La modularité en plus!

Modulis Business Park, VersoixCHR 5_modulis 1

Aux portes du canton de Genève, Modulis Business Park propose 9600 m2 de surfaces administratives. En préambule, une phase de travaux spéciaux. Au final, des bureaux modulables et efficients. Entre deux, une construction exemplaire menée par Implenia Entreprise Générale.

La ville de Versoix, située aux portes du canton de Genève, jouit d’une position enviable. Au cœur de la région lémanique, proche des pôles économiques de Genève, Nyon et Lausanne, à deux pas de l’auto- route et de l’aéroport, elle cumule de nombreux avantages. Etendue sur les rives du Léman, la bourgade conserve une ambiance villageoise et lacustre et une convivialité qui semble suspendue dans le temps.

Diverses opérations immobilières d’envergure ont récemment ajouté des touches de DocarDFSK_F_220x280pxmodernité au cœur même de la ville et en ont enrichi l’offre commerciale, hôtelière et résidentielle. Le projet que nous présentons ici s’inscrit dans cet élan.

Modulis s’adresse aux entreprises du secteur tertiaire, pour leurs activités de front, middle et back office. Il présente une élégante architecture extérieure recourant à des matériaux de qualité. Doté de quatre étages sur rez-de-chaussée pour une surface totale de 9600 m2, l’ensemble propose à la location de beaux et lumineux espaces intérieurs. Divisibles dès 400 m2, les plateaux sont disponibles au gré du preneur et laissent une grande liberté d’aménagement et d’équipements.

Comme son nom l’indique, ce bâtiment se distingue par sa modularité, qui offre aux locataires une grande liberté de composition. Modulis est bâti en quatre unités bien pensées et parfaitement adaptées aux besoins des entreprises de dimension moyenne à grande.

Entre autres avantages, le niveau de loyer est particulièrement attractif et la localisation en périphérie de Genève est une solution idéale face aux encombrements du trafic. Le cadre agréable et la proximité du lac sont plus qu’un simple argument commercial. Ils assurent aux entreprises qui s’y installent confort et efficacité (nombreuses places de parking en sous-sol, situation directement le long de la route de Suisse, axe direct et particulièrement fluide relié à l’aéroport par l’autoroute, gare de Pont-Céard à 5 minutes à pied). CHR 5_modulis 4

Business class                                                                                                               La construction a débuté en septembre 2012 par une première phase de travaux préparatoires. La parcelle, qui était en friche, a été mise en forme et excavée jusqu’à environ 12 mètres de profondeur. La proximité immédiate de la route de Suisse a nécessité l’installation de parois berlinoises, afin de garantir une parfaite stabilité du soutènement durant la phase du terrassement, jusqu’au fond de fouille.

La proximité immédiate du lac n’a pas créé de difficultés particulières, si ce n’est le creusement de quatorze puits pour le pompage de l’eau jusqu’à l’assainissement complet.

Une cinquantaine de forages destinés à la géothermie ont également été réalisés. Profonds de 160 mètres, ils sont répartis sur toute la surface de terrassement et participent au concept énergétique, tant pour le chauffage que pour le refroidissement, dans le respect des exigences du label MINERGIE®. En toiture, les capteurs solaires sont dédiés à la production de l’eau chaude.

Le volume total est articulé en quatre unités, ce qui permet de répondre aisément à des demandes diverses, dès 400 m2. Les plateaux sont baignés de lumière naturelle, les circulations et la communication interne agréables et simples. Les faux plafonds actifs et les faux planchers techniques sont la combinaison optimale pour les exigences de confort des usagers.

Les surfaces ont été mises à disposition des locataires, comme prévu par le planning, au mois de mars dernier. CHR 5_modulis 2

Quand les barrages vieillissent

CHR 5_béton RAG 1

Le béton est très durable. C’est pourquoi il s’agit du matériau de construction le plus utilisé au monde. Mais le béton vieillit lui aussi. Des fissures apparaissent alors, comme conséquence de la réaction alcali-granulat (RAG). Selon des estimations, il est possible que 10 à 20 % des barrages des Alpes suisses soient concernés par cette dégradation répandue, également nommée le «cancer du béton». Un projet de recherche à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) élabore une base afin que les ingénieurs puissent réagir de manière appropriée à la formation de fissures.

