Transparences cadrées

Cycle d’orientation de la Gruyère, Riaz

Fort de son développement démographique exceptionnel, le district de la Gruyère se dote de nouvelles infrastructures. Un nouveau Cycle d’orientation est en construction Riaz. À la rentrée de 2018, il accueillera quelque 800 élèves.

La ville de Bulle et avec elle tout le district de la Gruyère traversent une époque de forte croissance démographique, l’une des plus marquées de Suisse. En effet, la population y a pratiquement doublé au cours des deux dernières décennies. Leur position centrale entre Berne et l’arc lémanique ainsi qu’une politique volontariste de développement des infrastructures et des services ont favorisé l’accroissement d’une activité industrielle déjà enviable. La mise en valeur du vieux bourg – grâce notamment à la création de la route de contournement –, la richesse patrimoniale et touristique de la région ainsi que le caractère simple de petite ville à la campagne ont fait le reste. Aujourd’hui, Bulle est une cité de 22 000 habitants et moult projets sont encore en développement tant en ville que dans tout le district.

Cet élan appelle naturellement à la création de nouveaux établissements scolaires. Ainsi, c’est sur une parcelle en limite de zone agricole, à l’entrée du village de Riaz, que se construit le nouveau Cycle d’orientation de la Gruyère. Au programme, une trentaine de salles de classe normales, quinze salles d’enseignement spécial, quatre salles de gymnastique, une bibliothèque et un auditoire ainsi qu’une cafétéria et des locaux annexes.

Protection et ouverture

Le projet, lauréat du concours de 2013, est signé du bureau lausannois mcm de Graeme Mann & Patricia Capua Mann. Selon les dires des architectes, la construction du nouveau CO «s’exprime comme une borne dans le territoire construit du village de Riaz, à la limite des terres agricoles».

Le plan en U a séduit le jury. Il permet de réaliser une construction relativement compacte qui n’occupe qu’une fraction du terrain disponible et évite l’effet «barre». Les lignes brisées des longues façades ainsi que la trame des brise-soleil abolissent toute monotonie. La cour, lovée entre les volumes, est protégée des nuisances externes. Cœur du site, elle met en relation les différentes parties du bâtiment et s’ouvre généreusement au sud; là, le regard se porte sur le clocher, au centre du village, puis sur le Moléson, sommet emblématique de la région. Côté route, une large esplanade aménagée permet un accès aisé et sûr tant aux véhicules individuels et aux transports publics qu’aux cyclistes et aux piétons.

Entre les volumes ainsi qu’à l’intérieur, les lignes de fuite dessinées par les couloirs amplifient les espaces de circulation et cadrent les paysages.

Les locaux communs et/ou publics trouvent place au rez-de-chaussée et sont desservis par trois entrées indépendantes et abritées. Les parois brisent l’orthogonalité et conduisent naturellement vers l’accès principal de l’école, au centre de la composition. C’est ici que le volume s’ouvre verticalement, laissant place à un escalier monumental. La largeur des volées des étages est réduite, augmentant ainsi l’effet de suspension; l’escalier est aérien, baigné de lumière naturelle. Juste à côté, la bibliothèque s’ouvre sur la cour. Aux étages, les salles de classe normales occupent la périphérie du volume, en relation avec le paysage et le monde extérieur, alors que les salles spéciales prennent place côté cour.

Exosquelette

Le projet a passablement évolué au cours de l’étude. C’est essentiellement le développe- ment des détails de façade – d’abord pour optimiser la protection solaire, puis pour prévenir la surchauffe estivale et assurer également une barrière phonique adéquate – qui a porté à la solution maintenant mise en place. Les architectes commencent par dessiner des brise-soleil plus marqués que ceux initialement esquissés. Puis, en étroite collaboration avec les ingénieurs, ils les transforment en une véritable trame structurelle porteuse. Cette sorte d’exosquelette se compose de 780 éléments préfabriqués, des montants et des sommiers. Ces derniers sont scellés aux dalles et reprennent une partie des charges pour les répartir dans les éléments verticaux. Cette solution – innovante et peut-être même inédite en Suisse – a ainsi permis de réduire le nombre de piliers du rez-de-chaussée.

La recherche d’une architecture compacte, respectueuse de la volumétrie du village de Riaz, fait s’enfouir la triple salle de gymnastique et se superposer des programmes aux trames statiques discontinues. Pour répondre à ces exigences, les ingénieurs font appel à tout leur savoir-faire et donnent forme et force à un système structurel complexe au sein duquel collaborent éléments précontraints, pièces de charpente métallique et voiles de béton.

«système structurel complexe»

Mais c’est réellement la mise en tension des éléments de façade qui finalise la structure et permet de retirer progressivement les 1200 billons de bois qui servaient d’étayage des dalles.

La partie du terrain laissée libre par le projet ainsi qu’une parcelle voisine sont pré- destinées à accueillir de futurs bâtiments publics. Le CO de Riaz, pour sa part, s’apprête à accueillir quelque 800 élèves de la région et à soulager ainsi les cycles de Bulle et de La Tour-de-Trême, tous deux au bord de l’implosion. Le budget de construction est de 81 millions de francs et la mise en service est fixée à la rentrée d’août 2018.