Le grain de sable

massimo portrait 4EDITORIAL

(à lire dans « Chantiers & rénovation » n°3.2014 paru le 16.4.2014)

Malgré mon assidue fréquentation des chantiers, je continue d’éprouver une certaine admiration pour ces hommes et ces femmes qui s’activent jour après jour à la réalisation d’un projet. Du concepteur visionnaire qui crayonne la première esquisse sur un coin de table au dernier ouvrier qui plante le dernier clou, il y a dans l’acte de construire une force noble et antique. Un problème se transforme en projet. Un besoin devient un programme. Un obstacle génère une solution, et parfois même plusieurs! Au fil des siècles, le secteur de la construction a accumulé une somme énorme de connaissances. Les réalisations actuelles – de la «simple» maison familiale aux infrastructures les plus impressionnantes – appellent à la mise en commun de quantité de moyens et de compétences. Des briques s’empilent pratiquement comme dans l’ancienne Egypte alors qu’au même endroit des spécialistes installent des équipements nés des dernières technologies. On ne fait rien tout seul et, aujourd’hui plus que jamais, l’interdisciplinarité est de mise. Au final, le tout s’assemble harmonieusement au bénéfice de ceux qui en seront les usagers; malgré la rudesse et la franchise de certains échanges, malgré les pressions, le stress et les fortes voix qui souvent s’élèvent, malgré la dureté et la pénibilité de certaines tâches, malgré les malfaçons et les retards.

«regarder en avant, trouver des solutions, toujours»

Le 26 mars dernier, lors d’une conférence de presse organisée sur la zone de travaux du Val d’Arve, le directeur du projet CEVA, accompagné des représentants des CFF et de l’Etat de Genève, a fait le point sur l’avancement du chantier. Toutes les zones de travaux sont désormais ouvertes et certains lots sont même déjà terminés. Pour l’heure, bien des citoyens genevois ne connaissent que les nuisances liées aux fermetures et aux déviations de routes, au bruit et aux mouvements des engins qui sont parfois juste sous leurs fenêtres. Pourtant, les équipes en place redoublent d’efforts et d’attention pour informer la population, planifier et réaliser les travaux en minimisant l’impact négatif sur la mobilité. Mais l’information qui a fait les gros titres au lendemain de la conférence de presse est bien sûr celle liée aux vingt et un mois de retard annoncés. Le percement du tunnel de Champel ne pourra pas avancer aussi vite que prévu. La nature géologique de la colline est moins propice qu’escompté. Moins compacte, la roche demande des mesures de renforcement supplémentaires. Bref, il y a un grain de sable dans l’engrenage.

La direction du projet annonce pourtant pouvoir maîtriser les coûts et maintenir l’enveloppe globale de CEVA. Des optimisations sur d’autres lots, plus simples, induisent des économies. De nouvelles solutions techniques sont adoptées pour faire face à cette adversité.

Des variantes de mise en service sont d’ores et déjà à l’étude. Encore une fois, l’esprit d’entrepreneur prend le dessus et donne l’énergie aux concepteurs et aux entreprises de regarder en avant, pour mener à bien le projet.

Sans doute n’était-il pas indispensable à cette occasion de reparler des recours de quelques habitants de Champel et de quelques opposants politiques qui ont provoqué douze mois de retard dans l’étude et l’avancement de ce lot. Néanmoins, que les esprits chagrins et les populistes de tout poil qui crient au scandale et en appellent à la création d’une commission d’enquête cessent leurs gesticulations. Il n’est plus question ici de politique mais bel et bien de la réalité du terrain sur lequel des hommes et des femmes s’engagent avec passion et des aléas auxquels ils doivent faire face. Toutes et tous méritent le respect!

 

The only way is up!

Crowne_Plaza 1Hôtel Crowne Plaza, Genève 

Après vingt mois de travaux et un investissement de près de 40 millions de francs, l’hôtel Crowne Plaza de Genève a dévoilé son nouvel écrin à ses clients au début de l’année. Deux nouveaux étages couronnent désormais le bâtiment existant qui offre cinquante-quatre chambres et suites supplémentaires.

Par Massimo Simone 

L’offre hôtelière genevoise est parmi les plus variées et les plus riches du pays. Au-delà des cinq-étoiles de la Rade, ce sont les établissements quatre étoiles business qui représentent une part importante du parc.

