement important pour les entreprises qui y engagent temps et compétences pour développer et défendre de nouvelles idées, expression d’une forte volonté et d’une confiance en l’avenir.

Malheureusement, encore trop de maîtres d’œuvres accusent un manque de maîtrise technique patent et freinent ainsi l’innovation. Alors que les professionnels innovent, ceux-là restent bloqués dans un autre temps. Dépassés, ils ne comprennent pas les solutions proposées et s’accrochent à d’anciennes notions. Pourtant l’évolution, l’innovation et le changement ne s’arrêtent jamais. Pluton et Bonn en savent quelque chose. «Essaie encore».