La qualité n’est pas un défaut!

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Editorial 

Selon une récente étude, dans la construction suisse de logements, le secteur du bâtiment consacre environ 8% de ses dépenses à éliminer les défauts de construction. Un montant annuel de quelque 1,6 milliards de francs. Sur les 75’000 logements en construction dans tout le pays, cela se traduit par d’interminables séances de chantier, d’infinis échanges de courriers, d’usantes confrontations devant divers avocats et juges et, globalement, un niveau difficilement mesurable de stress, de nervosité, de démotivation et de tensions au sein des entreprises.

Et les fatalistes de répéter les dictons d’usage: «cela c’est toujours passé comme ça», «cela ne changera jamais», «il n’y a que celui qui ne fait rien qui ne fait pas d’erreurs», «que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre», etc. Les plus remontés se plaignent du manque de bonne foi des mandataires et des maîtres d’ouvrage, de l’absence de plans et de planification, de l’incompétence crasse de ceux qui sont censés prendre les bonnes décisions.

Certes, tout cela est bien possible. Puisons encore dans la sagesse populaire et les locutions latines: «Nous ne sommes pas responsables des circonstances. Mais nous sommes responsables de comment nous faisons face aux circonstances.». Et encore: «errare humanum est, perseverare diabolicum»*.

Tentons une synthèse. Construire un bâtiment est à chaque fois un acte unique, chaque immeuble est un prototype. C’est un processus relativement long qui implique un nombre important d’intervenants différents. Qu’il y ait des défauts n’est finalement pas étonnant. Toutefois, dire que cela est inévitable et ne rien tenter pour améliorer les choses n’est pas acceptable. Les coûts liés à la réparation des défauts sont exorbitants; le déficit d’image qui en découle pour le secteur est tout aussi néfaste. Pourtant, bien des entrepreneurs continuent de se tirer une balle dans le pied, chantier après chantier*. Par esprit pratique, poussés par l’envie de faire (et pas toujours de bien faire), dans l’idée de répondre aux attentes de leur client, ils en oublient bien souvent quelques règles fondamentales.

Refuser un mandat si l’on en a pas les compétences 

Le guide «Les défauts dans le bâtiment, recommandation pour exécutants et décideurs» édité par la SSE et l’ETHZ vient de paraître en français. Il est un outil d’analyse et de réflexion précieux. Voici quelques principes: Avant d’accepter un mandat, chacun doit s’assurer d’avoir les compétences pour le mener à bien. Si l’exécutant remarque un problème de conception, il est en devoir de le signaler.

Lorsqu’une étape se termine, il est judicieux de procéder rapidement à la réception des travaux. Tout doit être consigné par écrit et figurer clairement dans les procès-verbaux.

Suivre son activité avec rigueur et sérieux comprend des tâches administratives nombreuses et souvent rébarbatives, c’est un fait dont il faut s’accommoder. Refuser d’accomplir un mandat si l’on en a pas les compétences humaines ou techniques, exiger des plans détaillés avant de réaliser les travaux ou demander la formalisation écrite des requêtes du client ne sont pas des aveux de faiblesse ou des impairs envers le rapport de confiance établi. Peux-t-on vous reprocher de vouloir bien faire votre travail? L’entrepreneur sera systématiquement mis en cause lorsqu’un défaut apparaîtra. Réagir rapidement face un problème et garder l’historique de toute intervention permettra de situer la responsabilité de chacun. Cette approche raisonnée est une marque de crédibilité et un gage de qualité … et la qualité n’est pas un défaut!

Fonction: production!

fehr 1FEHR+Cie SA, La Chaux-de-Fonds

Fondée en 1924, la société Fehr + Cie SA fabrique des cadrans pour le compte de différents horlogers de la région. Comptant aujourd’hui une centaine de collaborateurs, elle regroupe ses activités dans un nouveau bâtiment qui s’articule autour d’un hub central, cœur de la production.

En nonante ans d’existence, la société Fehr + Cie SA s’est forgé une solide réputation. Pionnière à maintes reprises dans le développement de nouvelles techniques de fabrication de cadrans, l’entreprise traverse le siècle et les soubresauts de l’histoire ainsi que les aléas typiques de toute entreprise familiale. Fondée en 1924 par Arnold Fehr, rejoint par son fils André durant près de vingt ans, la société est l’une des premières à être dirigée par une femme – Nelly Fehr, épouse d’André – lorsque père et fils décèdent à quelques mois d’intervalle en 1943. Malgré les réticences initiales de la part d’une frange de la clientèle et des collaborateurs, Nelly Fehr mènera l’entreprise d’une main de maître

jusqu’en 1962. Discrétion, sérieux, savoir-faire et force d’innovation sont les traits qui caractérisent les personnalités qui se succèdent et se côtoient à la tête de l’entreprise et en imprègnent l’esprit.

La croissance est continue et le nombre de collaborateurs ne cesse d’augmenter. L’activité s’enrichit au fil des ans. Elle est aujourd’hui en grande partie automatisée et informatisée. Les compétences se diversifient: galvanoplastie, atelier de vernissage et de laquage, ainsi que fabrication d’appliques. Avec l’acquisition en 2007 d’un nouveau site de production, la société chaux-de-fonnière intègre Technofrap SA, une entité active dans la réalisation de frappes pour cadrans et appliques. En 2012, elle acquiert la Maison Mayor, une référence en matière de guillochage. Fehr+Cie SA poursuit ainsi une logique de concentration de compétences. Aujourd’hui, l’entreprise compte une centaine de collaborateurs et produit plus de 200 000 cadrans par an. Le nouveau site sera inauguré en juillet 2014. L’entreprise pour- suit son développement et mise sur la création de nouveaux emplois d’ici à 2018.

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La production au centre

Le nouveau bâtiment de l’entreprise Fehr + Cie SA s’intègre comme un élément structurant dans le secteur d’activités des Eplatures à l’ouest de la ville de La Chaux-de- Fonds. Conçu comme une pièce unitaire intégrée dans le terrain, l’édifice entre en dialogue avec ses voisins et réagit à la pente par un positionnement précis des différents niveaux d’entrée, l’accueil des visiteurs se faisant au rez-de-chaussée supérieur.

Il en résulte une structuration du lieu, non seulement au niveau des espaces intérieurs de l’édifice, mais également des aménagements extérieurs, cette nouvelle pièce urbaine initiant un système de dessertes et de terrasses pour le développement futur de l’ensemble du site.

Le regroupement de la production en un lieu unique représente un choix stratégique important dans l’histoire de l’entreprise. L’organisation intérieure du nouveau bâtiment reflète cette stratégie, en réunissant autour d’un espace central les fonctions de production, de réception et d’administration. Structurant les parcours dans l’édifice, ce secteur à double hauteur constitue un espace de référence au cœur de l’édifice, qui amène de la lumière naturelle et sert à la fois de zone d’accueil, de show-room et de lieu de rencontre.

Un continuum spatial à partir de cet espace central permet ensuite de relier efficacement l’entrée des visiteurs (à l’est) et celle des employés (depuis le parking au rez-de-chaussée inférieur). Cette configuration rélève par ailleurs des liaisons – tant verticales qu’horizontales – très fonctionnelles, dont une par l’intermédiaire d’une passerelle spectaculaire à travers l’espace central. L’administration est regroupée du côté nord et bénéficie d’un large dégagement sur le paysage, tandis que la production est située dans la partie sud du bâtiment, organisée autour d’un hub central inhérent aux modalités de production des cadrans.