Par Dr Benedikt Vogel (OFEN)

Il existe plus de 200 lacs de barrage dans les Alpes suisses. L’un d’entre eux est le lac de Salanfe au-dessus de Martigny (VS). Le barrage construit en 1952 mesure 52 m de haut et a une couronne de plus de 600 m de long. Quelque 230000 m3 de béton ont été utilisés pour ce barrage de taille moyenne. Les générateurs dans le bâtiment des turbines fournissent fiablement du courant depuis des décennies. Il s’agit d’un lac de barrage tout à fait normal pour les randonneurs qui admirent les Alpes valaisannes. Mais les DocarDFSK_F_220x280pxapparences sont trompeuses. Il y a quelque temps, on a pu constater que les murs en béton se dilataient sur des périodes prolongées, de façon certes très lente mais mesurable. Plus tard, on a constaté que cette dilatation s’accompagnait de petites fissures. Ce processus qui se poursuit très lentement mais continuellement au fil des années peut provoquer une dilatation de plusieurs centimètres. Un processus qu’il n’est pas possible de stopper selon les connaissances actuelles.

Le barrage de Salanfe présente les signes de vieillesse typiques du béton. Le phénomène a été observé pour la première fois sur un barrage suisse au milieu des années 90. Depuis lors, plusieurs barrages des Alpes ont été concernés. La cause de cette altération est un processus physique-chimique très lent: la réaction alcali-granulat (RAG). Cette réaction provoque de fines fissures à l’intérieur du béton. Avec le temps, ces fissures peuvent s’étendre jusqu’à la surface et provoquer l’apparition de réseaux visibles.

Des fissures sur un barrage – cela ressemble à une menace imminente. Karen Scrivener est professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et experte en RAG. Elle ne voit aucune raison de s’inquiéter: «Dans de nombreux cas, les conséquences de la RAG sont si minimes qu’on ne peut pas véritablement parler d’altération du béton. Les barrages suisses sont soumis à une surveillance stricte qui permet de détecter d’éventuels dangers de manière précoce», affirme-t-elle.

« le béton gonfle lentement »

Même s’il n’existe aucune menace imminente actuellement, les fissures dans les barrages font l’objet de recherches intenses. Depuis environ dix ans, Karen Scrivener, ingénieur britannique en génie des matériaux, étudie le phénomène pour les matériaux de construction dans un laboratoire de l’EPFL. La réaction alcali-granulat a déjà fait l’objet de trois doctorats rédigés dans sa chaire. Une expérience financée par l’Office fédéral de l’énergie et Swisselectric Research analyse actuellement et sur plusieurs années le comportement du béton en cas de RAG. Pour compléter l’expérience, les scientifiques de l’EPFL élaborent des modèles mathématiques afin de pouvoir comprendre de manière aussi réaliste que possible les processus qui se déroulent dans le béton.

CHR 5_béton RAG 4 CHR 5_béton RAG 2

Sous pression                                                                                                                Le Dr Cyrille Dunant travaille dans un labo- ratoire souterrain de l’EPFL. C’est là que le collaborateur scientifique de Karen Scrivener a monté sa dernière expérience sur quelques mètres carrés. Cet ingénieur en génie des matériaux de 35 ans veut analyser à quelle vitesse le béton se dilate sous l’influence de la RAG. Contrairement aux expériences précédentes, le nouvel essai tient compte du fait qu’un barrage concerné par la RAG ne peut pas se dilater librement. La pression exercée sur les différents côtés permet d’agir contre la dilatation: celle du lac de barrage, du massif avoisinant et du poids propre du béton.

Six cylindres en acier inoxydable de 150 cm de hauteur et 30 cm de diamètre ont été construits en laboratoire en collaboration avec des collègues scientifiques. Ces cylindres contiennent des échantillons de béton entourés d’eau dans lesquels une RAG a lieu. Chaque échantillon de béton, dans l’ordre d’essai vertical et horizontal, est exposé à des pressions différentes situées entre 0 et 15 mégapascals (ce qui correspond à 150 bars). L’expérience est en cours depuis déjà dix mois et doit durer encore au moins aussi longtemps. Les capteurs mesurent le niveau de dilatation dû à la RAG des échantillons de béton dans les cylindres en acier inoxydable toutes les 30 secondes. Les valeurs de mesure sont transmises à un ordinateur installé dans la salle voisine par le biais d’un câble en fibres de verre. «L’expérience est encore en cours et nous ne sommes pas encore en mesure d’en tirer des conclusions définitives, affirme Cyrille Dunant, mais ce que nous avons mesuré jusqu’à présent nous a extrêmement surpris.» En dix mois, le volume des échantillons de béton a augmenté jusqu’à 0,7 %. Contrairement à ce que Dunant avait prévu, la pression ne semble pas empêcher l’expansion du béton.