L’un d’eux, bien connu des genevois, a ouvert ses portes en 1977 sous le nom de Penta. Situé sur l’avenue Louis-Casaï, à proximité de l’aéroport et de Palexpo, il est devenu le Ramada Park Hotel puis, depuis le 1er février 2011, Le Crowne Plaza Geneva. Il a ainsi rejoint le groupe Hotels InterContinental Genève SA et le système de réservation Holidex, leader mondial du secteur.

Avec ce nouvel élan, se pose immédiatement la question d’une rénovation de l’établissement et de l’optimisation de son positionnement et de sa rentabilité. Un restyling du lobby, du restaurant et des chambres ainsi qu’une remise à jour des installations techniques paraissent d’emblée indispensables. Conscient de ses avantages, l’hôtel vise à renforcer ultérieurement son caractère business (actuellement 45% de la clientèle, objectif 50%). Avec une qualité poussée vers le haut et un positionnement tarifaire bien ciblé, une part de la clientèle des cinq-étoiles du bord du lac peut être attirée. Il s’agit aussi d’augmenter le volume d’affaire. Un agrandissement, via une surélévation, est donc mis à l’étude. Les proportions de l’avenue, son importance en tant qu’axe fort entre l’aéroport et le centre-ville et les visions de développement du secteur sont autant d’arguments favorable à une telle densification.

Ce sont finalement deux niveaux supplémentaires qui sont ajoutés. Ils permettent l’aménagement de cinquante-quatre nouvelles chambres, portant le total à trois cent soixante-six.

Avec cet outil de travail optimisé, les hôteliers comptent sur une forte augmentation du taux d’occupation (objectif à terme 80%) et une rentabilité en hausse progressive (+30% à deux ans, +60% dès 2017). Dix emplois supplémentaires sont créés, portant le total des collaborateurs de l’établissement à cent cinquante.

Plus haut, plus beau

Une fois la volonté exprimée et les possibilités réglementaires confirmées, les variantes techniques sont étudiées.

La statique ne présente pas de contraintes, c’est donc une volonté de contraste architectural qui porte au choix d’une structure métallique (ossature acier, dalles mixtes tôle Holorib/chape de compression béton armé).

Le bâtiment existant, reflet de l’architecture de l’époque, est lourd et fermé. Les éléments de façade en béton ne peuvent plus cacher les outrages du temps et nécessitent à un traitement minutieux. Assainis, réparés et traités, ils retrouvent aujourd’hui leur dignité.

Les deux nouveaux niveaux marquent leur caractère contemporain. Vitrés, légers et horizontaux, ils couronnent le bâtiment et modifient les proportions du volume. Le dernier étage, le huitième, est même un peu plus large que le septième. Cette ampleur augmente le sentiment d’ouverture et offre des points de vue saisissants. La qualité de l’enveloppe est des plus soignée tant au niveau phonique que thermique (pour les verres, valeur U = 06 W/m2k, valeur G = 0.55).

La rénovation des étages existants et la surélévation sont confiées à deux bureaux d’architectes différents. Les deux chantiers procèdent en parallèle et la coordination n’en devient que plus fine. Défi supplémentaire, l’hôtel reste en service durant toute la période des travaux.

L’installation du chantier se fait à l’arrière du bâtiment afin de maintenir la façade principale et l’accès aussi libres que possible. La rénovation se fait étage par étage et moult mesures sont prises pour minimiser les nuisances pour les hôtes et ne pas impacter sur l’exploitation. Pour des raisons de sécurité et de praticité, le sixième niveau (l’ancien dernier étage) est fermé aux clients durant les travaux. La toiture existante est mise à nu pour recevoir la nouvelle construction et permettre le passage et la distribution des installations techniques. Cette phase se heurte à la météo peu clémente de l’hiver 2011/2012 durant lequel les grands froids, les fortes pluies et les lourdes précipitations de neige ralentissent les travaux.

L’hôtel s’engage également dans une démarche de développement durable et de respect de l’environnement. Le bâtiment est relié au réseau de chauffage à distance. Des panneaux solaires sont installés en toiture. Ils fournissent 100 000 kW/an pour le chauffage de l’eau.

Après deux ans de travaux et un investissement de près de 40 millions, le nouvel hôtel Crowne Plaza a entièrement ouvert ses portes aux clients depuis le début de l’année.

