Rome ne s’est pas faite en un jour

massimo portrait 4Editorial

Le 10 avril dernier, le conseiller d’Etat Antonio Hodgers, chef du Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie (DALE) du Canton de Genève, se félicitait devant la presse de la nouvelle étape franchie par le projet de futur quartier Praille-Acacias-Vernets (PAV). En effet, le plan directeur de quartier (PDQ) a été mis en consultation publique dès cette date. L’occasion pour rappeler les enjeux de ce mégaprojet. Il s’agit de redéfinir l’affectation d’une portion de territoire destinée à devenir un nouveau centre-ville: 230 hectares situés sur les communes de Genève, Carouge et Lancy, voués à accueillir 11 000 nouveaux logements et 11 000 nouveaux emplois.

Si les confrontations se sont concentrées ces dernières années sur le nombre de logements, et en particulier de logements sociaux, que le futur quartier devrait accueillir (ndlr: le taux de logements sociaux est passé de 50% à 30% dans la dernière mouture du projet), lors de sa présentation en 2007, ce sont les tours prévues (175 mètres de haut) qui avaient attiré l’attention. Des «signaux urbains» forts, susceptibles d’identifier le quartier et de donner un élan décisif à l’ensemble du projet. Pris par un enthousiasme quelque peu naïf et me réjouissant de voir de mes yeux la mutation d’une ville qui m’est chère, je réalisai à cette époque une interview de Robert Cramer, alors conseiller d’Etat (somnolent) à la tête du Département du territoire. A la question: «Quand verrons-nous les tours? », il avait répondu, le plus sérieusement du monde: «2012-2015 me semble plausible pour les bâtiments les plus importants.»

«après sept ans de travail, les bases mêmes du projet doivent être reprises»

Plusieurs législatures se sont succédées depuis, ainsi que quatre directeurs/directrices de projet. La dernière en date, Nathalie Luyet Girardet, a quitté son poste au début de l’année pour devenir la nouvelle cheffe du projet Pôle Gare de Lausanne. Un rôle plus proche du terrain et un projet qui va prendre forme en quelques années. De quoi motiver une professionnelle dont le domaine de prédilection est l’urbanisme opérationnel. Et de quoi raviver l’impression, que beaucoup ont, que les choses avancent toujours plus vite à Lausanne qu’à Genève.

Se pose à nouveau la question de la gouvernance. Les perpétuels remaniements et changements de nom des départements du Gouvernement genevois ne sont sans doute pas étrangers à ce sentiment de flottement qui entoure les grands projets du Canton. Sans douter de la bonne volonté et de la bonne foi d’Antonio Hodgers, l’entendre dire «qu’aujourd’hui il essaie de travailler sur l’ossature du projet» a quelque chose de désolant: après sept ans de travail, d’études et d’investissements, les bases mêmes du projet ne sont pas claires et doivent être reprises! Certes, c’est la réalité du terrain. Le secteur n’est pas une friche à l’abandon que l’on peut raser et reconstruire aisément. Elle grouille d’activités et d’habitants. Des entreprises d’envergure vont devoir déménager. Des tours en 2015? Sûrement pas! Si tout se passe bien, quelque 1500 logements verront le jour sur le site de l’actuelle caserne … d’ici à 2020. Le ton se fait plus réaliste. Le PAV est une mutation échelonnée sur les trente à cinquante prochaines années. Patience, Rome ne s’est pas faite en un jour

Transmission de pensée

 epfl SwissTech 2SwissTech Convention Center, EPFL, Ecublens 

Après l’audacieux Rolex Learning Center, l’EPFL se dote d’un nouveau bâtiment qui promet à son tour de faire parler de lui. Le SwissTech Convention Center, ambitieux centre de congrès d’une capacité d’accueil de 3000 personnes, vient d’ouvrir ses portes. Dictée par la fonction, sa forme unique l’apparente à un objet tiré d’un film de science-fiction!

Texte et photos: Massimo Simone

Le Rolex Learning Center est devenu l’emblème de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et a fait parler de l’EPFL dans le monde entier. Le campus, qui accueille plus de 8400 étudiants et quelque 11 000 personnes au total, professeurs et personnel compris, s’étend désormais sur 65 hectares.

Il manquait à l’école un complexe pour accueillir les grands congrès scientifiques internationaux. C’est chose faite avec le SwissTech Convention Center. «Grand, modulable, ultramoderne et niché au coeur des bâtiments d’enseignement et de recherche, il constitue un outil idéal pour brasser les idées et les connaissances scientifiques les plus récentes», pour reprendre les paroles de Patrick Aebischer, président de l’EPFL.

Situé au nord du campus, ce centre de congrès est le cœur du nouveau quartier qui comprend également une galerie marchande avec un large choix d’enseignes, 515 logements pour étudiants et un parking souterrain. L’arrêt de métro M1 et les lignes de bus sont directement reliés au site, la desserte en transports publics est donc optimale.

epfl SwissTech 3epfl SwissTech 1L’espace naît de l’intérieur

Les architectes sont partis de la volonté d’assurer une bonne visibilité à chacune des 3’000 personnes qui viendront assister aux conférences. La conception est donc née de l’intérieur, de la fonction première d’un centre de congrès qui est celle de partager une connaissance avec l’assistance. Les besoins de souplesse d’utilisation, d’espaces de rencontre, de surfaces administratives et logistiques, s’ajoutent aux réflexions premières. Ainsi, ici plus qu’ailleurs, la structure et l’enveloppe sont assujetties au programme.

Pour donner forme à ce programme, le défi principal est celui de libérer un volume suffisant. C’est donc un étroit dialogue qui s’est noué entre les architectes et les ingénieurs. Ensemble, ils ont mené une grande recherche sur les schémas statiques qui les ont conduit à la conception de deux méga-poutres qui sont l’âme du bâtiment. C’est une structure métallique tridimensionnelle de 110 mètres de long par 80 mètres de large qui s’inspire des châssis typiques de l’industrie automobile; un assemblage de tubes en acier dont les triangulations dessinent l’imposante ossature. Celle-ci s’appuie sur quatre piles – des noyaux de service en béton armé – placées au centre et au nord du bâtiment. Au sud, les poutres sont en porte-à-faux sur une longueur de 42 mètres! Soucoupe volante, scarabée géant, Transformers en mutation … des images de science-fiction viennent spontanément à l’esprit! Une étude indépendante est lancée pour calculer et optimiser les nœuds d’assemblage; établir la juste hiérarchie des forces est une gageure en soi! Les charges générées sont considérables. Pour permettre la déformation verticale et horizontale de la toiture, un système d’appuis glissants par piston a été mis au point.

Au total, ce sont 12000 mètres cubes de béton et 1500 tonnes d’acier qui sont mis en place. Le tout repose sur une trame de 300 pieux de 60 à 100 cm de diamètre.

Géométrie variable

Du côté du constructeur, les premières questions qui se posent ont trait à la subdivision de la structure pour pouvoir la construire, la transporter et la monter.

Vu la grandeur des éléments triangulés, pratiquement rien ne peut être préassemblé en usine et transporté tel quel. Toutes les pièces de la charpente ont donc été usinées en 3D pour permettre la soudure des tubes directement sur le chantier. Les nœuds les plus sollicités sont composés par l’assemblage de neuf tubes. Certaines pièces ont une portée de plus de 40 mètres entre appuis.

