Riches et lents

En termes de puissance, le photovoltaïque est la technologie de production d’énergie qui a été la plus déployée dans le monde en 2017. Environ 100 gigawatts (GW) ont été installés, soit 33 % de plus que l’année précédente. Cela ne s’arrête pas là ; une croissance ultérieure d’environ 30 % est attendue en 2018 sur le marché mondial.

En Suisse, a contrario, le marché de l’énergie solaire a fait du surplace en 2017: la puissance nouvellement installée a été de 260 mégawatts (MW). La part du courant solaire augmente ainsi seulement d’un demi-pourcent à environ 3 %. La faute à une clarification législative qui s’est fait attendre. Les lois et ordonnances adaptées dans le cadre de la Stratégie énergétique 2050 devraient néanmoins permettre de ranimer le marché en 2018 et de dépasser la barre des 300 MW. En effet, le subventionnement des panneaux photovoltaïques est désormais connu. Il s’appuie sur le relèvement de la taxe de transport de l’électricité de 1,5 à 2,3 centimes par kilowattheure. Cela rapportera 1,3 milliard par an. Cette somme servira à indemniser les propriétaires d’installations d’énergie renouvelable (petite hydraulique, solaire, éolien, géothermie, biomasse) qui injectent une partie de leur production dans le réseau. L’époque de la rétribution à prix coûtant est révolue, même si un certain nombre d’installations pourraient encore en bénéficier rétroactivement.

Les conditions sont également à nouveau favorables à la construction de grandes installations. D’autant plus que les analystes financiers ont récemment pointé leurs radars sur la construction d’infrastructures et globalement sur le marché de l’énergie propre en les mettant en bonne place dans la liste des placements gagnants pour 2018. Dans notre environnement de taux bas et de valorisations élevées, les investissements en infrastructures constituent une alternative attrayante grâce à leurs rendements potentiels élevés et à leur bonne résistance aux cycles économiques et à l’inflation. Faiblement corrélés aux marchés financiers et aux autres classes d’actifs, ces placements offrent de plus une diversification bienvenue. Attrait supplémentaire pour des investisseurs de plus en plus sensibles aux questions éthiques, il s’agit de projets concrets, qui représentent de clairs avantages pour la société. Seul problème pour les privés, ils sont le plus souvent mis en œuvre à travers des investissements publics ou de pseudo-PPP (partenariats public-privé) réservés à des investisseurs institutionnels. Là encore, la Suisse fait du surplace.

Si la Confédération nage dans le bonheur financier, ce n’est pas le cas de tous les cantons. Paradoxalement, la bonne santé financière de la Confédération pourrait se révéler être un frein à la réalisation de nombreux projets. Berne étant tentée de tout financer par elle-même, elle se voit contrainte à des arbitrages politiquement délicats entre les régions et repousse de facto des chantiers pourtant indispensables. Une législation moins restrictive en matière de PPP serait donc la bienvenue. Cela pourrait accélérer la réalisation de certains projets, telle la traversée du lac à Genève par exemple, sans trop peser sur les finances des cantons.

Qu’il s’agisse d’énergie solaire, de grandes infrastructures, de PPP ou d’innovations appliquées au quotidien des citoyens, d’autres nations, souvent moins riches, se révèlent plus rapides que nous.