 

Crowne_Plaza 5Décoration

Esprit d’Orient

La décoration des espaces communs ainsi que des deux étages supplémentaires a été confiée à la célèbre architecte taïwanaise Celia Chu, à la tête de son agence de design éponyme. Sa vision singulière a permis de créer un univers apaisant, extrêmement soigné et cosy. Reflétant la nature environnante par le choix des textures et des matériaux, chaque espace possède sa propre identité tout en faisant partie d’un ensemble harmonieux et contemporain.

Celia Chu a débuté son parcours à New York en rejoignant l’un des meilleurs cabinets de design d’intérieur au monde, marquant ainsi le début de sa brillante carrière dans l’univers du design hôtelier. Elle a participé à la conception de nombreuses créations architecturales (hôtels, restaurants, spas) à travers le monde pour des groupes tels que Hyatt et Rosewood. A Genève, elle a notamment contribué au projet de rénovation de l’hôtel InterContinental, dirigé par le fameux architecte Tony Chi.

 

principaux intervenants

Maître d’ouvrage: IHG, Genève

Architectes: CLM Architectes, A. Carlier – J. Montessuit, Carouge

Ingénieurs civils: B. Ott & C. Uldry Sàrl, Thônex

Ingénieurs CVCR: Raymond E. Moser SA, Onex

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Il faut que tu respires!

spécial énergie 1SPECIAL ENERGIE – ventilation

Les standards énergétiques qui se sont imposés ces dernières années misent énormément sur une parfaite isolation et étanchéité des bâtiments. La maîtrise de la ventilation n’en devient que plus importante.

Par Massimo Simone

Pour être performant, un bâtiment doit être bien isolé et encore mieux ventilé. En effet, il ne s’agit pas uniquement d’éviter des ponts thermiques, ou déperditions de chaleur, synonymes d’inconfort et de facture énergétique élevée.

Un logement correctement isolé et ventilé préserve aussi la santé de ceux qui y vivent et permet une meilleure gestion du confort, été comme hiver.

Pas question cependant de colmater ou de calfeutrer intégralement son logement de manière à empêcher toute entrée et sortie d’air. La maison est comme un être humain: elle a besoin de respirer 24 heures sur 24 et donc d’évacuer les polluants divers générés par les matériaux qui la composent et bien sûr par toute activité humaine. Pour une seule personne, le simple fait de respirer dans une pièce dégage chaque jour trois litres de CO2. D’autres activités, comme la cuisine ou le bricolage, engendrent elles aussi des microparticules, dispersées entre autres, sous forme de COV (composés organiques volatils). Et ce n’est pas tout car les matériaux, comme les peintures ou les moquettes, la plomberie, l’électricité ou l’ameublement, dégagent également des polluants. Sans compter que l’humidité et la condensation peuvent aussi générer divers désagréments. Une mauvaise ventilation entraîne une certaine dégradation du bâtiment et une conséquente baisse de sa valeur. En résumé, plus un bâtiment est isolé, plus il faut veiller à une gestion fine de sa ventilation. Le simple fait d’aérer en ouvrant des fenêtres ou des portes ne suffit pas.

Réduire les déperditions

De même, les impératifs de protection de l’environnement et d’inflation des cours du baril de pétrole ont poussé les pouvoirs publics et les spécialistes du secteur à durcir les règles relatives à l’isolation, et par ricochet à la ventilation. Les divers bilans énergétiques s’accompagnent désormais systématiquement d’un test d’étanchéité à l’air (le bâtiment est complètement isolé avant que l’on y insuffle ou aspire de l’air afin de détecter et traquer toutes les sources de fuites de chaleur). L’objectif est clair: plafonner la consommation d’énergie primaire.

D’accessoire, la ventilation devient primordiale et passe même en troisième priorité, après le bâti et l’isolation, pour acquérir le statut de bâtiment réellement performant. Ces trois priorités s’inscrivent dans une même démarche, l’une complétant l’autre.