La définition des assemblages, la hiérarchie des nœuds, la géométrie variable des éléments triangulés ajoutent à la difficulté de fabrication. Mais, au-delà de la fabrication en atelier, le gros défi se trouve sur le chantier. Absolument tous les assemblages sont soumis à un contrôle par ultrasons. Même les nœuds classiques sont assez imposants. Les méga-poutres sont soudées alors que la partie centrale qui couvre la salle entre les deux poutres est boulonnée.

Trois phases d’étayage sont nécessaires pour le montage de chaque poutre. Le site se révèle être relativement exigu par rapport aux interventions et aux engins nécessaires. Le sol, de plutôt mauvaise qualité, impose une attention particulière pour la validation de tous les points d’appuis et pour ne pas courir le risque d’une perforation de la dalle ou du radier. La structure à elle seule totalise 850 tonnes d’acier et quelque 2700 pièces distinctes livrées sur le chantier.

Au-delà de la charpente métallique, d’autres parties du bâtiment sont elles-aussi un concentré de défis techniques. Entre les deux piles, la liaison intermédiaire qui soutient le balcon et les gradins s’apparente à un pont. La façade, avec ses surfaces imposantes et sa complexité propre, est un ouvrage en soi.

Estimé à 225 millions de francs et issu d’un partenariat public-privé (PPP) entre la Confédération, l’EPFL, HRS Real Estate SA et deux fonds immobiliers du Credit Suisse SA, le SwissTech Convention Center a été inauguré le 3 avril.

epfl SwissTech 8_____________________________________________________________________________

Nouvelles technologies

Couleur soleil

Pas moins de 300 mètres carrés de cellules photovoltaïques à colorant sont intégrés dans la façade ouest du SwissTech Convention Center de l’EPFL. Ce prototype est la première application de cette technologie sur un bâtiment public. Les panneaux translucides, construits et assemblés par des PME de la région (Solaronix, à Aubonne, et Hevron, à Courtételle), exploitent une invention de Michael Graetzel chercheur à l’EPFL. Intégralement financée par Romande Energie, cette réalisation constitue une nouvelle concrétisation du partenariat conclu entre Romande Energie et l’EPFL pour développer un parc solaire d’envergure et mener des projets de recherche et développement. Elle s’inscrit pleinement dans la stratégie de l’EPFL de ne consommer que du courant d’origine renouvelable.

Le projet tire parti du potentiel particulier de ce type de cellules. Translucides, elles sont également indifférentes à l’angle d’incidence de la lumière et peuvent être déployées verticalement sans aucune perte de rendement. En plus de produire de l’électricité d’origine renouvelable, elles protègent le bâtiment de l’ensoleillement direct, et réduisent ainsi le recours à une énergie de refroidissement.

Inventées en 1991 par Michael Graetzel, professeur à l’EPFL, les cellules à colorant reproduisent les principes du processus de photosynthèse à l’œuvre dans les feuilles des végétaux. Le vitrage photovoltaïque doublant la façade ouest du SwissTech Convention Center constitue la première intégration architecturale en extérieur de cette technologie de pointe. En collaboration avec le laboratoire Graetzel et le bureau Richter • Dahl Rocha & Associés, l’artiste Catherine Bolle a imaginé une composition chromatique compatible avec cette nouvelle technologie.

Se déployant sur quelque 300 mètres carrés, cette installation doit démontrer le potentiel de ce type de cellules et constituer une première étape vers leur production et leur utilisation à grande échelle.

Ce projet de vitrage photovoltaïque est l’aboutissement d’une longue politique d’innovation menée à l’EPFL. Pas moins de onze entreprises ont acheté une licence dans le but de mettre sur le marché les cellules Graetzel. Cette première intégration architecturale est d’autant plus significative qu’elle s’inscrit dans le cadre d’une collaboration avec Romande Energie, partenaire clé de l’école dans le domaine énergétique.

epfl SwissTech 6epfl SwissTech 14

___________________________________________________________________

Modularité

Soirée de gala

La technologie «Gala System» permet la transformation rapide et automatique de plate- formes de scènes et de rangées de sièges amovibles pour y accueillir des événements différents. Les éléments du système breveté au Canada «Salle Gala» permettent de configurer automatiquement une salle de congrès en de multiples configurations différentes, répondant aux critères particuliers de chaque événement et du public.

Cette opération qui consiste à faire passer les sièges à volonté du dessus au-dessous de l’unique plancher de la salle est effectuée grâce à un système novateur de pivots motorisés dissimulés sous la structure des plateformes et reliés à chaque groupement de sièges. D’accès facile depuis le foyer, la salle plénière est donc totalement modulable et innovatrice. Elle peut se transformer en 15 minutes d’une salle de congrès avec gradins en zone d’exposition ou de banquet entièrement plane grâce à la technologie «Gala System» dont elle est équipée et qui est installée pour la première fois en Europe à une telle échelle. En marge de la salle plénière de 2206 places, un balcon de 794 places permet d’atteindre 3000 places. La modularité est impressionnante et quelque quinze variantes types sont à la disposition des organisateurs. Une animation vidéo à voir sur le site dédié www.tstcc.ch en donne la démonstration.

epfl SwissTech 12epfl SwissTech 11

____________________________________________________________________

Principaux intervenants

maîtres d’ouvrage

Partenariat public-privé (PPP): Confédération, EPFL, HRS Real Estate SA deux fonds immobiliers du Credit Suisse SA (CS REF Hospitality, CS REF LivingPlus)

Entreprise totale

HRS Real Estate SA, Crissier

Architectes

Richter • Dahl Rocha & Associés architectes SA, Lausanne

Ingénieurs civils

Ingeni SA, Lausanne Daniel Willi SA, Montreux

____________________________________________________________________________

Le développement doit continuer!

spécial infra_journée 1JOURNEE INFRA 2014

Le 4 février dernier, plus de 200 professionnels romands ont donné vie à la Journée Infra 2014. Sur un ton quasi célébratif, la Fédération Infra a salué le succès et le dynamisme de la région romande qui traverse une décennie de développement phénoménal et ne craint plus de comparaisons. Quels sont les ingrédients de cette réussite? Qui en sont les acteurs? Comment éviter que cet élan ne s’essouffle? Et comment tout cela est-il perçu par les autres régions de Suisse ou par l’étranger? Autant d’interrogations auxquelles des intervenants de haut niveau ont donné leurs réponses, sans bien sûr pouvoir anticiper l’acceptation de l’initiative contre l’immigration de masse qui allait intervenir quelques jours plus tard.

Alors qu’un certain sentiment d’infériorité et une posture quelque peu fataliste et victimisante semblaient dominer les mentalités romandes il y a encore une quinzaine d’années, la dernière décennie est à l’enseigne de la «positive attitude». La conjoncture aidant, la région romande s’est découvert une identité et en a tiré une force. L’EPFL, et l’impulsion spectaculaire donnée depuis la nomination de Patrick Aebischer à sa présidence, est l’un des moteurs de ce développement. Tout comme l’aéroport de Cointrin, qui semblait voué à un certain redimensionnement alors que la compagnie nationale le délaissait pour se prosterner sur le tarmac «unique» de l’aéroport de zurich, et qui a finalement connu un développement fulgurant.

Hautes écoles dynamiques, infrastructures performantes et un tissu serré de petites et moyennes entreprises côtoyant sans complexe des multinationales venues s’installer dans la région, tels sont les ingrédients de base qui forgent le succès romand.

