Le BigData est déjà sur vos chantiers. Le saviez-vous?

Une enquête menée auprès des fabricants européens de matériels de chantier place la télématique en tête des prochaines évolutions. Pourtant l’analyse des méga-données n’est encore que peu exploitée. Affaire à suivre.

Le CECE, Comité européens des constructeurs d’engins, a mené une enquête auprès de 78 fabricants européens d’engins de chantiers, de toutes tailles et de différentes nationalités. L’une des questions portait sur l’identification des techniques appelées à se développer dans les engins de chantier durant les 5 années à venir. « La télématique et les radiocommandes » ont répondu 62% d’entre eux, avant « la réduction des émissions polluantes » (55%) et « les transmissions hybrides et électriques » (37%). Etonnamment, le plus mauvais score est « L’Analyse des Méga-données », qui ne représente un enjeu d’avenir pour seulement 14% des entreprises interrogées.

Pourtant, l’analyse des données est le corolaire de la télématique sans laquelle cette dernière n’offre finalement que peu d’avantages. Le traitement du flux de données générés les utilisateurs est la réelle valeur de la télématique. Télématique et traitement des données sont une seule et même technologie, ce que Caterpillar et Komatsu, les deux marques les plus avancées sur le sujet, ont bien compris. Visiblement, beaucoup de fabricants anticipent l’arrivée de la connectivité dans leurs machines sans vraiment saisir de quoi il s’agit.

L’acier intelligent Lors d’une conférence de presse donnée en marge de la dernière Bauma, Doug Oberhelman, CEO de Caterpillar a résumé le cap qu’il compte imprimer à l’entreprise pour les années à venir avec la formule « acier intelligent ». « Il y a une vraie transformation de notre monde autour des nouvelles technologies, a-t-il précisé. Nous voulons être le leader dans ce domaine et nous apporterons des solutions non seulement pour les machines Caterpillar mais également pour toutes les autres machines ».

L’Américain considère en effet que les chantiers n’ont pas encore vécu le boom de productivité que l’informatisation a provoqué dans l’industrie et les services. Il s’y prépare autour de deux axes : la connectivité et l’analyse de données. « Avec 400 000 machines connectées, Caterpillar possède déjà des millions de données enregistrées. C’est une expertise unique au monde ». Doug Oberhelman en profite pour rappeler que l’entreprise maintient un budget de recherche et développement de 2 milliards de dollars par an (soit 8 millions de dollars par jour !) dont une bonne partie est allouée au développement de logiciels.

La gestion et l’informatisation des engins de chantier promet d’énorme gains en termes de gestion et d’exploitation. Aux Etats-Unis, en Europe tout comme en Suisse les entreprises n’en sont qu’aux balbutiements en la matière et de nouvelles compétences doivent être acquises afin d’amener la gestion du parc machines dans une nouvelle dimension.

Des questions restent néanmoins en suspens, et pas seulement d’ordre technique. Par exemple : à qui appartiennent les données émises par une machine, à son fabricant ou à son propriétaire ? Un fournisseur est-il autorisé à analyser dans leurs moindres détails les méthodes de travail de ses clients ? Si le modèle recherché par Caterpillar est celui d’un quasi-monopole, comme ceux qui dominent actuellement la nouvelle économie c’est plutôt sur le terrain légal que les firmes doivent encore travailler.

Bientôt la révolution                                                                                          Depuis 2002 déjà, Caterpillar et Trimble collaborent sur divers projets de guidage et sur le traitement des données. Spécialiste du secteur, Trimble a acquis ces dernières années une force grandissante et ses liens avec Google laissent imaginer des développements surprenants pour le futur proche.

Lors de la dernière Bauma, Trimble a d’ailleurs signé des accords avec plusieurs autres grands fabricants, notamment Volvo, Hyundai et Doosan.

Avec les deux Coréens, l’accord porte sur le pré-câblage de plusieurs modèles de pelles pour faciliter le branchement ultérieur d’accessoires Trimble. Avec Volvo, cela va un peu plus loin puisqu’il s’agit de l’intégration complète d’un système de guidage et de positionnement en trois dimensions à l’intérieur d’une pelle Volvo, vendue ainsi tout équipée par le fabricant lui-même.

L’intégration complète de ces systèmes électroniques d’aide à la conduite a plusieurs avantages. Montés en usine, directement sur la chaîne d’assemblage, les composants sont mieux intégrés et mieux protégés. Vendus comme une option, ils sont couverts par la garantie globale de la machine et suivis par le même service après-vente.

Bien avancé également dans ce domaine, Komatsu avait lui choisi de s’associer avec Topcon pour lancer en 2013 ses premiers modèles tout équipés, une gamme qui ne cesse depuis de s’étendre. Force est de constater que les autres marques sont en retard, le pré-câblage n’étant qu’une facilité de branchement qui nécessite de faire appel à tiers pour rendre sa machine « intelligente ». Comme (presque) à chaque fois qu’une évolution majeure s’apprête à émerger, ce sont les grands acteurs – qui ont la vision et les moyen pour investir dans la R&D – qui jouent les précurseurs. Dans ce domaine et au vu des sommes colossales qui sont en jeu, l’agilité et la réactivité des plus petits n’est souvent pas suffisante.