Aujourd’hui, une solution semble s’imposer progressivement: efficace, économique et confortable, la ventilation mécanique contrôlée (VMC) double flux constitue l’un des meilleurs choix pour bien ventiler un habitat isolé aux normes les plus performantes. Elle conjugue en effet de nombreux avantages. Elle assure le renouvellement de l’air, permet de régler son débit, organise sa circulation entre pièces humides (cuisine, toilettes, salle de bains) et pièces sèches (chambre, salon, etc.) et extrait l’humidité du logement. En période hivernale, elle préchauffe l’air entrant; en été, elle le rafraîchit grâce à son système d’échangeur.

«une mauvaise ventilation entraîne une dégradation du bâtiment» 

Même si ce système fonctionne à l’aide de moteurs électriques, la consommation d’électricité est compensée par les économies générées sur le long terme par l’installation. La VMC double flux permet de récupérer jusqu’à 92% des calories dépensées par le chauffage.

Une autre alternative qui séduit beaucoup de propriétaires est celle qui allie un système simple flux associé à une micro-pompe à chaleur (PAC). Ce système fait alors office de ventilation ainsi que de chauffage pour l’eau chaude sanitaire grâce à l’air récupéré. Reste l’option ultime dite «quatre en un», à partir d’une base VMC double flux et d’une micro- PAC, apportant quatre fonctions: la ventilation, la production d’eau chaude sanitaire à partir de l’air récupéré, le chauffage en hiver et le rafraîchissement en été. Les premiers systèmes sont commercialisés. Ils devraient émerger d’ici à deux ans avant de se généraliser, promettent les spécialistes.

Installer et entretenir

Pour être performants, une importance toute particulière doit être accordée à l’installation des équipements de ventilation pour assurer à la fois une qualité de l’air et une consommation optimales. Cela passe d’abord par une installation effectuée par un spécialiste agréé, dans un endroit facilement accessible. Il faudra par exemple veiller à ce que les bouches d’extraction soient placées en face des portes des salles d’eau qui très souvent ne comportent pas de fenêtres.

Mais une bonne installation ne garantit pas tout. Un entretien régulier est tout aussi fondamental. Un nettoyage périodique et consciencieux des bouches et des filtres est par exemple très important car il suffit que ces éléments soient encrassés pour que le système de ventilation ne fonctionne plus de manière efficace, engendrant une augmentation de la consommation d’énergie nécessaire à sa bonne marche.

spécial énergie 6Certaines hautes écoles se sont dotées d’impressionnantes souffleries et procèdent à des essais grandeur nature poussés. 

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Comme le montrent ces dessins de Renzo Piano relatifs au Centre culturel Tjibaou de Nouméa, les études sur la ventilation s’affinent de jour en jour. 

 

La première pièce

BUSINESSPARC, Prillybusiness parc 2

Le secteur de Prilly-Malley est en pleine mutation. Industrie et artisanat laissent progressi- vement place à des logements et à des activités tertiaires. L’une des premières pièces de cette transformation est le Businessparc Prilly que nous présentons ici.

Texte et photos: Massimo Simone

Le phénomène est plus actuel que jamais et occupe les architectes et les urbanistes de Suisse et d’ailleurs: des friches, des zones artisanales ou industrielles, autrefois situées en marge des villes se trouvent désormais au cœur des agglomérations. Les localités grandissent, la mobilité de la population est exponentielle et des pans entiers de territoire sont aujourd’hui au centre de vastes enjeux. Comment transformer ces no man’s land, leur donner vie et valeur en les intégrant dans le tissu urbain de manière cohérente? Telle est la question qui se pose systématiquement et à laquelle chaque cas offre une réponse différente.

Le bâtiment que nous vous présentons ici est le premier élément neuf construit sur l’ancien site de Bobst à Prilly. Une halle désaffectée, située le long de la route de Renens, juste en face de la patinoire de Malley, a été démolie et laisse place à un bâtiment multi-fonctionnel.

Sa position, à l’intersection de la route de Renens et de la route des Flumeaux – deux axes très empruntés par les automobilistes – et à l’angle d’un vaste quartier en mutation, lui donne un rôle particulier. Il signale en effet le renouveau à venir du secteur (un plan de quartier régissant la zone est en élaboration) et offre une projection de ce que sera le quartier dans quelques années.

