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Le bois se met en scène

Nouveau pavillon Théâtre de Vidy, Lausanne

Le Théâtre Vidy-Lausanne se dote d’un nouveau pavillon – une salle complémentaire de 250 places – qui dialogue avec le bâtiment de 1964. Entièrement en bois, il adopte une nouvelle technologie de fixation bois-bois qui abolit tout élément métallique.

Le Théâtre Vidy-Lausanne est une institution qui rayonne loin à la ronde et dont la réputation est reconnue dans tout le monde théâtral francophone. Posé dans le vaste parc Émile-Henri-Jaques-Dalcroze sis au bord du lac, ce théâtre a été construit en 1964 par l’artiste et architecte Max Bill dans le cadre de l’exposition nationale en tant que pavillon «éduquer et créer». Il utilise des méthodes de construction nouvelles et démontables avec des structures métalliques. Le théâtre aurait dû être démonté après l’exposition. Il est finalement conservé et, malgré sa nature initiale éphémère, résiste bon an mal an aux affronts du temps. Des campagnes d’assainissement et de rénovation sont ponctuellement menées et le théâtre actuel est un parfait outil de travail au service de la culture.

En 1995, un chapiteau en toile est installé dans le parc, face à l’entrée principale du théâtre. Il offre des espaces de création et de répétition supplémentaires et accueille également une programmation propre. C’est ce dernier qui est aujourd’hui remplacé par le nouveau pavillon en bois.

Pas un clou!

C’est l’architecte et professeur EPFL Yves Weinand, à la tête du laboratoire IBOIS, qui fait ici une proposition inédite. Avec le soutien du plan d’action bois de l’Office fédéral de l’environnement, le pavillon devient l’occasion d’un transfert de technnologie qui pourrait bien ouvrir de nouvelles voies à la construction en bois. Exploitant pleinement les capacités des machines de découpe automatisée actuelles, les concepteurs développent un système de fixation intégré dans la matière, à l’image de ce qui se fait déjà dans l’assemblage de mobilier, pour la création d’un tiroir par exemple, avec un ordre d’assemblage précis et prédéfini, l’ordre séquentiel de montage. Ici, la construction se passe d’éléments de fixation distincts; sur tout le bâtiment, il n’y a aucun clou ni aucune vis, ni aucun autre type de plaques ou de boulons. Chaque élément qui compose la construction est unique et ne peut être assemblé que d’une seule manière. La connexion intégrée qui assure la cohésion de l’ensemble impose un positionnement précis de chacune des pièces et une séquence de montage unique.

Il s’agit d’une structure porteuse à double nappe inédite et réalisée à partir de panneaux multiples en hêtre. La structure par plis et l’incurvation des murs latéraux sont calculées informatiquement pour obtenir une répartition uniforme des forces entre les différents éléments. Enfin, les arches et les murs sont formés par une double peau qui renforce la structure en limitant les forces de cisaillement, et qui assure l’isolation phonique et permet l’intégration de l’isolation thermique en ouate de cellulose (210 mm).

Les recherches d’IBOIS appliquées au pavillon ont permis d’élaborer une structure porteuse qui peut s’étirer sur une distance de 16 à 20m sans pilier et avec une épaisseur de panneau de seulement 45 mm. La distance entre les deux couches est de 300 mm à partir du haut du panneau extérieur et jusqu’au bas du panneau intérieur. L’utilisation de bois domestique garantit un très faible impact sur l’environnement.

L’aspect économique est également à relever. Les assemblages représentent habituellement 25 % des coûts dans la construction d’une ossature en bois. Ici, ces coûts sont tout simplement éliminés. De plus, la structure présentant une surface finie à l’intérieur, les coûts de finitions sont également réduits.

Le pavillon a été construit en douze mois. Long de 28 mètres et large de 20 mètres, il a une surface totale de 540 m2. Le gradin rétractable offre 250 places (150 de plus que l’ancien chapiteau). La scène a 14 mètres d’ouverture et 11 mètres de profondeur. Ces caractéristiques rendent le pavillon parfaitement complémentaire, en taille et en jauge, avec les trois autres salles du théâtre. Il permet d’accueillir des temps de répétitions, des spectacles en création et en accueil ainsi que des actions de médiation. De plus, cette structure sera indispensable au maintien d’une vie artistique à Vidy le temps de la rénovation de la grande salle Charles Apothéloz, qui devra fermer pendant plus d’une saison d’ici à 2020.

