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Dans ta face!

Début juin, le président américain Donald Trump lançait un énorme pavé dans la marre en annonçant le retrait des États-Unis des Accords de Paris sur le climat. Les réactions de toutes parts condamnant ou regrettant cette décision ne se sont pas fait attendre. Le «Make our planet great again», tweeté par Emmanuel Macron a rapidement fait le tour du monde, donnant au président français – et avec lui à toute l’Europe – un renouveau de leadership qui pourrait porter bien au-delà de la question climatique.

Aux États-Unis même, divers États fédérés, grandes villes et multinationales sont déjà montés au front, décidés à poursuivre la mutation entamée sous l’ère Obama. Les gouverneurs démocrates des États de New York, de Washington et de Californie – qui à eux trois représentent un cinquième de la population américaine – ont déjà déclaré vouloir maintenir l’objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 26 à 28 % d’ici 2025. Ils ne sont pas les seuls. Une trentaine d’États ont eux aussi pris des mesures, imposant par exemple des normes aux compagnies d’électricité pour les obliger à accroître leurs parts d’énergies renouvelables. Même le Texas, bastion républicain et grand producteur de pétrole, met l’accent sur l’énergie éolienne; la production y est en constante augmentation et déjà plus de trois millions de foyers sont alimentés grâce à la puissance du vent. Les grandes villes, New York et Los Angeles en tête, s’allient au sein de la «Mayors National Climate Action Agenda», une coalition de 82 maires représentant 40 millions d’Américains dotée d’un programme aussi concret qu’ambitieux. Finalement, les multinationales les plus puissantes et innovantes, parmi lesquelles Apple, Google, Facebook, Hewlett-Packard, General Motors, Tesla, ou encore tout le groupe Walt Disney, se montrent déterminés à poursuivre leur engagement environnemental, tout comme les grandes universités. C’est donc un très large front qui ne suit pas Trump. Même les milieux économiques – que la décision est censée favoriser – sont divisés sur la question: le retrait pourrait induire un fléchissement des investissements dans le domaine hautement porteur des cleantech, mettant en péril des millions d’emplois et l’industrie US du secteur au rang des retardataires. Un retour de boomerang dont la seule éventualité pourrait faire mal au milliardaire locataire de la Maison-Blanche.

La Suisse et l’Europe seraient bien avisées de booster maintenant l’innovation et de faire le forcing sur les nombreux marchés qui gravitent autour de la question climatique.

Certes, la puissance industrielle américaine ne va probablement pas vaciller sous le seul effet de cette décision. L’impulsion politique n’est toutefois pas négligeable. La Suisse, par sa stabilité et son savoir- faire, et l’Europe, quelque peu portée par la reprise économique, seraient bien avisées de booster maintenant l’innovation et de faire le forcing sur les nombreux marchés qui gravitent autour de la question climatique.

Au mois d’octobre prochain, c’est, ironie du sort, justement aux États-Unis que l’une de ces bagarres de matière grise va se jouer. Le concours Solar Decathlon, organisé par le Département américain de l’énergie, est une compétition universitaire internationale, qui met au défi les équipes d’étudiants de concevoir et de construire en taille réelle des maisons efficientes sur le plan énergétique et ne s’approvisionnant qu’en énergie solaire. L’équipe suisse composée d’étudiants de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), de la Haute École d’ingénierie et d’architecture de Fribourg (HEIA-FR), de la Haute École d’art et de design de Genève (HEAD) et de l’Université de Fribourg (UNIFR), y présentera une maison de quartier à énergie positive. Baptisé «NeighborHub», le prototype fait le pari de placer des panneaux solaires uniquement en façade. Les solutions techniques proposées pourraient ouvrir la voie à la création d’immeubles de grande hauteur totalement autonomes. Les retombées sont potentiellement énormes.

Et dans quelques années, c’est peut-être une start-up issue de cette équipe qui sera l’entreprise la plus performante pour transformer les façades de la Trump Tower et de tous les autres buildings du magnat afin de les rendre plus respectueux du climat.