Le programme des locaux contient des espaces à vocations très spécifiques, présentant des exigences liées à une technique de production de pointe. Le bâtiment répond à l’ensemble de ces exigences, tout en intégrant également une certaine flexibilité dans son essence structurelle et constructive.

La structure du bâtiment repose en effet sur l’utilisation d’une ossature répétitive en béton armé, tandis que les parois de sépara- tion sont conçues de manière non porteuse. Cette configuration autorise une certaine flexibilité des aménagements intérieurs dans le futur. Par ailleurs, le positionnement des espaces de production et d’administration de part et d’autre de l’espace central offre diverses possibilités pour d’éventuelles extensions futures sans devoir interrompre le fonctionnement de la manufacture.

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Matérialité et expression

Le concept du bâtiment reposant sur son essence fonctionnelle et structurelle, la démarche architecturale n’a pas intégré de volonté de «designer» artificiellement le bâtiment pour en travestir l’expression. Les différents choix réalisés au niveau des espaces intérieurs ou des éléments de façade découlent du concept adopté pour l’ensemble. Il en ressort un édifice aux lignes simples et résolument contemporaines, dont l’identité est adaptée à sa vocation, empreint de fonctionnalité et de force, diversifié et cohérent, dense et aéré, audacieux et pragmatique.

Exprimant la réunion des diverses activités sous un même toit, les façades situées à l’extérieur du volume sont constituées de panneaux métalliques de couleur anthracite. Ceux-ci permettent de rythmer la façade d’éléments pleins et vitrés sur les quatre côtés de la manufacture, avec la volonté de ne pas exprimer de distinction significative entre les espaces de production ou d’administration.

Une découpe importante est ensuite réalisée dans le volume primaire. Elle relie l’extérieur et l’intérieur du bâtiment en se prolongeant de l’espace central jusqu’à la façade ouest.

Exprimée par l’intermédiaire d’une couleur vive et lumineuse, cette découpe permet non seulement de marquer les différentes entrées dans l’entreprise , mais également d’ouvrir une perspective vers le paysage depuis le cœur de l’édifice. (Texte et informations: Bauart Architectes et Urbanistes SA/ Fehr + Cia SA). •

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Succès historique

Rétrospective - Baumaschinenmesse 2014, Bernespécial machines_foire Berne 1

Les prévisions favorables de la Foire des machines de chantier 2014 se sont concrétisées: le déroulement positif de la foire reflète le vif intérêt porté aux secteurs des machines de chantier, du coffrage et des accessoires. Les organisateurs tirent un bilan positif.

Déjà avant le début de la foire, une forte demande émanant de la branche était perceptible: plus de 250 exposants occupaient jusqu’au dernier des 80000 m2 du parc d’exposition. « Nous nous réjouissons que plus de 23000 visiteuses et visiteurs soient venus confirmer ces signes positifs », déclare Rolf Krähenbühl, responsable de la Foire des machines de chantier. malgré un temps au beau fixe, la foire a en effet réussi à enregistrer le deuxième meilleur résultat de son histoire.

« plus grande plateforme d’innovation de la construction en Suisse »

L’Association suisse de l’industrie des machines de chantier VSBM, initiatrice de la manifestation, est elle aussi très satisfaite du déroulement de la plus grande foire nationale de la branche, comme le confirme son président Marcel Hartl: «La qualité des visiteurs s’est révélée excellente et les exposants ne cachent pas leur satisfaction. La foire a permis de nouer des contacts très prometteurs et de conclure de nombreuses ventes.» La Foire des machines de chantier VSBM à Berne est la plus grande plate-forme d’innovations et de tendances de la branche de la construction en Suisse. Elle en est déjà à sa quatorzième édition. Pendant six jours, plus de 250 exposants ont présenté les nouveautés et les tendances en matière de machines de chantier, des coffrages et d’accessoires sur le parc d’exposition de Bernexpo. Les visiteuses et les visiteurs provenaient en grande partie du secteur de la construction et des branches apparentées.


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Daniela Gilgen, responsable marketing de l’entreprise Hutter Baumaschinen AG, devant la nouvelle Kubota U27 présentée en première mondiale.

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Carlo Latino, conseiller technique au sein de l’entreprise Robert Aebi AG. Le groupe Volvo propose une gamme complète de camions et de machines de chantier toujours à la pointe de la technologie. Le nouveau Volvo FH a été élu international Truck of the Year 2014.

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Les importateurs redoublent d’initiatives pour répondre aux demandes du marché suisse. C’est le cas de Alexander Stehli, Président-directeur général de la société Carl Heusser AG. En étroite collaboration avec ses partenaires fabricants, il développe des engins aux caractéristiques uniques tel le dumper sur chenilles NC RT 1.5 3W (largeur totale 993 mm) doté d’une benne basculante à trois côtés. 

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Franz Kissling (deuxième depuis la gauche), CEO du groupe Kuhn, est entouré des représentants romands Jean-François Grogg, Guy Dafflon et Michel Dauphin devant la nouvelle pelle Komatsu Hybrid HB215LC. 

 

 

Laboratoire d’habitation

picpic-lmi 1Urbanisme – Pic-Pic et LMI du Parc Hentsch, Genève

L’ancien site industriel Pic-Pic ainsi que le stade des Charmilles laissent place à une vaste opération d’aménage- ment urbain. Autour des 3 hectares de parc public c’est un véritable laboratoire d’habitation qui prend forme: des lofts, des PPE, des logements à loyers contrôlés ainsi qu’une coopérative donnent vie à un ensemble exemplaire.

Cette portion de la ville a connu ses heures de gloire. C’est dans les années de l’avant-guerre que naissent ici les voitures Pic-Pic dont les modèles de pointe remportent moult Grands Prix et battent divers records de vitesse lors de compétitions de niveau mondial. La fabrication d’automobiles cesse en 1921, mais l’activité industrielle ne quitte pourtant pas les lieux. Armement, horlogerie, production de machines à coudre se succèdent et se côtoient, regroupant sur le site, au plus fort de l’activité, près de 10 000 travailleurs.

Ce sont aussi les pages glorieuses du football genevois qui s’écrivent ici. Le Stade des Charmilles est construit en 1930 à l’occasion de la Coupe des Nations, tournoi amical organisé dans le cadre du 40e anniversaire du club. Dans cette enceinte, devenue mythique pour les supporters, le Servette FC remporte dix-sept titres de champion, détenant jusqu’à aujourd’hui le deuxième meilleur palmarès de Suisse. Le stade a une capacité initiale de 9300 spectateurs; il en accueille quelque 20 000 lors des cinq matchs de la Coupe du Monde de 1954 qui y sont organisés et jusqu’à 27’000 en 1962 alors que les «grenat» remportent un deuxième titre consécutif devant le Lausanne Sport et le FC La Chaux-de-Fonds. Il ferme en 2002 au profit du tout nouveau Stade de Genève érigé à la Praille, puis est démoli en 2011.

L’ensemble du site, est aujourd’hui intégré à un vaste projet de revalorisation. Le premier bâtiment de l’ancienne usine est restructuré et surélevé. Baptisé «The Factory», il abrite 23 lofts et 12 nouveaux appartements dans la surélévation. Une deuxième aile est démolie et remplacée par un nouvel immeuble. Dénommé «The Residence», il totalise 72 logements. A l’autre bout du parc, à l’emplacement même de l’ancienne tribune principale du stade, prend place un troisième immeuble, le LMI-du-Parc (logements à mixité intégrée) fort de 140 logements.

