Renaissance BIM

Filippo di Ser Brunellesco Lippi, ou plus simplement Brunelleschi, architecte génial du Dôme de Florence, serait-il le précurseur du BIM?

L’avènement de la maquette numérique occupe les milieux de la construction et deux camps semblent se dessiner: pour ou contre. Les outils numériques ouvrent de nouvelles portes, certains s’y engouffrent avec enthousiasme, d’autres sont réticents et ne veulent pas les franchir.

Pour les premiers, il est évident que la maquette 3D, partagée en réseau, s’apprête à suppléer le papier. Si, jusque-là, chaque intervenant sur un chantier travaillait sur son propre plan en deux dimensions, avec la maquette numérique tout le monde peut travailler en réseau et en 3D sur un plan partagé. Le bâtiment est reconstitué avec des points très précis, tout est scrupuleusement positionné. Cela offre de multiples avantages. Il devient plus facile de visualiser, de coordonner, d’anticiper, de valider la cohérence, de prendre une décision et d’optimiser les coûts. Le BIM amène avec lui une nouvelle façon de travailler, plus collaborative, dès les premiers stades du projet. Pour les seconds, la maquette numérique limite le rôle de l’architecte qui ne devient qu’un assembleur d’objets virtuels préconfectionnés par les éditeurs de logiciels. Plus aucune sensibilité personnelle, plus de subjectivité, plus de caractère: l’humain disparaît au bénéfice d’une «pseudo-divinité digitale» inatteignable et fallacieusement infaillible. L’architecte a les connaissances techniques et culturelles qui lui permettent de faire face à l’imprévu, alors qu’avec le BIM, il n’y a même plus d’imprévu!

Au fil des pages de ce numéro de fin d’année, il est plusieurs fois question de nouveaux outils, de planification et de savoir-faire. Sur le terrain, le regret est récurrent: «Trop d’architectes n’y connaissent plus grand-chose en construction! Ils ne maîtrisent pas les méthodes, zigzaguent dans les plannings et laissent régner un chaos relatif, confiants que conducteurs de travaux et artisans trouveront au final le moyen de terminer le tout dans un timing raisonnable.» Pire, beaucoup désertent les chantiers, s’enfermant dans une imaginaire tour d’ivoire loin des réalités du terrain. Ce sont les mêmes qui aujourd’hui se méfient du BIM, craignant peut-être que l’outil ne mette à nu leurs lacunes.

Avant de construire ce qui allait être le plus grand dôme jamais édifié, Brunelleschi réalisa nombre de maquettes, si détaillées qu’elles en deviennent des œuvres d’art. Les maquettes servaient autant à convaincre les commanditaires qu’à valider les concepts théoriques; du BIM avant l’heure! Architecte, artisan, constructeur et inventeur, Brunelleschi a mis au point les outils qui allaient servir à la construction (grue à treuil, échafaudages, etc.) et défini avec précision les matériaux et la manière de les mettre en place.

Si l’architecte, selon le sens étymologique du terme, veut encore être le «chef des constructeurs», il se doit d’avoir une réelle maîtrise. Cela ne peut passer que par une collaboration anticipée avec les autres spécialistes ainsi que par l’acquisition d’une culture et d’une connaissance plus vastes non seulement des aspects théoriques et conceptuels mais aussi et surtout de la pratique.

Et si le BIM marquait la renaissance des architectes?