CHR 5_béton RAG 3

Besoin d’espace?                                                                                                           Si ce résultat se confirme au cours de l’expérience, cela voudrait dire que la dilatation provoquée par la RAG du béton a lieu même sous pression. Cela signifie-t-il que la menace est bien présente? Cyrille Dunant répond par la négative: «Dans ce cas, le danger ne serait pas plus grand mais différent de ce que nous pensions jusqu’à présent.» Les résultats du laboratoire de l’EPFL fournissent en effet des informations importantes aux ingénieurs sur la manière de procéder au mieux avec les barrages concernés. Jusqu’à présent, nous avons rénové les barrages en ouvrant des fentes afin de créer de l’espace pour la dilatation du béton. C’est ainsi que le barrage de Salanfe a été assaini il y a deux ans: les ingénieurs ont fait 22 entailles de 11 mm d’épaisseur avec un fil diamanté. Ces entailles, comme le supposent les ingénieurs, augmenteraient la sécurité des barrages car le béton subit moins de dommages s’il peut se dilater.

Cyrille Dunant veut vérifier cette hypothèse. Comme supposé jusqu’à présent, il admet l’éventualité que le béton ne se dilate pas proportionnellement à la quantité de gel de silice formé par la RAG mais proportionnellement au nombre de fissures. «Si l’expérience confirme mon hypothèse, ce serait une grande découverte pour les ingénieurs spécialisés en barrages. Cette découverte pourrait permettre dans certains cas d’éviter les entailles dans les barrages à l’avenir », dit-il. Les chercheurs de l’EPFL soulignent également que nous ne pourrons jamais renoncer complètement aux entailles. Ces dernières sont nécessaires, par exemple pour éviter les déformations du bâtiment des turbines susceptibles d’altérer la génération d’électricité. L’assainissement par entailles serait également judicieux pour le barrage de Salanfe en raison de sa géométrie particulière. Cela s’applique aussi à d’autres barrages suisses.

Ces réflexions montrent l’importance que l’expérience de longue durée réalisée au sous-sol de l’EPFL pourrait prendre. Dans un premier temps, Cyrille Dunant doit faire preuve de patience. Avec son expérience, il a imité un processus qui prend un demi-siècle dans la nature. Pour ne pas avoir à attendre les résultats aussi longtemps, le chercheur accélère le processus en laboratoire. Grâce à une température plus élevée, la dilatation du béton due à la RAG a lieu en accéléré. C’est pourquoi la température est de 38 °C dans le laboratoire. Ainsi, la dilatation du béton est environ 20 fois plus rapide que dans la réa- lité. Et les chercheurs obtiennent les résultats 20 fois plus vite.beton alcali

Bétonnez, respirez!

CHR 5_béton_expo2015_1

Le Pavillon de l’Italie est l’un des plus visités de ces premières semaines de l’Exposition universelle de Milan. Sa façade est réalisée en ciment i.active Biodynamic qui, sous l’effet de la lumière du soleil, capture certains polluants de l’air.

DocarDFSK_F_220x280pxL’Exposition universelle de Milan a ouvert ses portes le 1 mai dernier. Le thème «Nourrir la planète, énergie pour la vie» veut couvrir tout ce qui touche à l’alimentation, au problème de la sous-alimentation dans certaines régions du monde et à celui de la nutrition. L’Exposition est un lieu de réflexion et de discussion sur les différents moyens jusque-là mis en œuvre pour tenter de trouver des solutions aux contradictions de notre monde. La réflexion sur le thème est aussi un moment de partage et de fête, grâce à des rencontres, des événements et des spectacles. La manifestation regroupe 148 participants officiels (145 pays et 3 organisations internationales).

Au-delà du thème, chaque Exposition universelle ou internationale est l’occasion de proposer des architectures et des matériaux innovants. Le Pavillon de l’Italie est parmi les plus visités de ces premières semaines d’exposition. C’est un bâtiment au plan carré d’environ 58 m de côté qui s’élève de 25 m. Les espaces intérieurs se développent sur plus de 13000 m2. Les six niveaux accueillent des expositions, des events ainsi que des zones institutionnelles et représentatives du Gouvernement italien et des excellences du «made in Italy». Lorsque l’Expo fermera ses portes, le 31 octobre, le bâtiment deviendra un pôle pour l’innovation technologique.