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Industrie lourde

La surélévation de l’ancienne usine engendre des travaux lourds et importants. Toutes les fondations sont reprises. Les semelles filantes existantes sont mises à nu et l’ensemble de cette ancienne trame est goujonné et connecté à un nouveau radier général d’une trentaine de centimètres d’épaisseur. Des grosses barres de raccordement (diamètre 32 mm) sont placées autour des poteaux afin de renforcer ces points sensibles et d’éviter tout risque de poinçonnement. Ce travail structurel de base comprend également diverses reprises en sous-œuvre et le forage d’une série de micro-pieux, notamment sous le mur mitoyen entre l’ancien bâtiment et la nouvelle aile.

Si les poteaux existants se révèlent globalement adéquats à la reprise des charges de la nouvelle typologie, ceux du dernier niveau ne sont pas suffisamment résistants pour reprendre les charges de la surélévation. Zone par zone, la dalle de toiture est étayée, les poteaux existants démolis puis reconstruits dans les mêmes dimensions mais avec une armature adéquate. L’ancienne toiture – composée d’un système à nervures et d’une dalle très fine (à peine 5 centimètres) – a été utilisée comme coffrage pour la nouvelle dalle. Armée et d’une épaisseur de 20 centimètres, celle-ci reprend et répartit les charges de la surélévation.

Le même système à nervures, typique de l’époque, compose le plancher de tous les niveaux. On lui ajoute 15 centimètres de béton allégé afin d’améliorer les propriétés phoniques et de protection incendie de l’ensemble. Quelques profilés métalliques et de nouveaux sommiers sont introduits ponctuellement pour optimiser la statique de l’ouvrage. La «lecture» minutieuse de la structure existante et la finesse des interventions révèle le remarquable travail des ingénieurs.

Deux cages d’escalier existantes, rapportées au volume principal, doivent être conservées et sont remises à neuf. De nouveaux ascenseurs y sont intégrés. L’accès aux appartements se pratique via des coursives ouvertes. De plus, deux nouvelles cages de circulation verticale sont créées au cœur du bâtiment afin de desservir les niveaux supérieurs. Les volumes intérieurs donnent tout leur caractère à la réalisation: hauts plafonds en béton nervuré, éléments de structure apparents et adjonction de quelques éléments fermés pour articuler les nouvelles fonctions.

Inscrit dans le prolongement de l’ancienne usine, le nouvel immeuble s’élance sur près de 90 mètres de long. Il affirme avec force sa modernité et ses lignes horizontales très marquées semblent vouloir dialoguer tant avec le contexte actuel du lieu qu’avec son passé. Là encore, béton et métal alternent. Les appartements, tous destinés à la vente, ont des proportions plus usuelles mais non moins généreuses. La variété et l’originalité des typologies est remarquable: duplex-jardin, duplex aux étages, quatre pièces, cinqs pièces et attiques-terrasses répondent aux attentes des acheteurs les plus exigeants. De deux niveaux plus haut que son voisin, ce nouvel immeuble reçoit le label Minergie.

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Habitat évolutif

Le bâtiment LMI, situé le long du chemin des Sports, est construit en limite ouest du secteur; il jouit d’un rapport privilégié avec le futur parc. L’orientation principale du bâtiment est est-ouest, pratiquement tous les appartements sont traversants et profiteront du dégagement visuel à l’est, avec, au premier plan, l’espace vert aménagé du parc.

Le bâtiment intègre un nouveau concept de logements à mixité intégrée (LMI). Il s’agit d’offrir des surfaces qui s’adaptent à l’évolution familiale en créant une cellule autonome à usage multiple avec entrée séparée. Cette cellule est reliée à l’appartement par la cuisine; elle sera aménagée d’un WC/douche et d’une kitchenette en option. Les occupations possibles sont: profession indépendante (télé travail, thérapeute, esthéticienne, etc.) ou personne âgée, adolescent, fille au pair, nounou, maman de jour, etc.

Le bâtiment comporte neuf niveaux dont huit niveaux de logements le rez-de-chaussée est ouvert, il accueille les six entrées, les locaux à poussettes, une buanderie ainsi que divers locaux disponibles pour différentes activités. Les six entrées distribuent 140 logements, dont 96 logements en HM et 44 logements en PPE. Sur les 44 appartements en PPE, 28 intègrent la pièce LMI.

La structure porteuse de l’immeuble est exclusivement en béton armé avec des murs et des dalles plates coffrés et coulés insitu. Les façades sont en éléments préfabriqués à ossature bois et panneaux de bardage extérieurs. Les fenêtres sont constituées de cadres bois- métal. Les fenêtres des chambres disposent de stores à lamelles à commande électrique. Les balcons sont continus sur toute la façade de l’immeuble, ils sont en béton préfabriqué. Les garde-corps sont en béton préfabriqué alterné avec des éléments de verre translucide, les séparations de balcon sont en verre translucide.

La construction est réalisée afin d’atteindre le standard Minergie comprenant le système de ventilation double flux, avec une récupération de chaleur de haut rendement au moyen de panneaux solaires en toiture, assurant 30% de la production d’eau chaude. La production de chaleur est assurée par le chauffage à distance des SIG, les appartements sont chauffés à basse température par le sol. La production d’eau chaude sanitaire est assurée par le chauffage à distance et par l’installation de panneaux solaires en toiture. L’immeuble ne comporte aucune alimentation au gaz.

Un parking de plus de 300 places, sur un seul niveau, court sous le nouveau bâtiment puis sous le parc, sur près de 300 mètres de long. Entre les immeubles, le futur parc Gustave et Léonard Hentsch s’étend sur 3 hectares. Entièrement aménagé par la promotion, il sera remis à la Ville de Genève qui en assurera l’entretien.

 

 

 

Rome ne s’est pas faite en un jour

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Le 10 avril dernier, le conseiller d’Etat Antonio Hodgers, chef du Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie (DALE) du Canton de Genève, se félicitait devant la presse de la nouvelle étape franchie par le projet de futur quartier Praille-Acacias-Vernets (PAV). En effet, le plan directeur de quartier (PDQ) a été mis en consultation publique dès cette date. L’occasion pour rappeler les enjeux de ce mégaprojet. Il s’agit de redéfinir l’affectation d’une portion de territoire destinée à devenir un nouveau centre-ville: 230 hectares situés sur les communes de Genève, Carouge et Lancy, voués à accueillir 11 000 nouveaux logements et 11 000 nouveaux emplois.

Si les confrontations se sont concentrées ces dernières années sur le nombre de logements, et en particulier de logements sociaux, que le futur quartier devrait accueillir (ndlr: le taux de logements sociaux est passé de 50% à 30% dans la dernière mouture du projet), lors de sa présentation en 2007, ce sont les tours prévues (175 mètres de haut) qui avaient attiré l’attention. Des «signaux urbains» forts, susceptibles d’identifier le quartier et de donner un élan décisif à l’ensemble du projet. Pris par un enthousiasme quelque peu naïf et me réjouissant de voir de mes yeux la mutation d’une ville qui m’est chère, je réalisai à cette époque une interview de Robert Cramer, alors conseiller d’Etat (somnolent) à la tête du Département du territoire. A la question: «Quand verrons-nous les tours? », il avait répondu, le plus sérieusement du monde: «2012-2015 me semble plausible pour les bâtiments les plus importants.»