Après quelques mots introductifs de Felix Mann, membre du comité de la Fédération Infra, et de Blaise Clerc, vice-directeur de la SSE et secrétaire romand de la Fédération Infra, c’est le Professeur Francis-Luc Perret qui a pris la parole. En sa qualité de vice-président de la planification et de la logistique de l’EPFL entre l’an 2000 et 2013, il a inauguré plus de vingt bâtiments et est aujourd’hui reconnu comme étant l’homme de la métamorphose du campus de l’EPFL. Il est actuellement directeur de la Fondation ISREC (Institut Suisse de Recherche Expérimentale sur le Cancer) et mène le projet AGORA pour la construction d’un Centre du Cancer qui va rassembler la formidable expertise en oncologie disséminée entre les grandes institutions de recherche lémaniques en un lieu où les différentes spécialités, des plus fondamentales aux cliniques, se côtoieront et dialogueront pour imaginer les thérapies du futur.

INFRATAGUNG Lausanne 2014

Un b‰timent ic™ne pour marquer le lancement du nouveau Centre suisse du cancer - Lausanne

Hissez les voiles!

Au cours de sa présentation, Francis-Luc Perret a rapidement survolé les principaux projets qu’il a accompagnés au cours de sa carrière. Au-delà des bâtiments eux-mêmes ou de leurs fonctionnalités, c’est l’idée maîtresse qui soutient leur réalisation qui est révélatrice. Il s’agit de réunir des hommes et des femmes qui autrement ne seraient pas portés à travailler ensemble. Sublimant le rôle des architectes, les bâtiments deviennent les catalyseurs de l’innovation. Ainsi, tel est le constat de Francis-Luc Perret, le succès de la Romandie ne tient pas seulement à des conditions externes favorables ou à une quelconque bénédiction divine, mais à la capacité à réunir des compétences diverses pour en créer de nouvelles et pointer sur une excellence de niveau international.

Philippe Receveur, ministre jurassien de l’Environnement et de l’Equipement, a ensuite retracé brièvement la jeune histoire de son canton et illustré sa volonté d’ouverture non seulement vers les autres régions de Suisse mais également vers la France et l’Europe. Cette volonté de connexion au monde n’est que renforcée par la situation excentrée de la région – que Philippe Receveur a toutefois tenu à relativiser: une heure trente de Porrentruy à Lausanne n’est pas un temps plus long que ce que bien des pendulaires lausannois emploient pour rejoindre leur bureau genevois. Le canton développe aussi sa politique de relations extérieures, ce qui ne fait que revitaliser la notion d’indépendance et, par des alliances ciblées, lui permet de dépasser la taille critique nécessaire à la réalisation de certains projets. Il a également explicité l’importance de la liaison TGV et comment cette infrastructure doit être exploitée, non seulement pour rejoindre la capitale française mais surtout pour attirer les regards vers le Jura.

« des infrastructures performantes: ingrédients de base pour le succès romand »

Avec près de 14,5 millions de passagers en 2013, l’Aéroport International de Genève est un autre élément clé du succès romand actuel. Nicolas Gaspoz, directeur Infrastructures et Planification, a rappelé l’histoire de l’aéroport, né dans les années 20 et doté d’une piste en béton au milieu des années 40. La comparaison avec Zurich est significative: si l’on exclut le trafic en transit, le nombre de passagers est pratiquement identique. Le défi genevois tient à la relative exiguïté du site. L’aéroport de Genève ne possède qu’une piste et n’en aura jamais d’autres: les limites territoriales et l’intégration de l’aéroport dans sa région rendent toute velléité de piste supplémentaire à jamais caduque. Malgré sa surface totale de 320 ha, le site se trouve limité dans son expansion. Il est longé côté sud par l’autoroute A1, Palexpo, l’Arena, la gare CFF et quelques bâtiments administratifs. Au nord, il est bordé par la frontière française et des quartiers d’habitation. Les extrémités est et ouest n’offrent guère plus de dégagement. Ainsi, le développement de l’aéroport passe obligatoirement par une gestion optimisée des surfaces et des infrastructures existantes. La réflexion à ce sujet est perpétuelle. La construction d’une nouvelle aile est en cours d’étude; elle se concrétisera au cours des toutes prochaines années et appelle à de nombreuses adaptations préliminaires. L’aéroport doit également répondre à des exigences techniques en continue évolution, qu’il s’agisse de sécurité aéronautique, de services aux passagers ou de gestion énergétique des bâtiments et des installations.

La table ronde qui a suivi les conférences n’a soulevé que peu de débat. Quelques interrogations relayées par le public ont tout de même mis l’accent sur le besoin de renforcer la formation et la promotion des professions liées à la construction d’infrastructures afin que les besoins de la région et la relève soient assurés et sur le fait de savoir si les bons résultats romands donnaient plus de poids aux requêtes régionales auprès des institutions fédérales, en particulier au moment de recevoir l’une ou l’autre subvention.

Après la pause, Etienne Blanc, député de l’Ain, président de l’ARC et vice-président du Groupe d’Amitié France-Suisse, s’est fendu d’un véritable plaidoyer en faveur de la Suisse, sans manquer de lancer quelques piques à l’encontre de son propre gouver- nement. Ulrich Paetzold, directeur général de la FIEC (Fédération de l’Industrie Européenne de la Construction) a, pour sa part, ramené le discours à un niveau beaucoup plus pragmatique. Il a illustré les priorités européennes en matière d’infrastructures et les enjeux normatifs et légaux liés à l’évolution des marchés au sein de l’Union.

Le rendez-vous pour la prochaine Journée Infra est d’ores et déjà fixé au mardi 3 février 2015 avec sans doute des thèmes moins consensuels, notamment en regard des résultats des votations du 9 février et de leurs répercussions supposées ou réelles.KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERAspécial infra_journée 5

INFRATAGUNG Lausanne 2014

La menace silencieuse

spécial rénov_Yverdon 8 - copieAssainissement – Temple, Yverdon-les-Bains

Un important développement de mérule pleureuse a été découvert dans le temple d’Yverdon-les-Bains. Alors que les travaux d’assainissement ne font que commencer, nous nous sommes entretenus avec les spécialistes en charge du chantier sur cette menace silencieuse qui peut ronger des charpentes des années durant sans qu’aucun signe extérieur ne soit visible.

Suite à un exercice des pompiers dans le temple et alors que les hommes transportaient du matériel, un gros craquement est entendu dans un escalier de la tour du clocher. Les services de la ville procèdent donc à une vérification et décident d’une réparation. Le démontage de l’escalier met en évidence un état de dégradation non soupçonné. La partie du bois prise dans le limon est complètement détériorée par l’humidité et une présence d’insectes (vrillettes) est signalée.

« développement invisible, en marche depuis quinze ans »

C’est alors que l’entreprise Sani-Bois – spécialiste de l’assainissement du bois et des traitements contre les insectes et les champignons – est contactée pour procéder à un assainissement. La première phase de travaux consiste en un traitement préventif (pulvérisation d’insecticide et de fongicide) de l’ensemble de la charpente, qui n’avait pas reçu de soins particuliers depuis bien longtemps.

C’est au moment de remplacer trois solives qui présentaient des signes de faiblesse que des filaments de mérule sont découverts, à la grande surprise de tous les intervenants. En effet, aucun signe extérieur n’était visible sur la charpente ou sur les murs.