Son architecture, signée du bureau romain Nemesi & Partners, suggère une «forêt urbaine». Les ramifications de sa façade sont à la fois primitives et hautement tech- nologiques. Les 9000 m2 de l’enveloppe résultent de l’assemblage de panneaux pré- fabriqués de béton lisse et lumineux dont la beauté plastique captive les regards… et bien plus.

CHR 5_béton_expo2015_4

De l’air!                                                                                                                             En effet, le béton des plus de 900 éléments de façade – chacun unique dans son dessin – possède des caractéristiques novatrices.

Il s’agit du nouveau ciment i.active Biodynamic, fruit de la Recherche et Développement de la société Italcementi. Le nom du produit fait écho à ses fonctionnalités innovantes. Le préfixe «bio» est donné par les propriétés photocatalytiques du nouveau ciment, obtenues grâce au principe actif TX Active breveté par le cimentier italien. Au contact de la lumière du soleil, le principe actif présent dans le matériau permet de «capturer» certains polluants dans l’air, en les transformant en sels inertes et en contribuant ainsi à en débarrasser l’atmosphère. Le mortier comporte également l’utilisation de 80% de granulats recyclés, provenant en partie de morceaux de marbre de Carrare, ce qui lui donne une luminosité plus élevée que les ciments blancs traditionnels.

«capturer certains polluants»

La «dynamique» est une caractéristique propre à ce nouveau matériau dont la fluidité permet la réalisation de formes complexes. Grâce à sa maniabilité particulière, i.active Biodynamic peut s’incorporer facilement dans les coffrages pour épouser parfaitement la forme finale du panneau, tout en assurant une excellente qualité de surface. Ce nouveau matériau présente également des caractéristiques de maniabilité et de résistance supérieures en comparaison avec le mortier classique. Il a une fluidité initiale trois fois supérieure (300 mm contre 100 mm), il est deux fois plus résistant à la compression (plus de 60 MPa par rapport à 30 MPa pour les mortiers classiques) et deux fois plus résistant à la flexion (plus de 10 MPa par rapport aux 5 MPa des mortiers classiques).CHR 5_béton_expo2015_2 CHR 5_béton_expo2015_5 CHR 5_béton_expo2015_6 CHR 5_béton_expo2015_7

Gliss’en Ville

Couverture_Editions_Juin2015-660x330C’est maintenant! Venez tous à Gliss’en Ville, l’événement de l’été!                       Un toboggan géant de 200 m installé à la Rue Voltaire! Glissez et vivez l’événement de l’été organisé par le journal Nouvelles édité par Publi Annonces, également éditeur de Chantiers & rénovation. Plus d’infos ici: www.glissenville.ch

Les pieds dans la boue!

massimo portrait 4Un ami dessinateur en bâtiment raconte qu’un jour, alors qu’il était tout jeune apprenti, il rentre fièrement à la maison avec en tête la composition du béton fraîchement apprise par cœur. Le petit manuel gris de l’époque récite: «250 kg de ciment, 800 kg de sable, 1200 kg de gravier, 125 l d’eau.» Il défie son père, un simple ouvrier émigré du sud de l’Italie dans les années 50: «Papa, donne-moi la composition d’un mètre cube de béton!» Le père: «Cinq sacs de ciment (ndlr: les sacs étaient encore de 50 kg à cette époque), trois brouettes de sable pour chaque sac de ciment et assez d’eau mais pas trop!» De la théorie à la pratique, il y a certaines nuances que les mains calleuses et le dos cassé du vieux père connaissaient.