«après sept ans de travail, les bases mêmes du projet doivent être reprises»

Plusieurs législatures se sont succédées depuis, ainsi que quatre directeurs/directrices de projet. La dernière en date, Nathalie Luyet Girardet, a quitté son poste au début de l’année pour devenir la nouvelle cheffe du projet Pôle Gare de Lausanne. Un rôle plus proche du terrain et un projet qui va prendre forme en quelques années. De quoi motiver une professionnelle dont le domaine de prédilection est l’urbanisme opérationnel. Et de quoi raviver l’impression, que beaucoup ont, que les choses avancent toujours plus vite à Lausanne qu’à Genève.

Se pose à nouveau la question de la gouvernance. Les perpétuels remaniements et changements de nom des départements du Gouvernement genevois ne sont sans doute pas étrangers à ce sentiment de flottement qui entoure les grands projets du Canton. Sans douter de la bonne volonté et de la bonne foi d’Antonio Hodgers, l’entendre dire «qu’aujourd’hui il essaie de travailler sur l’ossature du projet» a quelque chose de désolant: après sept ans de travail, d’études et d’investissements, les bases mêmes du projet ne sont pas claires et doivent être reprises! Certes, c’est la réalité du terrain. Le secteur n’est pas une friche à l’abandon que l’on peut raser et reconstruire aisément. Elle grouille d’activités et d’habitants. Des entreprises d’envergure vont devoir déménager. Des tours en 2015? Sûrement pas! Si tout se passe bien, quelque 1500 logements verront le jour sur le site de l’actuelle caserne … d’ici à 2020. Le ton se fait plus réaliste. Le PAV est une mutation échelonnée sur les trente à cinquante prochaines années. Patience, Rome ne s’est pas faite en un jour

Transmission de pensée

 epfl SwissTech 2SwissTech Convention Center, EPFL, Ecublens 

Après l’audacieux Rolex Learning Center, l’EPFL se dote d’un nouveau bâtiment qui promet à son tour de faire parler de lui. Le SwissTech Convention Center, ambitieux centre de congrès d’une capacité d’accueil de 3000 personnes, vient d’ouvrir ses portes. Dictée par la fonction, sa forme unique l’apparente à un objet tiré d’un film de science-fiction!

Texte et photos: Massimo Simone

Le Rolex Learning Center est devenu l’emblème de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et a fait parler de l’EPFL dans le monde entier. Le campus, qui accueille plus de 8400 étudiants et quelque 11 000 personnes au total, professeurs et personnel compris, s’étend désormais sur 65 hectares.

Il manquait à l’école un complexe pour accueillir les grands congrès scientifiques internationaux. C’est chose faite avec le SwissTech Convention Center. «Grand, modulable, ultramoderne et niché au coeur des bâtiments d’enseignement et de recherche, il constitue un outil idéal pour brasser les idées et les connaissances scientifiques les plus récentes», pour reprendre les paroles de Patrick Aebischer, président de l’EPFL.

Situé au nord du campus, ce centre de congrès est le cœur du nouveau quartier qui comprend également une galerie marchande avec un large choix d’enseignes, 515 logements pour étudiants et un parking souterrain. L’arrêt de métro M1 et les lignes de bus sont directement reliés au site, la desserte en transports publics est donc optimale.

epfl SwissTech 3epfl SwissTech 1L’espace naît de l’intérieur

Les architectes sont partis de la volonté d’assurer une bonne visibilité à chacune des 3’000 personnes qui viendront assister aux conférences. La conception est donc née de l’intérieur, de la fonction première d’un centre de congrès qui est celle de partager une connaissance avec l’assistance. Les besoins de souplesse d’utilisation, d’espaces de rencontre, de surfaces administratives et logistiques, s’ajoutent aux réflexions premières. Ainsi, ici plus qu’ailleurs, la structure et l’enveloppe sont assujetties au programme.

Pour donner forme à ce programme, le défi principal est celui de libérer un volume suffisant. C’est donc un étroit dialogue qui s’est noué entre les architectes et les ingénieurs. Ensemble, ils ont mené une grande recherche sur les schémas statiques qui les ont conduit à la conception de deux méga-poutres qui sont l’âme du bâtiment. C’est une structure métallique tridimensionnelle de 110 mètres de long par 80 mètres de large qui s’inspire des châssis typiques de l’industrie automobile; un assemblage de tubes en acier dont les triangulations dessinent l’imposante ossature. Celle-ci s’appuie sur quatre piles – des noyaux de service en béton armé – placées au centre et au nord du bâtiment. Au sud, les poutres sont en porte-à-faux sur une longueur de 42 mètres! Soucoupe volante, scarabée géant, Transformers en mutation … des images de science-fiction viennent spontanément à l’esprit! Une étude indépendante est lancée pour calculer et optimiser les nœuds d’assemblage; établir la juste hiérarchie des forces est une gageure en soi! Les charges générées sont considérables. Pour permettre la déformation verticale et horizontale de la toiture, un système d’appuis glissants par piston a été mis au point.

Au total, ce sont 12000 mètres cubes de béton et 1500 tonnes d’acier qui sont mis en place. Le tout repose sur une trame de 300 pieux de 60 à 100 cm de diamètre.

Géométrie variable

Du côté du constructeur, les premières questions qui se posent ont trait à la subdivision de la structure pour pouvoir la construire, la transporter et la monter.

Vu la grandeur des éléments triangulés, pratiquement rien ne peut être préassemblé en usine et transporté tel quel. Toutes les pièces de la charpente ont donc été usinées en 3D pour permettre la soudure des tubes directement sur le chantier. Les nœuds les plus sollicités sont composés par l’assemblage de neuf tubes. Certaines pièces ont une portée de plus de 40 mètres entre appuis.

La définition des assemblages, la hiérarchie des nœuds, la géométrie variable des éléments triangulés ajoutent à la difficulté de fabrication. Mais, au-delà de la fabrication en atelier, le gros défi se trouve sur le chantier. Absolument tous les assemblages sont soumis à un contrôle par ultrasons. Même les nœuds classiques sont assez imposants. Les méga-poutres sont soudées alors que la partie centrale qui couvre la salle entre les deux poutres est boulonnée.

Trois phases d’étayage sont nécessaires pour le montage de chaque poutre. Le site se révèle être relativement exigu par rapport aux interventions et aux engins nécessaires. Le sol, de plutôt mauvaise qualité, impose une attention particulière pour la validation de tous les points d’appuis et pour ne pas courir le risque d’une perforation de la dalle ou du radier. La structure à elle seule totalise 850 tonnes d’acier et quelque 2700 pièces distinctes livrées sur le chantier.

Au-delà de la charpente métallique, d’autres parties du bâtiment sont elles-aussi un concentré de défis techniques. Entre les deux piles, la liaison intermédiaire qui soutient le balcon et les gradins s’apparente à un pont. La façade, avec ses surfaces imposantes et sa complexité propre, est un ouvrage en soi.

Estimé à 225 millions de francs et issu d’un partenariat public-privé (PPP) entre la Confédération, l’EPFL, HRS Real Estate SA et deux fonds immobiliers du Credit Suisse SA, le SwissTech Convention Center a été inauguré le 3 avril.