Des sondages sont donc immédiatement entrepris afin de déterminer l’ampleur du problème. Le champignon s’est attaqué à l’angle nord-est du bâtiment, à hauteur de la base du toit et du plancher supérieur. Dans le cas présent, la charpente se révèle bien ventilée, ne laissant remonter aucune trace à la surface du bois et maintenant un taux d’humidité faible. L’observation en surface, même faite par un spécialiste expérimenté, ne laisse en aucun cas soupçonner que le cœur du bois est en grande partie privé de ses fibres. C’est en effet par le centre que le champignon a poursuivi sa progression, jusqu’à s’étendre sur deux parois sur près de dix mètres de long par quatre mètres de haut sur la première et bien douze mètres de long par sept mètres de haut sur la seconde! Sans pouvoir être précis sur la question, les spécialistes estiment que le phénomène est sans doute en marche depuis une quinzaine d’années! C’est sans aucun doute un dégât d’eau et une infiltration par la toiture qui sont à l’origine du problème.

spécial rénov_Yverdon 1Manipuler avec précaution

Le champignon s’est développé dans le mur et dans des planchers intermédiaires au-dessus de la galerie latérale. Par chance, aucun effondrement n’est à déplorer, bien qu’à terme c’est là un risque majeur que courait le bâtiment. La diffusion des spores – inoffensive pour l’homme – est potentiellement dangereuse, non seulement au cœur du bâtiment, mais également pour les constructions du voisinage. L’intervention se doit donc d’être minutieuse. La zone est confinée. Les pannes, les poutres et les chevrons sont déposés un à un, les bennes bâchées et les pièces démontées destinées à l’incinération. La maçonnerie touchée doit être nettoyée, traitée par injection puis rhabillée.

Deux niveaux planchers sont touchés, ainsi que la toiture ce qui ne rend l’intervention que plus difficile avec une attention particulière au phasage et une étroite collaboration avec le Service des monuments historiques. La charpente centrale, la nef principale et son grand plafond suspendu ne sont heureusement pas atteints. Les premières estimations laissent entrevoir près de dix mois de travaux et un coût avoisinant les 700000 francs. Le temple reste néanmoins ouvert au public.

___________________________________________________________________________

Bonjour l’ambiance!

Les spores de mérule sont très légères et relativement répandues; potentiellement, elles sont présentes partout! Pas question pour autant de sombrer dans la psychose. Pour se développer, ce champignon a en effet besoin d’une ambiance bien particulière. Il faut que toutes ces conditions soient réunies au même endroit pendant assez longtemps: le bois ne doit pas se trouver dans un endroit ventilé et son taux d’humidité doit être d’environ 27%. L’endroit doit être sombre (pas de rayons ultraviolets) et la température rester entre 3°C et 26°C.

___________________________________________________________________________

Pousser comme des champignons

La mérule (Serpula lacrymans) est un champignon Basidiomycète de la famille des Coniophoraceae. C’est une pourriture brune dite sèche qui produit des spores facilement aéroportées. Elle se nourrit de la cellulose du bois et peut produire des mycéliums fins entre 5 et 10 μm et pénétrer l’intérieur du bois. Elle peut également produire des cordons mycéliens résistants, capables de s’infiltrer entre les joints de maçonnerie. Afin de digérer les sucs du bois, elle est capable de créer une humidité localisée, allant chercher l’eau nécessaire loin à la ronde. Au moment de sa maturité, le champignon produit des spores. Un champignon de la taille d’environ 20 cm de diamètre va par exemple produire entre 100000 et 200000 spores par seconde. Chacune de ces spores peut donner naissance à un nouveau champignon. Le potentiel de diffusion – et de destruction – est donc immense.

___________________________________________________________________________

Prévention

Stopper l’humidité!

Afin d’éviter la propagation de la mérule et des dégâts potentiellement très importants, il convient de prêter une grande attention aux conditions de base qui pourraient favoriser son développement. La plus importante de ceux-ci étant l’humidité, il est indispensable de maintenir les structures des bâtiments aussi saines et sèches que possible. L’hyper-imperméabilité, souvent préconisée aujourd’hui dans les constructions neuves dites écologiques, pourrait à terme se révéler particulièrement néfaste. Alors que les systèmes de ventilation mécanique perdront inexorablement en efficacité au cours du temps, certaines zones d’un bâtiment pourraient se transformer en milieu idéal pour le développement de la mérule. Le phénomène d’électro-osmose, encore méconnu mais bien réel, qui fait que les particules d’eau et de sel migrent dans les sols et les murs des bâtiments grâce au potentiel électromagnétique présent partout – dans le terrain comme dans les murs ou le bois –, est un facteur de danger supplémentaire. Par des mesures précises du potentiel électromagnétique présent dans le lieu et l’installation d’un cerclage provoquant une mise à zéro du potentiel couple sol/bâtiment, les spécialistes de la société Procédé Humi-Stop Claude Saccaro parviennent à stopper cette transmission. Active en Suisse et en Europe depuis près de trente ans, cette société a notamment traité le château d’Yverdon-les-Bains ainsi que divers autres bâtiments historiques de la cité thermale. Concernant le temple, l’étude est en cours.

spécial rénov_Yverdon 4spécial rénov_Yverdon 3

Ouverture et protection

jti 1JTI — Japan Tobacco International, Genève

L’un des chantiers les plus impressionnants du moment arrive dans une phase marquante. La construction de l’imposante structure métallique du nouveau siège de JTI sis dans le quartier de Sécheron à Genève touche à sa fin. Plus de 1000 collaborateurs prendront possession des locaux courant 2015.

Avec quelques 27’000 collaborateurs dans le monde et plus de 12 milliards de dollars de chiffre d’affaires, JTI (Japan Tobacco International) tient son rang parmi les plus grands fabricants de produits du tabac au monde. Cette filiale du groupe JT est établie à Genève depuis près de cinquante ans. C’est ici que se trouvent son siège social international ainsi que les activités essentielles d’un quartier général telles que les départements marketing, res- sources humaines, finances, informatique, juridique, communication et innovation.

L’entreprise est présente dans 120 pays et exploite 25 usines, dont une en Suisse. Ses activités sont également supportées par six centres de recherche et développement et cinq usines de conditionnement du tabac. Installée dans trois bâtiments à Carouge et à Petit-Lancy, JTI vit une période de croissance. Le succès de ses activités ainsi que l’acquisition d’une nouvelle firme en 2007 ont porté rapidement le nombre de collabo- rateurs de 700 à 1000, ne faisant qu’accentuer le souhait de disposer d’un nouveau siège afin de regrouper tous les départements en un seul lieu.

C’est en 2009 qu’a été annoncé le lancement du projet immobilier destiné à la construction du nouveau siège social que nous vous présentons ici. Conçu par Skidmore, Owings & Merrill (SOM) – cabinet d’architectes historique à qui l’on doit notamment le John Hancock Center de Chicago, la Burj Khalifa de Dubaï, la plus haute tour du monde, ou le prestigieux One World Trade Center qui vient remplacer les tours jumelles du WTC détruites le 11 septembre 2001 –, il promet d’être un nouvel emblème architectural de Genève. Le bureau genevois Group8 est associé à sa conception.

Le bâtiment prend place dans le quartier de Sécheron, sur une parcelle propriété de l’Etat cédée en droit de superficie. Anciennement dominé par les ateliers électro-mécaniques, ce quartier connaît une formidable métamorphose. La construction du siège de l’OMM (météorologique mondiale), puis de celui de la société pharmaceutique Merck ont donné l’impulsion. La nouvelle gare CFF et sa passerelle de liaison, plusieurs rénovations d’immeubles voisins, ainsi que la construction de la Maison des Etudiants Edgar et Danièle de Picciotto et de la Maison de la Paix – deux éléments phare du campus de l’IHEID (Institut de hautes études internationales et du développement) — ont définitivement scellé la transformation du secteur.