J’assistais, il y a quelques semaines, à une conférence donnée par Rudy Ricciotti à l’occasion du World of Concrete qui s’est déroulé au cœur du salon Intermat de Paris. Le célèbre architecte franco-italien-gitan-algérien est un maître de l’utilisation du béton. Ses bâtiments exaltent la matière, lui insufflent tantôt la puissance, tantôt la délicatesse, ici la pureté immaculée d’une surface lisse, là la brutalité d’un agrégat robuste. Son père était un ouvrier italien qui travaillait en Algérie. Dès son plus jeune âge, il l’entraîne sur les chantiers. Il lui fait connaître la vie des manœuvres et des maçons, la sueur, les coups de gueule et la ténacité de ceux qui maîtrisent l’art de la construction, le premier et le plus noble d’entre tous. Alors que défilent les superbes photos de ses plus récentes réalisations, Ricciotti s’en prend «aux intellectuels de l’architecture» qui le taxent d’être un maniériste ou le portent aux nues sans jamais avoir mis les pieds sur un chantier. Son parler provençal prend le dessus: «Vous les avez vus tous ces types pâles et chétifs avec leur pull col roulé noir? Ils écrivent dans de prestigieuses revues d’architecture et sont tous potentiellement cocus de par les vertus sexuelles des maçons italiens, espagnols, portugais ou algériens! Ils ne savent rien! Ils parlent toujours des architectes et jamais de ceux qui construisent vraiment les bâtiments. Nous, architectes, devons seulement dire merci, pardon, et nous coucher à plat ventre les bras en croix comme un prêtre pénitent devant ceux qui construisent. Les implorer de bien vouloir faire ce que nous avons eu l’impudence d’imaginer et de dessiner!» Au-delà de la verve du personnage et du petit show qu’il aime créer autours de ses interventions, l’architecte met à nouveau le doigt sur le décalage entre théoriciens et praticiens.

« architectes et ingénieurs ne peuvent pas abandonner le terrain! »

Le 6 mai dernier, à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (hepia), presque deux cents personnes, dont une majorité d’étudiants, ont assisté à la table ronde placée sous le thème «Y a-t-il un pilote sur le chantier?» qui visait à investiguer les nouveaux modèles de gestion des travaux. Dans ses mots d’introduction, le Professeur Lionel Rinquet projette une vieille photo de chantier sur laquelle sont présents Le Corbusier et Pablo Picasso. Il lance: «Oui, un architecte sur un chantier!» Et l’assistance d’éclater de rire. La table ronde qui a suivi s’est finalement révélée très peu intéressante. Mais la boutade du professeur – chargé de l’enseignement de l’architecture, de la construction et de la gestion de projet – et l’hilarité qu’elle a provoqué en disent sans doute beaucoup sur le fossé que ces théoriciens se sont plu à créer entre le bureau et le chantier! Pire encore, elle est révélatrice d’un certain mépris envers l’acte de construire et d’un manque de respect palpable envers les hommes de chantier. Architectes et ingénieurs ne peuvent pas abandonner le terrain, croire qu’ils font partie d’un autre monde et rester enfermés dans leurs tours d’ivoire. Les lacunes en gestion de chantier et en direction de travaux sont souvent criantes. Ces compétences ne peuvent s’acquérir que par la pratique, pieds dans la boue, casque sur la tête!corbu picasso

Encore plus grand!

Photo du 05.06.15 à 16.36

Le nouveau n° de « Chantiers & rénovation » vient de sortir et il est encore plus grand!

Du béton pour mieux respirer, des bureaux pour la liberté et des machines quasi-vivantes! Découvrez tout ça dans notre n° 5.2015 (532è parution) qui vient de paraître!

Ma peau métallique

Steel-Training – Réhabilitation des enveloppes

CHR 4_metal_facade 5La rénovation et l’assainissement des bâtiments sont des secteurs en expansion. La construction métallique y joue un grand rôle, notamment en ce qui concerne la réhabilitation des enveloppes. Le SZS (Centre suisse de la construction métallique) organise régulièrement des ateliers de formation continue. Le prochain aura lieu le 8 juin à Genève.

Les exigences en matière d’isolation et d’efficience énergétique donnent lieu à un grand développement du secteur de la rénovation. L’âge moyen relativement élevé du parc immobilier romand accentue le phénomène et pousse nombre de propriétaires à planifier une transformation, un agrandissement ou un assainissement de leur bâtiment.

Dans tous ces domaines, la construction métallique offre de nombreuses possibilités aux concepteurs. Une surélévation peut par exemple bénéficier du poids relativement réduit d’une charpente métallique. Les renforcements de la structure porteuse existante seront ainsi superflus ou de moindre mesure et les coûts de l’opération réduits. Un agrandissement, un nouveau volume ou des impératifs de charges plus élevés, là encore, la construction métallique permet de répondre aux attentes les plus diverses alliant performance statique et rapidité d’exécution.

