La mesure de toutes choses

Rapportée par Platon, la célèbre réflexion du penseur grec du Ve siècle av. J.-C. Protagoras se perd dans l’histoire: «L’homme est la mesure de toutes choses: de celles qui sont, du fait qu’elles sont; de celles qui ne sont pas, du fait qu’elles ne sont pas.» La première interprétation en vient à tout relativiser: il n’y a pas d’absolu, le bien, la justice ou la vérité sont reliés à la vision unique de l’individu, l’homme. De nos jours, on préfère donner à cette citation une connotation humaniste, en parlant de l’homme au sens noble.

Quelles que soient la couleur politique, la compétence professionnelle ou la position sociale, l’être humain est toujours «quelque chose d’autre», quelque chose de plus. Et même la société consumériste et matérialiste dans laquelle nous vivons ne peut effacer totalement l’humain.

Les hommes et les femmes de la construction, bien campés les pieds sur terre dans leurs bottes de chantier, le savent bien. Diverses initiatives de solidarité sont soutenues ici et là au sein des entreprises de construction. Vous êtes nombreux à avoir contribué à quelque projet humanitaire, financièrement ou matériellement, au détour peut-être d’un échange ou d’un voyage collaboratif au cours de vos études.

Des projets sont aussi menés directement par certaines de vos sociétés: ici la construction d’écoles pour jeunes filles en Afrique, là la reconstruction de villages dans des zones sinistrées du Népal. Pour les hommes et les femmes qui s’y impliquent directement, ce n’est jamais anodin. La confrontation avec des réalités si différentes des nôtres est un enrichissement humain en plus d’être une expérience professionnelle stimulante. Lorsqu’on a peu de moyens matériels, on se concentre sur l’essentiel. Mener un chantier dans des conditions de précarité oblige à prendre des décisions essentielles et minimise la marge d’erreur. Les compétences acquises dans nos écoles sont précieuses, l’expérience de terrain est vitale.

Permettre, ou même proposer, à vos collaborateurs de s’impliquer pendant quelques semaines dans un tel projet serait sans doute un «cadeau» bien plus marquant que l’un ou l’autre gadget distribué en fin d’année, sortie à skis ou autre event de team building. L’élan donné en interne par une telle action pourrait être surprenant.

Bien souvent, il s’agit d’aider des populations défavorisées à passer d’une baraque bricolée à une maison en dur, équipée d’électricité et d’eau courante. L’acte constructif ramené à sa première et plus simple fonction: donner un toit à l’homme. La mesure de toutes choses.