«ce bâtiment signale le renouveau du secteur»

Ainsi, c’est avec un esprit de précurseur que Coop s’installera dans un centre commercial de proximité de quelque 2 000 m2 (y compris les commerces associés, tels que pharmacie, tea-room et mall central, par exemple) sur tout le rez-de-chaussée. Si pour l’heure le voisinage immédiat est encore en grande partie composé d’un ensemble hétéroclite d’anciens ateliers et bureaux, c’est dans un avenir proche que des centaines de nouveaux habitants investiront le quartier; non loin de là des projets d’envergure sont d’ailleurs déjà en phase de construction.

Les cinq niveaux supérieurs sont destinés à accueillir un fitness, un centre médical et des surfaces administratives. Au total, ce sont presque 14000 m2 (13793) de surfaces polyvalentes qui sont mises sur le marché de la location.

Le tout est fondé sur trois niveaux de sous-sol qui abritent les parkings et les dépôts. A noter que, pour favoriser la fluidité du trafic sur la route des Flumeaux, le parking d’un bâtiment voisin développé en parallèle et loué notamment par la Police de l’Ouest lausannois est relié via un tunnel à la rampe du Businessparc. Cela appelle à la mise en place d’une gestion automatisée des sorties, en particulier lors des interventions urgentes de la police.

La pente naturelle du terrain suggère aux concepteurs la création de deux entrées principales, une à l’avant au niveau de la route de Renens directement vers les commerces, et une à l’arrière, au premier étage, desservant de plain-pied le fitness et le centre médical. Les bureaux sont accessibles des quatre côtés du bâtiment. Les liaisons internes sont ouvertes et des cheminements extérieurs rayonnent dans toutes les directions. Le rôle urbain du bâtiment est une nouvelle fois mis en évidence: son orientation est multiple et ses accès divers anticipent la future perméabilité du quartier, qu’il s’agisse de véhicules individuels, de transports publics ou de mobilité douce.

La façade principale est marquée d’un biais qui s’ouvre sur le carrefour. Ce jeu géométrique résultant tant de l’optimisation de l’implantation que du parcellaire historique, donne une dynamique au bâtiment et favorise son intégration spatiale. Parmi les différentes variantes de base étudiées, c’est celle présentant le volume le plus compact et le plus haut qui a été retenue. Ce choix permet de maintenir les plateaux dans des proportions fonctionnelles et, via le patio central, de faire pénétrer la lumière naturelle jusqu’au cœur de l’édifice.

Business class

Les choix constructifs et techniques sont relativement usuels pour ce type de bâtiment: structure primaire en béton, ossature poteaux/dalles et façade rideau. Le rez-de- chaussée commercial, aménagé en vitrines, marque le socle et permet aux corps du bâtiment de s’affranchir visuellement des variations de niveaux du terrain naturel et des routes.

La façade est composée d’éléments modulaires préfabriqués. Chaque module comprend trois parties: un grand vitrage fixe, un élément fermé habillé d’un verre miroir et un panneau perforé dont le pan intérieur est ouvrant et permet une ventilation naturelle ponctuelle. Ces modules sont positionnés en léger décalage d’un étage à l’autre et séparés par des montants verticaux en saillie. Cette trame accentue la dynamique horizontale et insuffle ainsi un rythme vibrant à l’ensemble.

Le niveau des dalles est marqué par des tablettes qui forcent les lignes horizontales. L’opacité des tôles (thermopoudrées dans des tons beige/bronze) et le choix des verres ajoutent à l’élégance de l’ensemble. Cette composition, sobre et élaborée à la fois, donne au bâtiment son caractère très actuel et exprime, sans équivoque et sans ostentations, sa fonction commercio-administrative.

Connecté au réseau de chauffage à distance qui dessert le secteur, le bâtiment s’astreint aux exigences du label Minergie. Des faux-plafonds métalliques contiennent le système de diffusion chaud/froid et la pulsion d’air; l’extraction se fait dans les couloirs. La trame et la position des bacs de plafond sont étudiées de manière à offrir la plus grande flexibilité aux subdivisions intérieures. Cette souplesse de fonctionnement est essentielle à un tel type d’objet, tant à l’heure où toutes les attributions de surfaces ne sont pas encore connues qu’en projection d’une évolution à long terme.

La phase d’aménagement s’apprête aujourd’hui à débuter. Les surfaces brutes sont remises à la Coop dès ce mois de mars avec pour objectif une ouverture des commerces d’ici à l’automne. Les niveaux supérieurs devraient également être terminés dans ces mêmes délais.