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Nouvelles technologies

Couleur soleil

Pas moins de 300 mètres carrés de cellules photovoltaïques à colorant sont intégrés dans la façade ouest du SwissTech Convention Center de l’EPFL. Ce prototype est la première application de cette technologie sur un bâtiment public. Les panneaux translucides, construits et assemblés par des PME de la région (Solaronix, à Aubonne, et Hevron, à Courtételle), exploitent une invention de Michael Graetzel chercheur à l’EPFL. Intégralement financée par Romande Energie, cette réalisation constitue une nouvelle concrétisation du partenariat conclu entre Romande Energie et l’EPFL pour développer un parc solaire d’envergure et mener des projets de recherche et développement. Elle s’inscrit pleinement dans la stratégie de l’EPFL de ne consommer que du courant d’origine renouvelable.

Le projet tire parti du potentiel particulier de ce type de cellules. Translucides, elles sont également indifférentes à l’angle d’incidence de la lumière et peuvent être déployées verticalement sans aucune perte de rendement. En plus de produire de l’électricité d’origine renouvelable, elles protègent le bâtiment de l’ensoleillement direct, et réduisent ainsi le recours à une énergie de refroidissement.

Inventées en 1991 par Michael Graetzel, professeur à l’EPFL, les cellules à colorant reproduisent les principes du processus de photosynthèse à l’œuvre dans les feuilles des végétaux. Le vitrage photovoltaïque doublant la façade ouest du SwissTech Convention Center constitue la première intégration architecturale en extérieur de cette technologie de pointe. En collaboration avec le laboratoire Graetzel et le bureau Richter • Dahl Rocha & Associés, l’artiste Catherine Bolle a imaginé une composition chromatique compatible avec cette nouvelle technologie.

Se déployant sur quelque 300 mètres carrés, cette installation doit démontrer le potentiel de ce type de cellules et constituer une première étape vers leur production et leur utilisation à grande échelle.

Ce projet de vitrage photovoltaïque est l’aboutissement d’une longue politique d’innovation menée à l’EPFL. Pas moins de onze entreprises ont acheté une licence dans le but de mettre sur le marché les cellules Graetzel. Cette première intégration architecturale est d’autant plus significative qu’elle s’inscrit dans le cadre d’une collaboration avec Romande Energie, partenaire clé de l’école dans le domaine énergétique.

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Modularité

Soirée de gala

La technologie «Gala System» permet la transformation rapide et automatique de plate- formes de scènes et de rangées de sièges amovibles pour y accueillir des événements différents. Les éléments du système breveté au Canada «Salle Gala» permettent de configurer automatiquement une salle de congrès en de multiples configurations différentes, répondant aux critères particuliers de chaque événement et du public.

Cette opération qui consiste à faire passer les sièges à volonté du dessus au-dessous de l’unique plancher de la salle est effectuée grâce à un système novateur de pivots motorisés dissimulés sous la structure des plateformes et reliés à chaque groupement de sièges. D’accès facile depuis le foyer, la salle plénière est donc totalement modulable et innovatrice. Elle peut se transformer en 15 minutes d’une salle de congrès avec gradins en zone d’exposition ou de banquet entièrement plane grâce à la technologie «Gala System» dont elle est équipée et qui est installée pour la première fois en Europe à une telle échelle. En marge de la salle plénière de 2206 places, un balcon de 794 places permet d’atteindre 3000 places. La modularité est impressionnante et quelque quinze variantes types sont à la disposition des organisateurs. Une animation vidéo à voir sur le site dédié www.tstcc.ch en donne la démonstration.

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Principaux intervenants

maîtres d’ouvrage

Partenariat public-privé (PPP): Confédération, EPFL, HRS Real Estate SA deux fonds immobiliers du Credit Suisse SA (CS REF Hospitality, CS REF LivingPlus)

Entreprise totale

HRS Real Estate SA, Crissier

Architectes

Richter • Dahl Rocha & Associés architectes SA, Lausanne

Ingénieurs civils

Ingeni SA, Lausanne Daniel Willi SA, Montreux

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Le développement doit continuer!

spécial infra_journée 1JOURNEE INFRA 2014

Le 4 février dernier, plus de 200 professionnels romands ont donné vie à la Journée Infra 2014. Sur un ton quasi célébratif, la Fédération Infra a salué le succès et le dynamisme de la région romande qui traverse une décennie de développement phénoménal et ne craint plus de comparaisons. Quels sont les ingrédients de cette réussite? Qui en sont les acteurs? Comment éviter que cet élan ne s’essouffle? Et comment tout cela est-il perçu par les autres régions de Suisse ou par l’étranger? Autant d’interrogations auxquelles des intervenants de haut niveau ont donné leurs réponses, sans bien sûr pouvoir anticiper l’acceptation de l’initiative contre l’immigration de masse qui allait intervenir quelques jours plus tard.

Alors qu’un certain sentiment d’infériorité et une posture quelque peu fataliste et victimisante semblaient dominer les mentalités romandes il y a encore une quinzaine d’années, la dernière décennie est à l’enseigne de la «positive attitude». La conjoncture aidant, la région romande s’est découvert une identité et en a tiré une force. L’EPFL, et l’impulsion spectaculaire donnée depuis la nomination de Patrick Aebischer à sa présidence, est l’un des moteurs de ce développement. Tout comme l’aéroport de Cointrin, qui semblait voué à un certain redimensionnement alors que la compagnie nationale le délaissait pour se prosterner sur le tarmac «unique» de l’aéroport de zurich, et qui a finalement connu un développement fulgurant.

Hautes écoles dynamiques, infrastructures performantes et un tissu serré de petites et moyennes entreprises côtoyant sans complexe des multinationales venues s’installer dans la région, tels sont les ingrédients de base qui forgent le succès romand.

Après quelques mots introductifs de Felix Mann, membre du comité de la Fédération Infra, et de Blaise Clerc, vice-directeur de la SSE et secrétaire romand de la Fédération Infra, c’est le Professeur Francis-Luc Perret qui a pris la parole. En sa qualité de vice-président de la planification et de la logistique de l’EPFL entre l’an 2000 et 2013, il a inauguré plus de vingt bâtiments et est aujourd’hui reconnu comme étant l’homme de la métamorphose du campus de l’EPFL. Il est actuellement directeur de la Fondation ISREC (Institut Suisse de Recherche Expérimentale sur le Cancer) et mène le projet AGORA pour la construction d’un Centre du Cancer qui va rassembler la formidable expertise en oncologie disséminée entre les grandes institutions de recherche lémaniques en un lieu où les différentes spécialités, des plus fondamentales aux cliniques, se côtoieront et dialogueront pour imaginer les thérapies du futur.

INFRATAGUNG Lausanne 2014

Un b‰timent ic™ne pour marquer le lancement du nouveau Centre suisse du cancer - Lausanne

Hissez les voiles!

Au cours de sa présentation, Francis-Luc Perret a rapidement survolé les principaux projets qu’il a accompagnés au cours de sa carrière. Au-delà des bâtiments eux-mêmes ou de leurs fonctionnalités, c’est l’idée maîtresse qui soutient leur réalisation qui est révélatrice. Il s’agit de réunir des hommes et des femmes qui autrement ne seraient pas portés à travailler ensemble. Sublimant le rôle des architectes, les bâtiments deviennent les catalyseurs de l’innovation. Ainsi, tel est le constat de Francis-Luc Perret, le succès de la Romandie ne tient pas seulement à des conditions externes favorables ou à une quelconque bénédiction divine, mais à la capacité à réunir des compétences diverses pour en créer de nouvelles et pointer sur une excellence de niveau international.