«mettre l’espace en valeur»

Il est intéressant de suivre la démarche entreprise par les architectes londoniens de SOM, de toute évidence impressionnés par les nombreuses qualités du site. Kent Jackson, directeur du Design chez SOM, explique: «Le site en soi est source d’inspiration. Il allie à la fois la proximité des organisations internationales, de grands parcs publics, le lac et les montagnes en toile de fond. Rares sont les villes qui permettent de créer une telle harmonie avec leur cadre. Le design est conçu à partir d’une forme élémentaire que nous dégageons du sol afin de mettre l’espace en valeur. Nous souhaitons que le bâtiment puisse être reconnu de manière distincte au niveau du sol par les piétons et, dans une plus large perspective, qu’il contribue à l’identité de Genève par les contours de sa silhouette.»

Les concepteurs se sont donc plongés dans une étude fine du lieu, partant de l’échelle humaine (les parcours piétonniers dans le périmètre, les vis-à-vis, les dégagements) puis élargissant la vision jusqu’à la dimension de la ville et du panorama. Ils ont également mené une analyse détaillée des conditions climatiques du site, tenant non seulement compte du rayonnement solaire ou des variations et des pics de température tout au long de l’année, mais également des précipitations et des vents dominants ainsi que de la manière dont ils s’engouffrent dans le quartier et souffleront sur le futur bâtiment.

Les variations de température au cours de l’année sont toutefois importantes. Il convient d’en tenir compte afin de garantir le confort des utilisateurs. Un système automatisé de ventilation nocturne est d’emblée préconisé.

De cette analyse globale est né le concept général de durabilité du bâtiment qui intègre, entre autres, les exigences du label Minergie®.

Forme et fonction

C’est tout d’abord dans la volumétrie du bâtiment que se traduisent ces réflexions. Le plan dessine un long triangle dont les deux arêtes principales finissent par se superposer à la pointe sud. Les façades développent leur longueur en marquant des pentes successives. En partant du point le plus bas, côté sud, l’aile remonte jusqu’à l’angle nord-est – libéré de tout porteur et ouvert dans un impressionnant porte-à-faux — puis redescend jusqu’à l’angle nord-ouest.

L’aile principale remonte ensuite jusqu’à la pointe sud, libérant à nouveau une large ouverture vers la cour centrale.

Cette géométrie originale permet de maximiser la surface des façades, tant sur le périmètre extérieur que du côté cour et d’optimiser par là même l’apport en lumière. Le confort visuel des collaborateurs de la société est également accru; vue et dégagements sont garantis aux étages élevés.

Les porte-à-faux sud et est laissent pénétrer les vents dominants et facilitent l’approvisionnement en air frais, qui sera ensuite canalisé et alimentra le système de ventilation intérieure.

La toiture sera en partie accessible et recouverte d’une végétation variée. Cette toiture verte participe également au concept climatique et écologique du bâtiment. Elle se divise en deux secteurs, passant progressivement d’une terrasse végétalisée aménagée à une zone de végétalisation intensive et extensive.

Angle vif

Le jeu savant des volumes tient donc compte de l’implantation du bâtiment et de son environnement à grande échelle. Mais la réflexion ne s’arrête pas là.

Poussant le détail, la façade rideau extérieure est composée de deux variations de panneaux de verre orientés et inclinés avec maîtrise. Au-delà de l’indéniable réussite esthétique, c’est encore une fois un effet physique qui est recherché. Chaque verre est en effet incliné tant sur son axe horizontal que sur celui vertical de manière que les rayons solaires impactent de façon moins directe sur la façade. La légère inclinaison du verre lui donne une orientation quelque peu fuyante face aux rayons solaires. La qualité des verres et des éléments de façade alliée à ce design optimisé selon l’orientation de chaque portion de façade en font un concentré de haute technologie.

Les installations géothermiques comprennent 108 forages d’une profondeur de 250 mètres alimentant des pompes à chaleur qui assurent les besoins en chaleur et rafraîchissement.

Le bâtiment compte un maximum de neuf niveaux avec un point culminant à cinquante et un mètres de haut. Il offre une surface utile d’environ 25000 mètres carrés sur lesquels s’articule un programme fait majoritairement de bureaux open space et de petites salles de réunion. Le bâtiment comporte également un centre de conférences doté d’un auditorium, un restaurant ainsi qu’un wellness center. Une garderie d’une capacité de 104 places, destinée tant aux enfants des collaborateurs qu’aux familles du quartier, est construite dans un bâtiment à côté et complète le projet de JTI dans la zone. •

Principaux intervenants

Maître d’ouvrage: JTI, Genève

Architectes: SOM (Skidmore, Owings & Merrill LLP), Londres; Group8, Genève

Ingénieurs structure: SOM (Skidmore, Owings & Merrill LLP), Chicago; Ingeni SA, Carouge

Entreprise générale: Implenia Suisse SA, Onex

Le grain de sable

massimo portrait 4EDITORIAL

(à lire dans « Chantiers & rénovation » n°3.2014 paru le 16.4.2014)

Malgré mon assidue fréquentation des chantiers, je continue d’éprouver une certaine admiration pour ces hommes et ces femmes qui s’activent jour après jour à la réalisation d’un projet. Du concepteur visionnaire qui crayonne la première esquisse sur un coin de table au dernier ouvrier qui plante le dernier clou, il y a dans l’acte de construire une force noble et antique. Un problème se transforme en projet. Un besoin devient un programme. Un obstacle génère une solution, et parfois même plusieurs! Au fil des siècles, le secteur de la construction a accumulé une somme énorme de connaissances. Les réalisations actuelles – de la «simple» maison familiale aux infrastructures les plus impressionnantes – appellent à la mise en commun de quantité de moyens et de compétences. Des briques s’empilent pratiquement comme dans l’ancienne Egypte alors qu’au même endroit des spécialistes installent des équipements nés des dernières technologies. On ne fait rien tout seul et, aujourd’hui plus que jamais, l’interdisciplinarité est de mise. Au final, le tout s’assemble harmonieusement au bénéfice de ceux qui en seront les usagers; malgré la rudesse et la franchise de certains échanges, malgré les pressions, le stress et les fortes voix qui souvent s’élèvent, malgré la dureté et la pénibilité de certaines tâches, malgré les malfaçons et les retards.

«regarder en avant, trouver des solutions, toujours»

Le 26 mars dernier, lors d’une conférence de presse organisée sur la zone de travaux du Val d’Arve, le directeur du projet CEVA, accompagné des représentants des CFF et de l’Etat de Genève, a fait le point sur l’avancement du chantier. Toutes les zones de travaux sont désormais ouvertes et certains lots sont même déjà terminés. Pour l’heure, bien des citoyens genevois ne connaissent que les nuisances liées aux fermetures et aux déviations de routes, au bruit et aux mouvements des engins qui sont parfois juste sous leurs fenêtres. Pourtant, les équipes en place redoublent d’efforts et d’attention pour informer la population, planifier et réaliser les travaux en minimisant l’impact négatif sur la mobilité. Mais l’information qui a fait les gros titres au lendemain de la conférence de presse est bien sûr celle liée aux vingt et un mois de retard annoncés. Le percement du tunnel de Champel ne pourra pas avancer aussi vite que prévu. La nature géologique de la colline est moins propice qu’escompté. Moins compacte, la roche demande des mesures de renforcement supplémentaires. Bref, il y a un grain de sable dans l’engrenage.

La direction du projet annonce pourtant pouvoir maîtriser les coûts et maintenir l’enveloppe globale de CEVA. Des optimisations sur d’autres lots, plus simples, induisent des économies. De nouvelles solutions techniques sont adoptées pour faire face à cette adversité.