Principaux intervenants

Maître de l’ouvrage: Atelier 2000 Immobilier SA (Groupe Orllati), Bioley-Orjulaz

Architectes: CCHE Architecture et Design SA, Lausanne

Entreprise générale: Implenia Entreprise Générale SA, Renens

Maçonnerie, béton armé: Induni & Cie SA, Prilly

Vive les embouteillages!

massimo portrait 4Selon une récente étude, le niveau des embouteillages est reparti à la hausse en 2013 en Europe. Les spécialistes y voient un signe de la reprise économique dans certains pays. Inrix, fournisseur mondial d’informations trafic, a analysé les données de plus d’un million de kilomètres d’autoroutes et de routes en Europe. Les embouteillages ont augmenté chaque trimestre de 6% en moyenne entre le début du mois de mars et la fin du mois de décembre 2013. Le Belgique reste la championne européenne du nombre d’heures perdues dans les bouchons en 2013 avec une moyenne annuelle de 58 heures par usager (inchangée par rapport à 2012), devant les Pays-Bas (44,-7h par rapport à 2012), l’Allemagne (35,-1h), la France (35,-2h), le Luxembourg (31,+3h), le Royaume-Uni (29,+1h) ou l’Italie (24,+3h). En Suisse, le problème est devenu habituel sur certains tronçons. L’OFROU enregistre 270 jours avec bouchons sur le contournement de Genève, 254 à Lausanne, pour ne parler que des deux cas romands les plus évidents. Bien sûr,  les embouteillages ne frappent pas que sur les autoroutes. Au cœur des cités également la paralysie est chronique avec des répercussions importantes en termes de qualité de vie, de pollution et de coûts induits. Les transports publics fribourgeois estimaient récemment à 3 ou 4 millions par année les investissements nécessaires pour contrer la lenteur du trafic: afin de garantir une fréquence de passage acceptable des bus supplémentaires sont introduits ce qui implique l’achat de véhicules et l’engagement de chauffeurs.

«Construire des infrastructures coût cher. Ne pas le faire coûte encore plus!»

Il n’est donc pas étonnant que la question des infrastructures demeure l’une des plus débattues. La proposition du Conseil fédéral d’injecter 1,68 milliard de francs pour participer à l’amélioration des infrastructures de transport de trente-six villes et agglomérations est donc la bienvenue.

Selon les chiffres présentés, la région Lausanne-Morges devrait recevoir 185,5 millions, soit 50 millions de plus qu’attendus. Quelque 47 millions sont attribués au premier tronçon du métro M3 (Ouchy-Chauderon, sur une facture totale de 134,2 millions) et 58,34 millions pour la prolongation jusqu’à Villars-Sainte-Croix du tram Flon-Renens (facture totale: 166,69 millions). Ces deux projets seraient financés, sous réserve d’un «oui» du Parlement, par le fonds d’agglomération existant. Cette subvention devrait également permettre d’éliminer le goulet d’étranglement autoroutier de Crisser. Le Grand Genève devrait obtenir près de 205 millions (7millions de plus qu’en consultation).

« Une course en avant, disent certains plus il y a de routes. Plus les automobilistes s’y engouffrent, plus il y a de moyens de transport, plus le nombre d’usagers augmente!» Les faits les contredisent. A Lausanne, par exemple, depuis la mise en service du M2 et d’un réseau multimodal entièrement repensé, le trafic automobile en centre-ville a diminué de 13%. Un résultat concret qui devrait encourager les édiles et la population à poursuivre le développement de tels projets en concertation et avec un enthousiasme constructif. Et que ceux qui n’ont comme seule proposition qu’un retour aux temps anciens (ont-ils seulement existé?) où les individus passaient l’entier de leur vie entre les trois rues du village, de l’école au temple en passant par les champs, s’interrogent sur le phénoménal «embouteillage intellectuel» qui immobilise leur esprit!

Massimo Simone, Rédacteur en chef                                    massimo.simone@chantiers.ch                                                                                                                  (paru dans le n°2.2014 de « Chantiers & rénovation », 19 mars 2014) 

La grande traversée!

Spécial machines 1Le plus grand rendez-vous mondial pour le secteur des machines de chantier et des équipements vient de fermer ses portes: ConExpo 2014 a produit son show à Las Vegas début mars. Au niveau suisse, c’est la Baumaschinenmesse de Berne qui tiendra les professionnels en haleine.