L’ère de la collaboration

Swissbau 2018

La prochaine édition de Swissbau aura lieu du 16 au 20 janvier 2018 Bâle. Pour la toute première fois, ce salon s’articulera autour d’un thème général et aura pour slogan «Collaboration – tous ensemble ou chacun pour soi?» La digitalisation est le sujet principal, avec toutes ses facettes et tous les défis qu’elle comporte pour le secteur de la construction. En plus des deux formats bien connus que sont l’exposition et Swissbau Focus, le salon proposera pour la première fois la présentation spéciale Swissbau Innovation Lab, où des entreprises de premier plan et des experts rendront tangibles la transformation digitale du secteur de la construction ainsi que des technologies d’avenir.

La collaboration a toujours été quelque chose d’important: aujourd’hui, il est indispensable qu’elle aille plus loin qu’avant grâce (ou à cause) de la numérisation. Cette dernière modifie les branches d’activités et les marchés en profondeur – presque tous les secteurs économiques sont touchés, notamment celui de la construction. De nombreuses entreprises se voient confrontées plus vite que prévu à de nouvelles technologies et à des concurrents inconnus jusqu’alors. Un débat sur les formes de collaboration qui ont prévalu jusqu’ici devient impératif si l’on veut que la transformation digitale soit perçue comme une opportunité et pas comme un risque.

L’utilisation des potentiels offerts par ces nouvelles formes d’interconnexion est encore à la traîne dans le secteur de la construction. C’est pourquoi le slogan choisi pour Swissbau 2018 est «Collaboration – tous ensemble ou chacun pour soi?» Ce salon cherche et propose des réponses ainsi que des possibilités pour optimiser les processus existants et développer de nouveaux modèles économiques, produits et services.

Dans les secteurs d’exposition ainsi que dans le cadre de Swissbau Focus, qui est consacré à des événements et au réseautage, et sur- tout dans la nouvelle présentation spéciale Swissbau Innovation Lab, les visiteurs pourront découvrir à quoi pourrait ressembler à l’avenir la collaboration dans le secteur suisse de la construction. «Nous sommes fiers d’élever Swissbau à un nouveau niveau et d’instaurer entre les acteurs de la branche un dialogue sur la numérisation tourné vers l’avenir et axé sur la pratique. La présentation spéciale Swissbau Innovation Lab offre une incursion sans précédent dans la transformation digitale, qui devient ainsi plus tangible que jamais.»

Cycle de vie

Swissbau est le plus grand salon de la construction de Suisse. Quelque mille exposants présentent dans quatre halles leurs produits et services concernant trois thèmes: planifier, construire, utiliser & exploiter. Tout tourne autour du cycle de vie d’un bâtiment, auquel sont consacrés quatre secteurs d’exposition: planification, gros œuvre et enveloppe du bâtiment, technique du bâtiment et aménagement intérieur. Plus de 100000 visiteurs venant de branches d’activité très diverses sont attendus, principalement des professionnels qualifiés issus des domaines de la planification, de l’investissement, du bâtiment, du commerce et de l’immobilier, et des maîtres d’ouvrage privés. Sur une surface d’exposition de 130000 m2, ils auront l’occasion d’avoir des entretiens personnels, de recueillir des informations complètes sur les exposants et les produits et de trouver d’innombrables sources d’inspiration pour tous les aspects de la construction.

Techniques de mesure

Il existe depuis longtemps de bonnes tech- niques de mesure; grâce à l’utilisation de scanners et de drones, elles sont aujourd’hui extrêmement précises. Au moyen d’un scanner laser, la Haute école technique de Rapperswil HSR a relevé les données de la structure géographique particulièrement complexe d’une gorge située sous le glacier d’Aletsch. En s’appuyant sur les informations enregistrées, la HSR a réalisé, au moyen d’une imprimante 3D, un modèle physique exact de la gorge à l’échelle 1:50. Ce projet avait pour objectif de mesurer la manière dont l’eau d’une onde de crue coule et se comporte à travers la gorge et les dégâts qu’elle peut occasionner.