Des variantes de mise en service sont d’ores et déjà à l’étude. Encore une fois, l’esprit d’entrepreneur prend le dessus et donne l’énergie aux concepteurs et aux entreprises de regarder en avant, pour mener à bien le projet.

Sans doute n’était-il pas indispensable à cette occasion de reparler des recours de quelques habitants de Champel et de quelques opposants politiques qui ont provoqué douze mois de retard dans l’étude et l’avancement de ce lot. Néanmoins, que les esprits chagrins et les populistes de tout poil qui crient au scandale et en appellent à la création d’une commission d’enquête cessent leurs gesticulations. Il n’est plus question ici de politique mais bel et bien de la réalité du terrain sur lequel des hommes et des femmes s’engagent avec passion et des aléas auxquels ils doivent faire face. Toutes et tous méritent le respect!

 

The only way is up!

Crowne_Plaza 1Hôtel Crowne Plaza, Genève 

Après vingt mois de travaux et un investissement de près de 40 millions de francs, l’hôtel Crowne Plaza de Genève a dévoilé son nouvel écrin à ses clients au début de l’année. Deux nouveaux étages couronnent désormais le bâtiment existant qui offre cinquante-quatre chambres et suites supplémentaires.

Par Massimo Simone 

L’offre hôtelière genevoise est parmi les plus variées et les plus riches du pays. Au-delà des cinq-étoiles de la Rade, ce sont les établissements quatre étoiles business qui représentent une part importante du parc.

L’un d’eux, bien connu des genevois, a ouvert ses portes en 1977 sous le nom de Penta. Situé sur l’avenue Louis-Casaï, à proximité de l’aéroport et de Palexpo, il est devenu le Ramada Park Hotel puis, depuis le 1er février 2011, Le Crowne Plaza Geneva. Il a ainsi rejoint le groupe Hotels InterContinental Genève SA et le système de réservation Holidex, leader mondial du secteur.

Avec ce nouvel élan, se pose immédiatement la question d’une rénovation de l’établissement et de l’optimisation de son positionnement et de sa rentabilité. Un restyling du lobby, du restaurant et des chambres ainsi qu’une remise à jour des installations techniques paraissent d’emblée indispensables. Conscient de ses avantages, l’hôtel vise à renforcer ultérieurement son caractère business (actuellement 45% de la clientèle, objectif 50%). Avec une qualité poussée vers le haut et un positionnement tarifaire bien ciblé, une part de la clientèle des cinq-étoiles du bord du lac peut être attirée. Il s’agit aussi d’augmenter le volume d’affaire. Un agrandissement, via une surélévation, est donc mis à l’étude. Les proportions de l’avenue, son importance en tant qu’axe fort entre l’aéroport et le centre-ville et les visions de développement du secteur sont autant d’arguments favorable à une telle densification.

Ce sont finalement deux niveaux supplémentaires qui sont ajoutés. Ils permettent l’aménagement de cinquante-quatre nouvelles chambres, portant le total à trois cent soixante-six.

Avec cet outil de travail optimisé, les hôteliers comptent sur une forte augmentation du taux d’occupation (objectif à terme 80%) et une rentabilité en hausse progressive (+30% à deux ans, +60% dès 2017). Dix emplois supplémentaires sont créés, portant le total des collaborateurs de l’établissement à cent cinquante.

Plus haut, plus beau

Une fois la volonté exprimée et les possibilités réglementaires confirmées, les variantes techniques sont étudiées.

La statique ne présente pas de contraintes, c’est donc une volonté de contraste architectural qui porte au choix d’une structure métallique (ossature acier, dalles mixtes tôle Holorib/chape de compression béton armé).

Le bâtiment existant, reflet de l’architecture de l’époque, est lourd et fermé. Les éléments de façade en béton ne peuvent plus cacher les outrages du temps et nécessitent à un traitement minutieux. Assainis, réparés et traités, ils retrouvent aujourd’hui leur dignité.

Les deux nouveaux niveaux marquent leur caractère contemporain. Vitrés, légers et horizontaux, ils couronnent le bâtiment et modifient les proportions du volume. Le dernier étage, le huitième, est même un peu plus large que le septième. Cette ampleur augmente le sentiment d’ouverture et offre des points de vue saisissants. La qualité de l’enveloppe est des plus soignée tant au niveau phonique que thermique (pour les verres, valeur U = 06 W/m2k, valeur G = 0.55).

La rénovation des étages existants et la surélévation sont confiées à deux bureaux d’architectes différents. Les deux chantiers procèdent en parallèle et la coordination n’en devient que plus fine. Défi supplémentaire, l’hôtel reste en service durant toute la période des travaux.

L’installation du chantier se fait à l’arrière du bâtiment afin de maintenir la façade principale et l’accès aussi libres que possible. La rénovation se fait étage par étage et moult mesures sont prises pour minimiser les nuisances pour les hôtes et ne pas impacter sur l’exploitation. Pour des raisons de sécurité et de praticité, le sixième niveau (l’ancien dernier étage) est fermé aux clients durant les travaux. La toiture existante est mise à nu pour recevoir la nouvelle construction et permettre le passage et la distribution des installations techniques. Cette phase se heurte à la météo peu clémente de l’hiver 2011/2012 durant lequel les grands froids, les fortes pluies et les lourdes précipitations de neige ralentissent les travaux.

L’hôtel s’engage également dans une démarche de développement durable et de respect de l’environnement. Le bâtiment est relié au réseau de chauffage à distance. Des panneaux solaires sont installés en toiture. Ils fournissent 100 000 kW/an pour le chauffage de l’eau.

Après deux ans de travaux et un investissement de près de 40 millions, le nouvel hôtel Crowne Plaza a entièrement ouvert ses portes aux clients depuis le début de l’année.

 

Crowne_Plaza 5Décoration

Esprit d’Orient

La décoration des espaces communs ainsi que des deux étages supplémentaires a été confiée à la célèbre architecte taïwanaise Celia Chu, à la tête de son agence de design éponyme. Sa vision singulière a permis de créer un univers apaisant, extrêmement soigné et cosy. Reflétant la nature environnante par le choix des textures et des matériaux, chaque espace possède sa propre identité tout en faisant partie d’un ensemble harmonieux et contemporain.

Celia Chu a débuté son parcours à New York en rejoignant l’un des meilleurs cabinets de design d’intérieur au monde, marquant ainsi le début de sa brillante carrière dans l’univers du design hôtelier. Elle a participé à la conception de nombreuses créations architecturales (hôtels, restaurants, spas) à travers le monde pour des groupes tels que Hyatt et Rosewood. A Genève, elle a notamment contribué au projet de rénovation de l’hôtel InterContinental, dirigé par le fameux architecte Tony Chi.

 

principaux intervenants

Maître d’ouvrage: IHG, Genève

Architectes: CLM Architectes, A. Carlier – J. Montessuit, Carouge

Ingénieurs civils: B. Ott & C. Uldry Sàrl, Thônex

Ingénieurs CVCR: Raymond E. Moser SA, Onex

Crowne_Plaza 2

Crowne_Plaza 10

Crowne_Plaza 11

 

Crowne_Plaza 13

Il faut que tu respires!

spécial énergie 1SPECIAL ENERGIE – ventilation

Les standards énergétiques qui se sont imposés ces dernières années misent énormément sur une parfaite isolation et étanchéité des bâtiments. La maîtrise de la ventilation n’en devient que plus importante.