Philippe Receveur, ministre jurassien de l’Environnement et de l’Equipement, a ensuite retracé brièvement la jeune histoire de son canton et illustré sa volonté d’ouverture non seulement vers les autres régions de Suisse mais également vers la France et l’Europe. Cette volonté de connexion au monde n’est que renforcée par la situation excentrée de la région – que Philippe Receveur a toutefois tenu à relativiser: une heure trente de Porrentruy à Lausanne n’est pas un temps plus long que ce que bien des pendulaires lausannois emploient pour rejoindre leur bureau genevois. Le canton développe aussi sa politique de relations extérieures, ce qui ne fait que revitaliser la notion d’indépendance et, par des alliances ciblées, lui permet de dépasser la taille critique nécessaire à la réalisation de certains projets. Il a également explicité l’importance de la liaison TGV et comment cette infrastructure doit être exploitée, non seulement pour rejoindre la capitale française mais surtout pour attirer les regards vers le Jura.

« des infrastructures performantes: ingrédients de base pour le succès romand »

Avec près de 14,5 millions de passagers en 2013, l’Aéroport International de Genève est un autre élément clé du succès romand actuel. Nicolas Gaspoz, directeur Infrastructures et Planification, a rappelé l’histoire de l’aéroport, né dans les années 20 et doté d’une piste en béton au milieu des années 40. La comparaison avec Zurich est significative: si l’on exclut le trafic en transit, le nombre de passagers est pratiquement identique. Le défi genevois tient à la relative exiguïté du site. L’aéroport de Genève ne possède qu’une piste et n’en aura jamais d’autres: les limites territoriales et l’intégration de l’aéroport dans sa région rendent toute velléité de piste supplémentaire à jamais caduque. Malgré sa surface totale de 320 ha, le site se trouve limité dans son expansion. Il est longé côté sud par l’autoroute A1, Palexpo, l’Arena, la gare CFF et quelques bâtiments administratifs. Au nord, il est bordé par la frontière française et des quartiers d’habitation. Les extrémités est et ouest n’offrent guère plus de dégagement. Ainsi, le développement de l’aéroport passe obligatoirement par une gestion optimisée des surfaces et des infrastructures existantes. La réflexion à ce sujet est perpétuelle. La construction d’une nouvelle aile est en cours d’étude; elle se concrétisera au cours des toutes prochaines années et appelle à de nombreuses adaptations préliminaires. L’aéroport doit également répondre à des exigences techniques en continue évolution, qu’il s’agisse de sécurité aéronautique, de services aux passagers ou de gestion énergétique des bâtiments et des installations.

La table ronde qui a suivi les conférences n’a soulevé que peu de débat. Quelques interrogations relayées par le public ont tout de même mis l’accent sur le besoin de renforcer la formation et la promotion des professions liées à la construction d’infrastructures afin que les besoins de la région et la relève soient assurés et sur le fait de savoir si les bons résultats romands donnaient plus de poids aux requêtes régionales auprès des institutions fédérales, en particulier au moment de recevoir l’une ou l’autre subvention.

Après la pause, Etienne Blanc, député de l’Ain, président de l’ARC et vice-président du Groupe d’Amitié France-Suisse, s’est fendu d’un véritable plaidoyer en faveur de la Suisse, sans manquer de lancer quelques piques à l’encontre de son propre gouver- nement. Ulrich Paetzold, directeur général de la FIEC (Fédération de l’Industrie Européenne de la Construction) a, pour sa part, ramené le discours à un niveau beaucoup plus pragmatique. Il a illustré les priorités européennes en matière d’infrastructures et les enjeux normatifs et légaux liés à l’évolution des marchés au sein de l’Union.

Le rendez-vous pour la prochaine Journée Infra est d’ores et déjà fixé au mardi 3 février 2015 avec sans doute des thèmes moins consensuels, notamment en regard des résultats des votations du 9 février et de leurs répercussions supposées ou réelles.KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERAspécial infra_journée 5

INFRATAGUNG Lausanne 2014

La menace silencieuse

spécial rénov_Yverdon 8 - copieAssainissement – Temple, Yverdon-les-Bains

Un important développement de mérule pleureuse a été découvert dans le temple d’Yverdon-les-Bains. Alors que les travaux d’assainissement ne font que commencer, nous nous sommes entretenus avec les spécialistes en charge du chantier sur cette menace silencieuse qui peut ronger des charpentes des années durant sans qu’aucun signe extérieur ne soit visible.

Suite à un exercice des pompiers dans le temple et alors que les hommes transportaient du matériel, un gros craquement est entendu dans un escalier de la tour du clocher. Les services de la ville procèdent donc à une vérification et décident d’une réparation. Le démontage de l’escalier met en évidence un état de dégradation non soupçonné. La partie du bois prise dans le limon est complètement détériorée par l’humidité et une présence d’insectes (vrillettes) est signalée.

« développement invisible, en marche depuis quinze ans »

C’est alors que l’entreprise Sani-Bois – spécialiste de l’assainissement du bois et des traitements contre les insectes et les champignons – est contactée pour procéder à un assainissement. La première phase de travaux consiste en un traitement préventif (pulvérisation d’insecticide et de fongicide) de l’ensemble de la charpente, qui n’avait pas reçu de soins particuliers depuis bien longtemps.

C’est au moment de remplacer trois solives qui présentaient des signes de faiblesse que des filaments de mérule sont découverts, à la grande surprise de tous les intervenants. En effet, aucun signe extérieur n’était visible sur la charpente ou sur les murs.

Des sondages sont donc immédiatement entrepris afin de déterminer l’ampleur du problème. Le champignon s’est attaqué à l’angle nord-est du bâtiment, à hauteur de la base du toit et du plancher supérieur. Dans le cas présent, la charpente se révèle bien ventilée, ne laissant remonter aucune trace à la surface du bois et maintenant un taux d’humidité faible. L’observation en surface, même faite par un spécialiste expérimenté, ne laisse en aucun cas soupçonner que le cœur du bois est en grande partie privé de ses fibres. C’est en effet par le centre que le champignon a poursuivi sa progression, jusqu’à s’étendre sur deux parois sur près de dix mètres de long par quatre mètres de haut sur la première et bien douze mètres de long par sept mètres de haut sur la seconde! Sans pouvoir être précis sur la question, les spécialistes estiment que le phénomène est sans doute en marche depuis une quinzaine d’années! C’est sans aucun doute un dégât d’eau et une infiltration par la toiture qui sont à l’origine du problème.

spécial rénov_Yverdon 1Manipuler avec précaution

Le champignon s’est développé dans le mur et dans des planchers intermédiaires au-dessus de la galerie latérale. Par chance, aucun effondrement n’est à déplorer, bien qu’à terme c’est là un risque majeur que courait le bâtiment. La diffusion des spores – inoffensive pour l’homme – est potentiellement dangereuse, non seulement au cœur du bâtiment, mais également pour les constructions du voisinage. L’intervention se doit donc d’être minutieuse. La zone est confinée. Les pannes, les poutres et les chevrons sont déposés un à un, les bennes bâchées et les pièces démontées destinées à l’incinération. La maçonnerie touchée doit être nettoyée, traitée par injection puis rhabillée.

