Tout le monde veut bouger!

L’OCDE considère que l’Europe constitue la plus grande opportunité pour du capital institutionnel, vu les besoins du Vieux Continent en nouvelles infrastructures ou en rénovation d’anciennes. Pour donner un ordre de grandeur limité à un seul pays: à fin 2016, le Gouvernement britannique a publié son «National Infrastructure and Construction Pipeline», qui prévoit des dépenses publiques et privées de l’ordre de 100 milliards de livres sterling à l’horizon 2021.

Par rapport à l’Amérique du Nord, les pays européens ont moins l’habitude de financer leurs grands projets au travers d’obligations privées. Il faut donc qu’emprunteurs et promoteurs de projets s’apprivoisent: ils doivent s’habituer les uns aux autres, à des conditions d’investissements, à des présentations de renseignements financiers et des documentations différentes de ce qu’ils connaissent usuellement. Les institutionnels doivent aussi se familiariser plus en détail avec les caractéristiques souvent complexes du secteur des infrastructures.

Ce pas franchi, les projets s’avèrent nombreux. Pour donner quelques exemples, le fonds de dette d’infrastructures géré par UBS Asset Management a récemment investi dans le refinancement d’un opérateur de ferries reliant la Suède au Danemark, dans des centrales solaires photovoltaïques en Espagne, dans une autoroute en Irlande ou encore dans un portefeuille de terminaux de stockage de produits chimiques et pétroliers en France et dans la péninsule Ibérique.

En Suisse aussi, le financement des infrastructures revient perpétuellement sur le devant de la scène. Le Conseil fédéral s’apprête à mettre en consultation la prochaine tranche d’investissements ferroviaires. 7 milliards d’ici à 2030 ou 12 milliards jusqu’en 2035? À l’heure où ces lignes s’écrivent, le choix entre les deux variantes n’est pas fait. Dans l’une comme dans l’autre, il est question de désengorger les principaux goulets d’étranglement (construction du tunnel de Brütten entre Zurich et Winterthour) et d’améliorer les cadences et l’offre sur les axes Berne-Zurich, Bâle- Bienne, Lausanne-Genève, Lausanne-Yverdon, Lausanne-Martigny, Annemasse-Coppet ainsi que diverses mesures pour le trafic marchandises sur le Plateau. La transformation de plusieurs gares fait également partie du programme, dont celles de Nyon, Morges et Neuchâtel. La seconde variante offre une vision et une planification d’une plus grande portée et voudrait permettre d’inclure dans les listes d’autres projets, tels que la liaison RER entre Neuchâtel et La Chaux-de- Fonds, la construction du tunnel du Zimmerberg entre Zoug et Zurich ou encore la réalisation d’une ligne souterraine d’évitement de la gare de Lucerne. La bataille Romands contre Alémaniques est d’ores et déjà engagée, chacun argumentant sur le caractère prioritaire de tel ou tel projet. Et l’on craint que des considérations peu objectives puissent ponctuellement faire pencher la balance.

Au même moment, la start-up allemande Volocopter effectue un premier vol d’essai public de son taxi volant autonome. Le gros drone électrique et sans pilote est capable de voler en autonomie 30 minutes à une vitesse maximale de 100 km/h. Une application de smartphone pour commander la course et deux clients pourront bientôt prendre le Volocopter pour rejoindre le Voloport le plus proche de leur destination.

Entre gros sous, amélioration des infrastructures existantes et innovations aux faux airs de science-fiction, la mobilité concentre encore et toujours de gigantesques enjeux. Tout le monde veut bouger!