Par Massimo Simone

Pour être performant, un bâtiment doit être bien isolé et encore mieux ventilé. En effet, il ne s’agit pas uniquement d’éviter des ponts thermiques, ou déperditions de chaleur, synonymes d’inconfort et de facture énergétique élevée.

Un logement correctement isolé et ventilé préserve aussi la santé de ceux qui y vivent et permet une meilleure gestion du confort, été comme hiver.

Pas question cependant de colmater ou de calfeutrer intégralement son logement de manière à empêcher toute entrée et sortie d’air. La maison est comme un être humain: elle a besoin de respirer 24 heures sur 24 et donc d’évacuer les polluants divers générés par les matériaux qui la composent et bien sûr par toute activité humaine. Pour une seule personne, le simple fait de respirer dans une pièce dégage chaque jour trois litres de CO2. D’autres activités, comme la cuisine ou le bricolage, engendrent elles aussi des microparticules, dispersées entre autres, sous forme de COV (composés organiques volatils). Et ce n’est pas tout car les matériaux, comme les peintures ou les moquettes, la plomberie, l’électricité ou l’ameublement, dégagent également des polluants. Sans compter que l’humidité et la condensation peuvent aussi générer divers désagréments. Une mauvaise ventilation entraîne une certaine dégradation du bâtiment et une conséquente baisse de sa valeur. En résumé, plus un bâtiment est isolé, plus il faut veiller à une gestion fine de sa ventilation. Le simple fait d’aérer en ouvrant des fenêtres ou des portes ne suffit pas.

Réduire les déperditions

De même, les impératifs de protection de l’environnement et d’inflation des cours du baril de pétrole ont poussé les pouvoirs publics et les spécialistes du secteur à durcir les règles relatives à l’isolation, et par ricochet à la ventilation. Les divers bilans énergétiques s’accompagnent désormais systématiquement d’un test d’étanchéité à l’air (le bâtiment est complètement isolé avant que l’on y insuffle ou aspire de l’air afin de détecter et traquer toutes les sources de fuites de chaleur). L’objectif est clair: plafonner la consommation d’énergie primaire.

D’accessoire, la ventilation devient primordiale et passe même en troisième priorité, après le bâti et l’isolation, pour acquérir le statut de bâtiment réellement performant. Ces trois priorités s’inscrivent dans une même démarche, l’une complétant l’autre.

Aujourd’hui, une solution semble s’imposer progressivement: efficace, économique et confortable, la ventilation mécanique contrôlée (VMC) double flux constitue l’un des meilleurs choix pour bien ventiler un habitat isolé aux normes les plus performantes. Elle conjugue en effet de nombreux avantages. Elle assure le renouvellement de l’air, permet de régler son débit, organise sa circulation entre pièces humides (cuisine, toilettes, salle de bains) et pièces sèches (chambre, salon, etc.) et extrait l’humidité du logement. En période hivernale, elle préchauffe l’air entrant; en été, elle le rafraîchit grâce à son système d’échangeur.

«une mauvaise ventilation entraîne une dégradation du bâtiment» 

Même si ce système fonctionne à l’aide de moteurs électriques, la consommation d’électricité est compensée par les économies générées sur le long terme par l’installation. La VMC double flux permet de récupérer jusqu’à 92% des calories dépensées par le chauffage.

Une autre alternative qui séduit beaucoup de propriétaires est celle qui allie un système simple flux associé à une micro-pompe à chaleur (PAC). Ce système fait alors office de ventilation ainsi que de chauffage pour l’eau chaude sanitaire grâce à l’air récupéré. Reste l’option ultime dite «quatre en un», à partir d’une base VMC double flux et d’une micro- PAC, apportant quatre fonctions: la ventilation, la production d’eau chaude sanitaire à partir de l’air récupéré, le chauffage en hiver et le rafraîchissement en été. Les premiers systèmes sont commercialisés. Ils devraient émerger d’ici à deux ans avant de se généraliser, promettent les spécialistes.

Installer et entretenir

Pour être performants, une importance toute particulière doit être accordée à l’installation des équipements de ventilation pour assurer à la fois une qualité de l’air et une consommation optimales. Cela passe d’abord par une installation effectuée par un spécialiste agréé, dans un endroit facilement accessible. Il faudra par exemple veiller à ce que les bouches d’extraction soient placées en face des portes des salles d’eau qui très souvent ne comportent pas de fenêtres.

Mais une bonne installation ne garantit pas tout. Un entretien régulier est tout aussi fondamental. Un nettoyage périodique et consciencieux des bouches et des filtres est par exemple très important car il suffit que ces éléments soient encrassés pour que le système de ventilation ne fonctionne plus de manière efficace, engendrant une augmentation de la consommation d’énergie nécessaire à sa bonne marche.

spécial énergie 6Certaines hautes écoles se sont dotées d’impressionnantes souffleries et procèdent à des essais grandeur nature poussés. 

Print

Comme le montrent ces dessins de Renzo Piano relatifs au Centre culturel Tjibaou de Nouméa, les études sur la ventilation s’affinent de jour en jour. 

 

La première pièce

BUSINESSPARC, Prillybusiness parc 2

Le secteur de Prilly-Malley est en pleine mutation. Industrie et artisanat laissent progressi- vement place à des logements et à des activités tertiaires. L’une des premières pièces de cette transformation est le Businessparc Prilly que nous présentons ici.

Texte et photos: Massimo Simone

Le phénomène est plus actuel que jamais et occupe les architectes et les urbanistes de Suisse et d’ailleurs: des friches, des zones artisanales ou industrielles, autrefois situées en marge des villes se trouvent désormais au cœur des agglomérations. Les localités grandissent, la mobilité de la population est exponentielle et des pans entiers de territoire sont aujourd’hui au centre de vastes enjeux. Comment transformer ces no man’s land, leur donner vie et valeur en les intégrant dans le tissu urbain de manière cohérente? Telle est la question qui se pose systématiquement et à laquelle chaque cas offre une réponse différente.

Le bâtiment que nous vous présentons ici est le premier élément neuf construit sur l’ancien site de Bobst à Prilly. Une halle désaffectée, située le long de la route de Renens, juste en face de la patinoire de Malley, a été démolie et laisse place à un bâtiment multi-fonctionnel.

Sa position, à l’intersection de la route de Renens et de la route des Flumeaux – deux axes très empruntés par les automobilistes – et à l’angle d’un vaste quartier en mutation, lui donne un rôle particulier. Il signale en effet le renouveau à venir du secteur (un plan de quartier régissant la zone est en élaboration) et offre une projection de ce que sera le quartier dans quelques années.

«ce bâtiment signale le renouveau du secteur»

Ainsi, c’est avec un esprit de précurseur que Coop s’installera dans un centre commercial de proximité de quelque 2 000 m2 (y compris les commerces associés, tels que pharmacie, tea-room et mall central, par exemple) sur tout le rez-de-chaussée. Si pour l’heure le voisinage immédiat est encore en grande partie composé d’un ensemble hétéroclite d’anciens ateliers et bureaux, c’est dans un avenir proche que des centaines de nouveaux habitants investiront le quartier; non loin de là des projets d’envergure sont d’ailleurs déjà en phase de construction.

Les cinq niveaux supérieurs sont destinés à accueillir un fitness, un centre médical et des surfaces administratives. Au total, ce sont presque 14000 m2 (13793) de surfaces polyvalentes qui sont mises sur le marché de la location.