Deux niveaux planchers sont touchés, ainsi que la toiture ce qui ne rend l’intervention que plus difficile avec une attention particulière au phasage et une étroite collaboration avec le Service des monuments historiques. La charpente centrale, la nef principale et son grand plafond suspendu ne sont heureusement pas atteints. Les premières estimations laissent entrevoir près de dix mois de travaux et un coût avoisinant les 700000 francs. Le temple reste néanmoins ouvert au public.

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Bonjour l’ambiance!

Les spores de mérule sont très légères et relativement répandues; potentiellement, elles sont présentes partout! Pas question pour autant de sombrer dans la psychose. Pour se développer, ce champignon a en effet besoin d’une ambiance bien particulière. Il faut que toutes ces conditions soient réunies au même endroit pendant assez longtemps: le bois ne doit pas se trouver dans un endroit ventilé et son taux d’humidité doit être d’environ 27%. L’endroit doit être sombre (pas de rayons ultraviolets) et la température rester entre 3°C et 26°C.

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Pousser comme des champignons

La mérule (Serpula lacrymans) est un champignon Basidiomycète de la famille des Coniophoraceae. C’est une pourriture brune dite sèche qui produit des spores facilement aéroportées. Elle se nourrit de la cellulose du bois et peut produire des mycéliums fins entre 5 et 10 μm et pénétrer l’intérieur du bois. Elle peut également produire des cordons mycéliens résistants, capables de s’infiltrer entre les joints de maçonnerie. Afin de digérer les sucs du bois, elle est capable de créer une humidité localisée, allant chercher l’eau nécessaire loin à la ronde. Au moment de sa maturité, le champignon produit des spores. Un champignon de la taille d’environ 20 cm de diamètre va par exemple produire entre 100000 et 200000 spores par seconde. Chacune de ces spores peut donner naissance à un nouveau champignon. Le potentiel de diffusion – et de destruction – est donc immense.

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Prévention

Stopper l’humidité!

Afin d’éviter la propagation de la mérule et des dégâts potentiellement très importants, il convient de prêter une grande attention aux conditions de base qui pourraient favoriser son développement. La plus importante de ceux-ci étant l’humidité, il est indispensable de maintenir les structures des bâtiments aussi saines et sèches que possible. L’hyper-imperméabilité, souvent préconisée aujourd’hui dans les constructions neuves dites écologiques, pourrait à terme se révéler particulièrement néfaste. Alors que les systèmes de ventilation mécanique perdront inexorablement en efficacité au cours du temps, certaines zones d’un bâtiment pourraient se transformer en milieu idéal pour le développement de la mérule. Le phénomène d’électro-osmose, encore méconnu mais bien réel, qui fait que les particules d’eau et de sel migrent dans les sols et les murs des bâtiments grâce au potentiel électromagnétique présent partout – dans le terrain comme dans les murs ou le bois –, est un facteur de danger supplémentaire. Par des mesures précises du potentiel électromagnétique présent dans le lieu et l’installation d’un cerclage provoquant une mise à zéro du potentiel couple sol/bâtiment, les spécialistes de la société Procédé Humi-Stop Claude Saccaro parviennent à stopper cette transmission. Active en Suisse et en Europe depuis près de trente ans, cette société a notamment traité le château d’Yverdon-les-Bains ainsi que divers autres bâtiments historiques de la cité thermale. Concernant le temple, l’étude est en cours.

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Ouverture et protection

jti 1JTI — Japan Tobacco International, Genève

L’un des chantiers les plus impressionnants du moment arrive dans une phase marquante. La construction de l’imposante structure métallique du nouveau siège de JTI sis dans le quartier de Sécheron à Genève touche à sa fin. Plus de 1000 collaborateurs prendront possession des locaux courant 2015.

Avec quelques 27’000 collaborateurs dans le monde et plus de 12 milliards de dollars de chiffre d’affaires, JTI (Japan Tobacco International) tient son rang parmi les plus grands fabricants de produits du tabac au monde. Cette filiale du groupe JT est établie à Genève depuis près de cinquante ans. C’est ici que se trouvent son siège social international ainsi que les activités essentielles d’un quartier général telles que les départements marketing, res- sources humaines, finances, informatique, juridique, communication et innovation.

L’entreprise est présente dans 120 pays et exploite 25 usines, dont une en Suisse. Ses activités sont également supportées par six centres de recherche et développement et cinq usines de conditionnement du tabac. Installée dans trois bâtiments à Carouge et à Petit-Lancy, JTI vit une période de croissance. Le succès de ses activités ainsi que l’acquisition d’une nouvelle firme en 2007 ont porté rapidement le nombre de collabo- rateurs de 700 à 1000, ne faisant qu’accentuer le souhait de disposer d’un nouveau siège afin de regrouper tous les départements en un seul lieu.

C’est en 2009 qu’a été annoncé le lancement du projet immobilier destiné à la construction du nouveau siège social que nous vous présentons ici. Conçu par Skidmore, Owings & Merrill (SOM) – cabinet d’architectes historique à qui l’on doit notamment le John Hancock Center de Chicago, la Burj Khalifa de Dubaï, la plus haute tour du monde, ou le prestigieux One World Trade Center qui vient remplacer les tours jumelles du WTC détruites le 11 septembre 2001 –, il promet d’être un nouvel emblème architectural de Genève. Le bureau genevois Group8 est associé à sa conception.

Le bâtiment prend place dans le quartier de Sécheron, sur une parcelle propriété de l’Etat cédée en droit de superficie. Anciennement dominé par les ateliers électro-mécaniques, ce quartier connaît une formidable métamorphose. La construction du siège de l’OMM (météorologique mondiale), puis de celui de la société pharmaceutique Merck ont donné l’impulsion. La nouvelle gare CFF et sa passerelle de liaison, plusieurs rénovations d’immeubles voisins, ainsi que la construction de la Maison des Etudiants Edgar et Danièle de Picciotto et de la Maison de la Paix – deux éléments phare du campus de l’IHEID (Institut de hautes études internationales et du développement) — ont définitivement scellé la transformation du secteur.

«mettre l’espace en valeur»

Il est intéressant de suivre la démarche entreprise par les architectes londoniens de SOM, de toute évidence impressionnés par les nombreuses qualités du site. Kent Jackson, directeur du Design chez SOM, explique: «Le site en soi est source d’inspiration. Il allie à la fois la proximité des organisations internationales, de grands parcs publics, le lac et les montagnes en toile de fond. Rares sont les villes qui permettent de créer une telle harmonie avec leur cadre. Le design est conçu à partir d’une forme élémentaire que nous dégageons du sol afin de mettre l’espace en valeur. Nous souhaitons que le bâtiment puisse être reconnu de manière distincte au niveau du sol par les piétons et, dans une plus large perspective, qu’il contribue à l’identité de Genève par les contours de sa silhouette.»

Les concepteurs se sont donc plongés dans une étude fine du lieu, partant de l’échelle humaine (les parcours piétonniers dans le périmètre, les vis-à-vis, les dégagements) puis élargissant la vision jusqu’à la dimension de la ville et du panorama. Ils ont également mené une analyse détaillée des conditions climatiques du site, tenant non seulement compte du rayonnement solaire ou des variations et des pics de température tout au long de l’année, mais également des précipitations et des vents dominants ainsi que de la manière dont ils s’engouffrent dans le quartier et souffleront sur le futur bâtiment.