Transfert BIM / chantier

Électriciens, installateurs sanitaires, etc. – tous participent à la planification d’un bâtiment. Le Building Information Modeling (BIM) permet une collaboration intelligente, tous les plans étant consolidés sur une même plateforme; le travail se fait en commun. Grâce aux tout derniers développements d’Hilti Suisse, il est possible d’harmoniser entre eux, dès le début de la planification, les besoins liés aux installations techniques du bâtiment et de les intégrer ensuite directement sur le chantier. Des programmes de réalité augmentée spécialement développés à cet effet permettent de visualiser directement sur l’écran d’un iPad où, par exemple, des tuyaux ont déjà été posés et où d’autres sont prévus. La réalité est ainsi reliée au virtuel, ce qui permet d’optimiser tous les paramètres.

La vie au centre

Le Nouveau Prieuré, Chêne-Bougeries                                                                    Issu d’un concours d’architecture primé en 2004, le projet du Nouveau Prieuré fait cohabiter sur un même site des habitations pour personnes âgées et polyhandicapées, des appartements locatifs, une résidence pour étudiants, une crèche, une salle polyvalente ainsi qu’un restaurant.

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Fondé en 1872 par le Docteur Butini-de-la-Rive et son épouse, l’Hospice du Prieuré est devenu, dès 1910, une infirmerie pour patientes souffrant de maladies chroniques. Ce n’est qu’à partir de 1992 que les hommes y sont admis. Situés sur le plateau de la Gradelle, au cœur de la commune de Chêne-Bougeries, l’EMS et les terrains voisins sont propriété du BCAS (Bureau Central d’Aide Sociale). Celui-ci met sur pied en 2004 un concours d’architecture afin de construire un nouvel EMS de 144 lits. Le potentiel du terrain et la vision du maître d’ouvrage vont fédérer d’autres partenaires, à savoir la Fondation Clair Bois ainsi que la Commune de Chêne-Bougeries. Le projet prend ainsi de l’ampleur et s’enrichit de 24 appartements locatifs, d’un centre d’accueil pour polyhandicapés fort de 24 lits, de 14 studios, de 10 chambres pour étudiants ainsi que d’une crèche pouvant accueillir 60 enfants. S’ajoutent à cette énumération, une salle polyvalente, un salon de coiffure, un restaurant, un kiosque ainsi que tous les équipements spécifiques à chaque entité, tel un bassin d’aquathérapie, des salles Snoezelen.

Ce n’est pas là une simple juxtaposition de programmes qui est réalisée. Il s’agit en effet de développer un projet novateur, qui veut passer du modèle hospitalier et hôtelier de «l’EMS, lieu de soins» à celui de «l’EMS, lieu où l’on prend soin» avec, au centre des démarches, la conviction que «chaque personne est chez soi et a droit au respect de son autonomie et de sa liberté tout en se réalisant, comme être social, en interaction avec les autres». Et qui dit interaction, dit ouverture. C’est ainsi que le projet développe une vision commune tout en tenant compte des besoins spécifiques de chacun. Intégrer l’EMS et la Fondation à la vie quotidienne du quartier en faisant se côtoyer les générations en est l’idée clé.

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La chambre, la place, la ville                                                                                             Le concept architectural traduit parfaitement ces intentions. L’ensemble du programme est distribué dans trois corps de bâtiment reliés à une place centrale. Celle-ci, en partie couverte et fermée, abrite en son cœur un large patio ouvert et arboré. Les trois bâtiments ont des dimensions et des hauteurs différentes. L’orthogonalité de leur plan est marquée par de légères cassures mettant l’alignement des façades en relation avec les constructions voisines et les percées visuelles des alentours. Les cheminements du quartier traversent le site. Le restaurant, le salon de coiffure et la crèche ainsi que les appartements en location libre sont autant d’éléments d’ouverture qui permettent à l’EMS de ne plus être un lieu renfermé sur lui-même mais, au contraire, de devenir un composant actif de la vie urbaine.

Les jardins, délimités par une enfilade de lames de béton teinté, se connectent aux parcs environnants, vers les bâtiments voisins ou l’école, tout en offrant un cadre rassurant pour les résidents.

L’organisation interne de l’EMS s’inscrit dans cette même lignée. Les résidents sont accueillis dans des appartements, deux sur chaque palier, qui regroupent huit chambres autour des espaces de séjour et salle à manger à la manière d’une colocation. Les chambres, toutes individuelles, avec salle de bain privative, assurent confort et intimité à chacun.

La construction du bâtiment A (R+6, EMS 96 lits), aujourd’hui terminée, a commencé en été 2011. Ceci a permis de transférer les résidents de l’ancien EMS dans les 96 premières chambres réalisés, puis de démolir le bâtiment existant. C’est aussi là que sont placés le restaurant et la crèche, qui, quant à elle, sera mise en service dès l’été 2015.