Le tout est fondé sur trois niveaux de sous-sol qui abritent les parkings et les dépôts. A noter que, pour favoriser la fluidité du trafic sur la route des Flumeaux, le parking d’un bâtiment voisin développé en parallèle et loué notamment par la Police de l’Ouest lausannois est relié via un tunnel à la rampe du Businessparc. Cela appelle à la mise en place d’une gestion automatisée des sorties, en particulier lors des interventions urgentes de la police.

La pente naturelle du terrain suggère aux concepteurs la création de deux entrées principales, une à l’avant au niveau de la route de Renens directement vers les commerces, et une à l’arrière, au premier étage, desservant de plain-pied le fitness et le centre médical. Les bureaux sont accessibles des quatre côtés du bâtiment. Les liaisons internes sont ouvertes et des cheminements extérieurs rayonnent dans toutes les directions. Le rôle urbain du bâtiment est une nouvelle fois mis en évidence: son orientation est multiple et ses accès divers anticipent la future perméabilité du quartier, qu’il s’agisse de véhicules individuels, de transports publics ou de mobilité douce.

La façade principale est marquée d’un biais qui s’ouvre sur le carrefour. Ce jeu géométrique résultant tant de l’optimisation de l’implantation que du parcellaire historique, donne une dynamique au bâtiment et favorise son intégration spatiale. Parmi les différentes variantes de base étudiées, c’est celle présentant le volume le plus compact et le plus haut qui a été retenue. Ce choix permet de maintenir les plateaux dans des proportions fonctionnelles et, via le patio central, de faire pénétrer la lumière naturelle jusqu’au cœur de l’édifice.

Business class

Les choix constructifs et techniques sont relativement usuels pour ce type de bâtiment: structure primaire en béton, ossature poteaux/dalles et façade rideau. Le rez-de- chaussée commercial, aménagé en vitrines, marque le socle et permet aux corps du bâtiment de s’affranchir visuellement des variations de niveaux du terrain naturel et des routes.

La façade est composée d’éléments modulaires préfabriqués. Chaque module comprend trois parties: un grand vitrage fixe, un élément fermé habillé d’un verre miroir et un panneau perforé dont le pan intérieur est ouvrant et permet une ventilation naturelle ponctuelle. Ces modules sont positionnés en léger décalage d’un étage à l’autre et séparés par des montants verticaux en saillie. Cette trame accentue la dynamique horizontale et insuffle ainsi un rythme vibrant à l’ensemble.

Le niveau des dalles est marqué par des tablettes qui forcent les lignes horizontales. L’opacité des tôles (thermopoudrées dans des tons beige/bronze) et le choix des verres ajoutent à l’élégance de l’ensemble. Cette composition, sobre et élaborée à la fois, donne au bâtiment son caractère très actuel et exprime, sans équivoque et sans ostentations, sa fonction commercio-administrative.

Connecté au réseau de chauffage à distance qui dessert le secteur, le bâtiment s’astreint aux exigences du label Minergie. Des faux-plafonds métalliques contiennent le système de diffusion chaud/froid et la pulsion d’air; l’extraction se fait dans les couloirs. La trame et la position des bacs de plafond sont étudiées de manière à offrir la plus grande flexibilité aux subdivisions intérieures. Cette souplesse de fonctionnement est essentielle à un tel type d’objet, tant à l’heure où toutes les attributions de surfaces ne sont pas encore connues qu’en projection d’une évolution à long terme.

La phase d’aménagement s’apprête aujourd’hui à débuter. Les surfaces brutes sont remises à la Coop dès ce mois de mars avec pour objectif une ouverture des commerces d’ici à l’automne. Les niveaux supérieurs devraient également être terminés dans ces mêmes délais.

Principaux intervenants

Maître de l’ouvrage: Atelier 2000 Immobilier SA (Groupe Orllati), Bioley-Orjulaz

Architectes: CCHE Architecture et Design SA, Lausanne

Entreprise générale: Implenia Entreprise Générale SA, Renens

Maçonnerie, béton armé: Induni & Cie SA, Prilly

Vive les embouteillages!

massimo portrait 4Selon une récente étude, le niveau des embouteillages est reparti à la hausse en 2013 en Europe. Les spécialistes y voient un signe de la reprise économique dans certains pays. Inrix, fournisseur mondial d’informations trafic, a analysé les données de plus d’un million de kilomètres d’autoroutes et de routes en Europe. Les embouteillages ont augmenté chaque trimestre de 6% en moyenne entre le début du mois de mars et la fin du mois de décembre 2013. Le Belgique reste la championne européenne du nombre d’heures perdues dans les bouchons en 2013 avec une moyenne annuelle de 58 heures par usager (inchangée par rapport à 2012), devant les Pays-Bas (44,-7h par rapport à 2012), l’Allemagne (35,-1h), la France (35,-2h), le Luxembourg (31,+3h), le Royaume-Uni (29,+1h) ou l’Italie (24,+3h). En Suisse, le problème est devenu habituel sur certains tronçons. L’OFROU enregistre 270 jours avec bouchons sur le contournement de Genève, 254 à Lausanne, pour ne parler que des deux cas romands les plus évidents. Bien sûr,  les embouteillages ne frappent pas que sur les autoroutes. Au cœur des cités également la paralysie est chronique avec des répercussions importantes en termes de qualité de vie, de pollution et de coûts induits. Les transports publics fribourgeois estimaient récemment à 3 ou 4 millions par année les investissements nécessaires pour contrer la lenteur du trafic: afin de garantir une fréquence de passage acceptable des bus supplémentaires sont introduits ce qui implique l’achat de véhicules et l’engagement de chauffeurs.

«Construire des infrastructures coût cher. Ne pas le faire coûte encore plus!»

Il n’est donc pas étonnant que la question des infrastructures demeure l’une des plus débattues. La proposition du Conseil fédéral d’injecter 1,68 milliard de francs pour participer à l’amélioration des infrastructures de transport de trente-six villes et agglomérations est donc la bienvenue.

Selon les chiffres présentés, la région Lausanne-Morges devrait recevoir 185,5 millions, soit 50 millions de plus qu’attendus. Quelque 47 millions sont attribués au premier tronçon du métro M3 (Ouchy-Chauderon, sur une facture totale de 134,2 millions) et 58,34 millions pour la prolongation jusqu’à Villars-Sainte-Croix du tram Flon-Renens (facture totale: 166,69 millions). Ces deux projets seraient financés, sous réserve d’un «oui» du Parlement, par le fonds d’agglomération existant. Cette subvention devrait également permettre d’éliminer le goulet d’étranglement autoroutier de Crisser. Le Grand Genève devrait obtenir près de 205 millions (7millions de plus qu’en consultation).

« Une course en avant, disent certains plus il y a de routes. Plus les automobilistes s’y engouffrent, plus il y a de moyens de transport, plus le nombre d’usagers augmente!» Les faits les contredisent. A Lausanne, par exemple, depuis la mise en service du M2 et d’un réseau multimodal entièrement repensé, le trafic automobile en centre-ville a diminué de 13%. Un résultat concret qui devrait encourager les édiles et la population à poursuivre le développement de tels projets en concertation et avec un enthousiasme constructif. Et que ceux qui n’ont comme seule proposition qu’un retour aux temps anciens (ont-ils seulement existé?) où les individus passaient l’entier de leur vie entre les trois rues du village, de l’école au temple en passant par les champs, s’interrogent sur le phénoménal «embouteillage intellectuel» qui immobilise leur esprit!

Massimo Simone, Rédacteur en chef                                    massimo.simone@chantiers.ch                                                                                                                  (paru dans le n°2.2014 de « Chantiers & rénovation », 19 mars 2014)