Aussi en façade                                                                                                                En façade, l’acier remplit de multiples fonctions: ossature secondaire d’éléments vitrés ou opaques, remplissage, bardage. La variété des produits d’habillage ou de vêture et des produits en acier disponibles pour les façades a permis le développement d’enveloppes métalliques de grande qualité dans tous les programmes.

Cette variété tient à la diversité des formes, aspects et dimensions liés aux modes de fabrication mais aussi à la gamme des finitions possibles.

Dans la continuité et en cohérence avec les planchers composites, la façade assemblée entre dans la même logique de composants industrialisés assemblés sur le site du chantier. La façade fait partie de la filière sèche, les standards industriels conditionnent en termes de fiabilité et de qualité la fabrication de ces éléments. Par ailleurs, la mise en place de ces matériaux permet de s’affranchir plus rapidement des intempéries et d’assurer la sécurité du bâtiment.

En contrepartie, il faut faire preuve de rigueur en conception, en particulier dans les détails, répondre avec précision aux difficultés et aux points singuliers qui se situent au niveau des assemblages entre les différents composants. Par ailleurs, il est nécessaire de bien connaître les standards de manière à éviter les modifications ou adaptations sur le chantier des éléments fabriqués. Des zones de réglage sont tout de même prévues avec des éléments aux dimensions ajustables pour avoir une certaine tolérance sur le chantier.

Avant le montage, la réalisation d’un prototype peut être intéressante pour vérifier les détails d’assemblage, tester les performances du système et aborder les problèmes de pose. Cette étape donne une référence en termes de qualité pour la construction effective de la façade.

« échange entre professionnels »

La série «Steel-Training» mise en place par le SZS offre aux ingénieurs, architectes et autres professionnels du secteur de la construction métallique des cours de formation continue et des ateliers dans des domaines spécifiques. Le 17 avril dernier à l’EPFL, Patrick Chiché et Pierre Engel, respectivement architecte et ingénieur, ont animé un atelier sur le thème de la réhabilitation des enveloppes. Ce même atelier sera tenu à Genève le 8 juin prochain.

Dans son introduction, le professeur Michel Crisinel, responsable de l’Antenne romande de la SZS et consultant scientifique au sein du Laboratoire de construction métallique de l’EPFL, en a rappelé les enjeux. « La réhabilitation des bâtiments, pour mieux les isoler,les réparer ou adapter leur architecture à un nouvel usage, est en pleine expansion, a-t-il dit. Ce mouvement sans précédent a été engendré par l’émergence de nouvelles contraintes esthétiques, thermiques, acoustiques et environnementales. Les aciers plats galvanisés, prélaqués ou encore autopatinables sont appréciés des concepteurs pour ces interventions.»

Conçus comme un échange entre professionnels, ces workshops sont ouverts aux architectes, aux ingénieurs, aux entrepreneurs et aux maîtres d’ouvrage désireux de comprendre les solutions disponibles utilisant l’acier pour rénover ou pour modifier des façades par la mise en œuvre de nouvelles peaux isolées. Celui-ci aborde aussi l’ajout de claustras ou de brise-soleil qui modifient radicalement la lecture architecturale comme les paramètres d’exploitation thermiques des constructions.

Pierre Engel, l’un des intervenants, est également l’auteur du Guide de la réhabilitation des enveloppes et des planchers, édité chez Eyrolles.CHR 4_metal_facade 8 CHR 4_metal_facade 9 CHR 4_metal_facade 7 - copie

Esprit urbain

CHR 4_Balcon Mont 2

A la limite nord de Lausanne, le nouveau quartier de Maillefer est en plein développement. Le projet mené actuellement par Retraites Populaires comprend trois bâtiments, dont une tour de 18 étages.

Le Mont-sur-Lausanne, à la limite nord de la capitale vaudoise, connaît un fort développement. Le secteur Maillefer/Rionzi est celui qui concentre les projets les plus importants. En comptant les nouveaux habitants du Rionzi, du Châtaignier et du futur quartier du Bugnon-Maillefer, la commune atteindra les 8000 âmes en 2016, à la fin des travaux, alors qu’elle n’en comptait que 6600 à fin 2013.

Malgré ces chiffres impressionnants, les autorités misent sur une croissance maîtrisée et s’évertuent à maintenir aussi le caractère et la vocation agricole de la commune. Son vaste territoire (981 hectares dont 150 de forêts) comprend plus de 400 hectares de terrains agricoles. Par ailleurs, des zones industrielles et artisanales accueillent plus de 400 entreprises.