Le chantier se poursuit actuellement avec le lancement des travaux d’installation et de second œuvre dans le bâtiment B (R+5, EMS 48 lits, 24 appartements locatifs) et le début de la construction du bâtiment C (EPH 24 lits, 14 studios, 10 chambres pour étudiants).

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Module, méthode et variations                                                                                          La multiplication des partenaires et des fonctions pourrait faire craindre pour la cohérence architecturale de l’ensemble. Les concepteurs ont fait face avec maestria à ce défi en créant un module de façade qui identifie le projet et répond aux besoins divers des utilisateurs. C’est en plus une solution technique originale et rationnelle pour une construction de qualité.

L’élément de base de ce concept est une sorte de caisson en béton (un U en plan et en coupe) dont le dos constitue le mur de façade. Sa profondeur est de 90 centimètres et il s’élève sur une hauteur d’étage. Les éléments s’empilent les uns sur les autres sur la tranche latérale et sont posés en damier, un plein alternant avec un vide.

Chaque chambre s’inscrit dans ce double module plein/vide. Dans le creux de l’élément en béton, du côté intérieur, se nichent les armoires. La partie vide est fermée d’un vitrage et l’espace entre les modules se transforme en loggia ouverte. L’épaisseur de la façade forme un cadre solide, sécurisant et protecteur pour les résidents. Leur intimité et privacy sont préservées, l’ouverture vers l’extérieur est généreuse. Cette façade, lourde et porteuse, est en réalité ouverte sur près de la moitié de sa surface.

Un module en béton préfabriqué est donc l’élément fondamental de la composition. Il porte le bâtiment (les dalles y sont liées horizontalement par des consoles isolantes); il constitue son enveloppe et son identité (le béton teinté dans la masse est apparent en façade); il structure la typologie intérieure (la dimension des chambres, les ouvertures, les balcons, les armoires s’y inscrivent); il symbolise la fonction de l’EMS (solide, protecteur, enveloppant, accueillant et chaleureux); il unifie un projet multiple (répété et adapté, il répond aux exigences diverses inscrites au programme).

C’est aussi un concentré de technique. Il incorpore le store électrique, un éclairage de balcon, la pente d’écoulement et le dégorgeoir ainsi que les fixations du grade-corps. La préfabrication garantit le haut niveau de précision indispensable ici et assure un avancement rapide du chantier. Le concept statique est original et efficace.

Ce jeu structurel donne à l’ensemble une force singulière. Quatre teintes à dominante chaude – rouge, orange, saumon et jaune – font vibrer les façades. Dynamique, vivace, coloré et ouvert: l’image de l’EMS est tout sauf triste!

L’ensemble répond aux exigences du label Minergie® en vigueur au moment du  dépôt de demande du permis de construire (2006). Une installation de ventilation à double flux est notamment présente dans les chambres et les appartements.

Un système de récupération de chaleur est associé aux monoblocs. La production d’eau chaude est assurée par des panneaux solaires placés sur les toits des trois bâti- ments. L’ensemble est relié à un réseau de chauffage à distance — chauffage combiné gaz/géothermie via une chaufferie centra- lisée dans un bâtiment voisin aussi propriété du BCAS et 84 sondes géothermiques. Le tout est distribué via le réseau au sol, utilisé également pour le rafraîchissement.

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Principaux intervenants                                                                                       Maîtres d’ouvrage                                                                                                       BCAS (Bureau Central d’Aide Sociale), Genève Fondation Clair Bois, Genève      Commune de Chêne-Bougeries

Pilotage                                                                                                                       Régie Brolliet SA, Carouge

Architectes                                                                                                           Réalisation Etape 1: dl-a, designlab- architecture SA, P. Devanthéry et I. Lamunière, Genève                                                                                                                Réalisation Etape 2: dl-a, designlab- architecture SA, I. Lamunière, Genève

Ingénieurs civils                                                                                                          Michel Paquet, Genève

Ingénieurs CVS                                                                                                    Weinmann energies SA, Echallens

Ingénieurs électricité-sécurité                                                                                    Scherler Ingénieurs-conseils SA, Genève

Direction des travaux                                                                                               Implenia Entreprise Générale SA, Onex

Eléments préfabriqués                                                                                                   MFP Préfabrication SA, Marin-Epagnier

Systèmes de verrouillage                                                                                     Rapid’Clés Sàrl, Petit-Lancy