Les variations de température au cours de l’année sont toutefois importantes. Il convient d’en tenir compte afin de garantir le confort des utilisateurs. Un système automatisé de ventilation nocturne est d’emblée préconisé.

De cette analyse globale est né le concept général de durabilité du bâtiment qui intègre, entre autres, les exigences du label Minergie®.

Forme et fonction

C’est tout d’abord dans la volumétrie du bâtiment que se traduisent ces réflexions. Le plan dessine un long triangle dont les deux arêtes principales finissent par se superposer à la pointe sud. Les façades développent leur longueur en marquant des pentes successives. En partant du point le plus bas, côté sud, l’aile remonte jusqu’à l’angle nord-est – libéré de tout porteur et ouvert dans un impressionnant porte-à-faux — puis redescend jusqu’à l’angle nord-ouest.

L’aile principale remonte ensuite jusqu’à la pointe sud, libérant à nouveau une large ouverture vers la cour centrale.

Cette géométrie originale permet de maximiser la surface des façades, tant sur le périmètre extérieur que du côté cour et d’optimiser par là même l’apport en lumière. Le confort visuel des collaborateurs de la société est également accru; vue et dégagements sont garantis aux étages élevés.

Les porte-à-faux sud et est laissent pénétrer les vents dominants et facilitent l’approvisionnement en air frais, qui sera ensuite canalisé et alimentra le système de ventilation intérieure.

La toiture sera en partie accessible et recouverte d’une végétation variée. Cette toiture verte participe également au concept climatique et écologique du bâtiment. Elle se divise en deux secteurs, passant progressivement d’une terrasse végétalisée aménagée à une zone de végétalisation intensive et extensive.

Angle vif

Le jeu savant des volumes tient donc compte de l’implantation du bâtiment et de son environnement à grande échelle. Mais la réflexion ne s’arrête pas là.

Poussant le détail, la façade rideau extérieure est composée de deux variations de panneaux de verre orientés et inclinés avec maîtrise. Au-delà de l’indéniable réussite esthétique, c’est encore une fois un effet physique qui est recherché. Chaque verre est en effet incliné tant sur son axe horizontal que sur celui vertical de manière que les rayons solaires impactent de façon moins directe sur la façade. La légère inclinaison du verre lui donne une orientation quelque peu fuyante face aux rayons solaires. La qualité des verres et des éléments de façade alliée à ce design optimisé selon l’orientation de chaque portion de façade en font un concentré de haute technologie.

Les installations géothermiques comprennent 108 forages d’une profondeur de 250 mètres alimentant des pompes à chaleur qui assurent les besoins en chaleur et rafraîchissement.

Le bâtiment compte un maximum de neuf niveaux avec un point culminant à cinquante et un mètres de haut. Il offre une surface utile d’environ 25000 mètres carrés sur lesquels s’articule un programme fait majoritairement de bureaux open space et de petites salles de réunion. Le bâtiment comporte également un centre de conférences doté d’un auditorium, un restaurant ainsi qu’un wellness center. Une garderie d’une capacité de 104 places, destinée tant aux enfants des collaborateurs qu’aux familles du quartier, est construite dans un bâtiment à côté et complète le projet de JTI dans la zone. •

Principaux intervenants

Maître d’ouvrage: JTI, Genève

Architectes: SOM (Skidmore, Owings & Merrill LLP), Londres; Group8, Genève

Ingénieurs structure: SOM (Skidmore, Owings & Merrill LLP), Chicago; Ingeni SA, Carouge

Entreprise générale: Implenia Suisse SA, Onex

Le grain de sable

massimo portrait 4EDITORIAL

(à lire dans « Chantiers & rénovation » n°3.2014 paru le 16.4.2014)

Malgré mon assidue fréquentation des chantiers, je continue d’éprouver une certaine admiration pour ces hommes et ces femmes qui s’activent jour après jour à la réalisation d’un projet. Du concepteur visionnaire qui crayonne la première esquisse sur un coin de table au dernier ouvrier qui plante le dernier clou, il y a dans l’acte de construire une force noble et antique. Un problème se transforme en projet. Un besoin devient un programme. Un obstacle génère une solution, et parfois même plusieurs! Au fil des siècles, le secteur de la construction a accumulé une somme énorme de connaissances. Les réalisations actuelles – de la «simple» maison familiale aux infrastructures les plus impressionnantes – appellent à la mise en commun de quantité de moyens et de compétences. Des briques s’empilent pratiquement comme dans l’ancienne Egypte alors qu’au même endroit des spécialistes installent des équipements nés des dernières technologies. On ne fait rien tout seul et, aujourd’hui plus que jamais, l’interdisciplinarité est de mise. Au final, le tout s’assemble harmonieusement au bénéfice de ceux qui en seront les usagers; malgré la rudesse et la franchise de certains échanges, malgré les pressions, le stress et les fortes voix qui souvent s’élèvent, malgré la dureté et la pénibilité de certaines tâches, malgré les malfaçons et les retards.

«regarder en avant, trouver des solutions, toujours»

Le 26 mars dernier, lors d’une conférence de presse organisée sur la zone de travaux du Val d’Arve, le directeur du projet CEVA, accompagné des représentants des CFF et de l’Etat de Genève, a fait le point sur l’avancement du chantier. Toutes les zones de travaux sont désormais ouvertes et certains lots sont même déjà terminés. Pour l’heure, bien des citoyens genevois ne connaissent que les nuisances liées aux fermetures et aux déviations de routes, au bruit et aux mouvements des engins qui sont parfois juste sous leurs fenêtres. Pourtant, les équipes en place redoublent d’efforts et d’attention pour informer la population, planifier et réaliser les travaux en minimisant l’impact négatif sur la mobilité. Mais l’information qui a fait les gros titres au lendemain de la conférence de presse est bien sûr celle liée aux vingt et un mois de retard annoncés. Le percement du tunnel de Champel ne pourra pas avancer aussi vite que prévu. La nature géologique de la colline est moins propice qu’escompté. Moins compacte, la roche demande des mesures de renforcement supplémentaires. Bref, il y a un grain de sable dans l’engrenage.

La direction du projet annonce pourtant pouvoir maîtriser les coûts et maintenir l’enveloppe globale de CEVA. Des optimisations sur d’autres lots, plus simples, induisent des économies. De nouvelles solutions techniques sont adoptées pour faire face à cette adversité.

Des variantes de mise en service sont d’ores et déjà à l’étude. Encore une fois, l’esprit d’entrepreneur prend le dessus et donne l’énergie aux concepteurs et aux entreprises de regarder en avant, pour mener à bien le projet.

Sans doute n’était-il pas indispensable à cette occasion de reparler des recours de quelques habitants de Champel et de quelques opposants politiques qui ont provoqué douze mois de retard dans l’étude et l’avancement de ce lot. Néanmoins, que les esprits chagrins et les populistes de tout poil qui crient au scandale et en appellent à la création d’une commission d’enquête cessent leurs gesticulations. Il n’est plus question ici de politique mais bel et bien de la réalité du terrain sur lequel des hommes et des femmes s’engagent avec passion et des aléas auxquels ils doivent faire face. Toutes et tous méritent le respect!