Trois nouveaux bâtiments viennent compléter le quartier de Maillefer né depuis peu à cheval entre les communes du Mont et de Lausanne. Retraites Populaires s’est alliée au propriétaire d’un terrain pour construire ici 128 logements et près de 2000 m2 de surfaces commerciales.

Conçu par le bureau CCHE Architecture et Design SA, l’ensemble «Les Balcons du Mont» se compose de trois immeubles labellisés MINERGIE®, dont une tour de 18 étages. Celle-ci compte 71 logements répartis sur une surface locative de 6170 m2 (18 appartements de 2,5 pièces, 36 appartements de 3,5 pièces et 17 appartements de 4,5 pièces).

Le deuxième immeuble s’élève quant à lui de 6 niveaux et compte 57 logements (14 appartements de 2,5 pièces, 14 appartements de 3,5 pièces et 29 appartements de 4,5 pièces) sur une surface locative de 5235 m2, ainsi que des surfaces administratives et commerciales de 678 m2.

Le troisième bâtiment est entièrement destiné à des activités administratives et commerciales. Ses deux plateaux totalisent une surface de 2066 m2. Dans ce quartier flambant neuf où quelque 1000 personnes vont habiter et travailler, ces locaux pourront accueillir dès l’automne 2015 des bureaux, des commerces, de la restauration, ainsi que des activités d’utilité publique ou de loisirs. Une grande diversité de typologies est disponible, de 88 m2 pour le plus petit local jusqu’à 947 m2 pour le plus grand qui est également doté d’un quai de chargement et d’un monte-charge.

CHR 4_Balcon Mont 3

Une tour, pas un symbole                                                                                             Ce chantier est le fruit d’une collaboration étroite avec les propriétaires des parcelles, qui ont mis les terrains à disposition sous forme de droit de superficie distinct et per- manent (DDP). Un tel partenariat est avantageux pour toutes les parties engagées. Il permet à Retraites Populaires et à la Municipalité de répondre à des objectifs communs visant à mettre sur le marché des logements à loyer raisonnable, tout en garantissant un développement harmonieux des périmètres concernés. Il permet également d’éviter l’exode de la population locale et participe à la mixité sociale. Quant au propriétaire, il exploite son terrain en conformité avec sa vision éthique et sociale.

Alors qu’ailleurs dans la région lausannoise la densification verticale continue de provoquer des levées de boucliers, il n’y a eu ici aucune opposition au plan de quartier et au permis de construire. Les concepteurs et les promoteurs n’ont pas fait de la tour l’emblème du quartier ou du développement de la commune. C’est simplement une solution pragmatique de densification particulièrement adaptée au site. Le développement en hauteur permet de libérer la surface au sol et d’y aménager un grand parc arboré et un espace de jeu au bénéfice des habitants du quartier. L’emprise réduite permet également d’augmenter la distance entre les différents bâtiments.

Le projet de tour s’intègre bien dans ce quartier, car il se situe dans le creux du vallon. La construction paraît ainsi être de moindre hauteur. De plus, les habitations les plus proches sont sorties de terre récemment et, au nord de la parcelle, on ne trouve qu’une zone industrielle.

La tour n’en reste pas moins un élément fort. Conçue comme un minéral sorti de terre, son plan biseauté, le rythme des ouvertures ou le travail sur les angles lui donnent un caractère très contemporain. Elle s’ouvre et s’oriente dans les quatre directions et opère tel un signal urbain majeur dans le secteur.

Une première phase de travaux spéciaux a été nécessaire afin d’optimiser les caractéristiques du terrain. La grande hauteur impose également la mise en place de mesures de sécurité supplémentaires ainsi que l’utilisation d’engins et d’équipements peu usuels. La coordination et les méthodes de travail se doivent d’être des plus rigoureuses.

Acier royal!

CHR 4_acier_kings cross 1

Ouverte en 1852 dans le nord de Londres, la gare de King’s Cross a fait l’objet d’un impor- tant programme de transforma- tion et d’agrandissement. La spectaculaire structure métallique qui forme la nou- velle halle des départs en est l’élément phare.

Depuis son ouverture en 1852, la gare de King’s Cross est l’une des plus importantes gares de Londres. Construite en style victorien par Lewis Cubitt, elle forme, avec son pendant St Pancras et sa station de métro – riche d’une correspondance de six lignes –, l’un des nœuds les plus fréquentés dans les transports en commun londoniens.

En 2007, cette gare a accueilli plus de 22 millions de voyageurs. Depuis longtemps déjà, le bâtiment originel ne se démontrait plus adapté à recevoir ce trafic croissant. La mise en service du Channel Tunnel Rail Link (la ligne à haute vitesse reliant Londres au tunnel sous la Manche) qui fait de St Pancras le terminus des Eurostar n’a fait qu’exacerber la situation. Ainsi, le maître d’ouvrage, Network Rail, a décidé d’une vaste modernisation de la gare. Les architectes de l’agence Arup ont défini le plan directeur d’urbanisme, l’architecte lauréat du concours est le bureau John McAslan + Partners.

La première étape consiste en la démolition des extensions construites dans les années 70 afin de redonner toute sa force à la façade victorienne. Cette intervention et quelques remaniements laissent libre une large surface à l’ouest de la gare existante. C’est là que trouve place le nouveau hall de départs.

L’hémicycle dessiné par les concepteurs crée un nouveau volume dans lequel trouvent place les services et les commerces attendus aujourd’hui dans une gare d’une telle importance. L’ensemble du projet donne un visage moderne à la gare et permet de redéfinir les flux des passagers entre les deux gares et les stations de métro.

Un tunnel de métro traverse le site et les réseaux enterrés présents dans le secteur sont pléthore. Par ailleurs, l’aile historique de la gare est un monument classé. Un défi statique se pose donc aux ingénieurs afin de réaliser le nouveau hall avec un minimum d’appuis, en touchant le moins possible aux structures du tunnel du métro sous-jaçant et sans aucun transfert de charges vers le bâtiment existant.

CHR 4_acier_kings cross 2La cascade inversée                     C’est une structure métallique particulière- ment élégante qui permet de concilier toutes les exigences du programme. L’extension «Western Concourse» est impressionante, avant tout par sa structure porteuse filigrane. Un tressage de poteaux blancs semble désormais sortir du sol, devant la façade historique en brique. Le tressage se ramifie en partie haute et se transforme en toiture cintrée. Cette dernière est recouverte de panneaux d’aluminium et, en rive, de verre pour éclairer naturellement la façade historique.

La place, avec un rayon de 60 mètres, est désormais franchie par une structure triangulée autoporteuse. Cette dernière est constituée de poutres-caissons et de tubes en acier filant en diagonale. La structure se développe à partir d’un pilier indépendant qui se déploie comme un entonnoir en partie haute. Une façade en lamelles de verre est suspendue aux poutres de rive cintrées et assure la ventilation naturelle. Seize poteaux qui se ramifient en arborescence vers le haut sont positionnés tout le long du demi-cercle. Ils sont en appui sur de nouvelles fondations en pieux ou sur les murs de soutènement existants de la station de métro située en dessous. Grâce au poids relativement réduit de la structure triangulée préfabriquée, les plus grands éléments ont pu être montés à l’aide d’une grue, ce qui a nettement simplifié la logistique du chantier.

«simplicité et légèreté apparentes»

L’apparente simplicité et légèreté de la structure contribue énormément à la réussite du projet qui a reçu diverses prestigieuses récompenses. C’est pourtant un système tubulaire complexe qui allie la force de la triangulation, l’idée du treillis déployé et l’inspiration des éléments naturels. Une cascade inversée, un jaillissement, un arbre, une éruption: les comparaisons se multiplient. Quoi qu’il en soit, le voyageur qui pénètre dans le hall pour la première fois, aussi pressé soit-il, ne peut faire autrement que de lever les yeux et s’impressionner en découvrant la courbe, l’ampleur et la beauté de la structure.

Le choix de l’acier permet la plus grande légèreté. La couleur et les ouvertures zénithales assurent une haute qualité de lumière naturelle. Le nombre de connexions est impressionnant; le travail d’élaboration, de calculation, de dessin, de fabrication, de soudure des nœuds et d’assemblage est inusuel.

La préfabrication est dans ces cas un avantage majeur en faveur de la construction métallique comparativement à d’autres systèmes constructifs. Rapidité d’exécution, légèreté et liberté conceptuelle sont les autres arguments forts qui parlent pour l’acier.

Tous les travaux ont été exécutés sans interrompre l’activité du métro ni celle de la gare. Le bâtiment originel a aussi été restauré.CHR 4_acier_kings cross 3 CHR 4_acier_kings cross 4