Par Massimo Simone

La houle de l’économie européenne et mondiale poursuit sa course. Le marché des machines de chantier en est affecté au niveau de sa stratégie industrielle. Les annonces de licenciements et de fermetures de sites de production ont encore touché le Vieux Continent en 2013. Néanmoins, les fabricants affichent leur optimisme et misent plus que jamais sur l’innovation pour traverser cette période incertaine.

Les nouvelles technologies ne sont déjà plus une nouveauté et sont désormais omniprésentes, qu’il s’agisse de gestion à distance d’un parc machines ou d’assistance au pilotage via GPS. Optimisation énergétique et recherche de la performance sont plus que jamais au cœur des développements, plus par souci économique que par conscience écologique. Le «green power» est néan- moins en action et si l’on regarde au-delà de l’habillage marketing on découvre de réelles avancées.

Dans ce même mouvement s’inscrit également l’essor d’un segment jusqu’ici peu mis en avant: les outils dédiés à la démolition. Les exigences en la matière sont de plus en plus hautes, en Suisse comme ailleurs. Aujourd’hui, on parle plus volontiers de décontraction que de démolition. La valorisation des matériaux issus de ces opérations prend une réelle ampleur et il convient d’avoir les engins et les outils les mieux adaptés. Ce n’est donc pas un hasard si lors de la dernière édition de ConExpo – le plus grand salon dédié à la construction de l’année 2014, qui s’est tenu du 4 au 8 mars à Las Vegas — un pavillon entier était consacré au thème de la démolition (recyclage et valorisation des matériaux de recyclage, promotion sûre et économiquement viable de la déconstruction, matériaux récupérables, outils dédiés, etc.).

Swiss made

Bien que le show de Las Vegas fut grandiose, nul besoin de traverser l’océan pour découvrir quelques-unes des dernières nouveautés. Dès le 18 mars en effet, les professionnels suisses ont rendez-vous à Berne pour la Baumaschinenmesse. Plus de 200 exposants présenteront leurs innovations et les tendances en matière de machines de chantier, de coffrage et d’accessoires.

Cette Foire est le lieu de rencontre national de la branche et s’impose comme la principale plate forme nationale d’échanges et de découvertes du secteur. Innovations et tendances seront révélées dans neuf halles et sur les espaces extérieurs sur un total de 80 000 m2.

Le domaine du coffrage en béton a, cette année encore, sa place au sein de la foire et il occupera même toute une halle à lui seul. Tous les grands fabricants seront là et ils présenteront les techniques actuelles de coffrage et de sécurité.

Baumaschinenmesse 2014
Parc d’exposition BernExpo, Berne                                                                                  Du 18 au 23 mars 2014                                                              www.baumaschinenmesse.ch 

Spécial machines 5Spécial machines 2Spécial machines 3

Musique de ville

FLON PEPINIERES, Lausanne

 

Flon Pépinières

Le projet Pépinières constitue une étape majeure de la mutation du quartier du Flon. Trois nouveaux bâtiments s’apprêtent à accueillir la Haute Ecole de Musique ainsi que divers espaces administratifs et de loisirs. 

Situé au cœur de Lausanne, le quartier du Flon constitue une référence pour la ville, tant sur le plan topomorphologique qu’en matière d’animation du centre de la cité. Ce quartier se distingue tout d’abord par sa situation: construit dans le lit de la rivière Flon, sur une plateforme artificielle érigée au-dessus du cours d’eau canalisé, il se caractérise par son plan orthogonal, d’une part, et par le niveau des toitures qui correspond parfaitement à la profondeur de la vallée, d’autre part. Ces deux niveaux de référence constituent, à ce jour, l’un des éléments emblématiques du site.

Depuis une quinzaine d’années, la mutation progressive de ce quartier en fait un lieu vivant et animé où le passé architectural à vocation industrielle côtoie une architecture contemporaine. Le quartier du Flon devient ainsi le nouveau centre lausannois, animé de jour comme de nuit, qui attire autant les jeunes que la curiosité des aînés par la diversité de son offre en matière d’affectations (commerces, restauration, divertissement, administration, formation, logements).

Ce quartier très urbain dispose d’un maillage de rues et d’espaces publics lui permettant de vivre et de fonctionner selon différents régimes d’usage: diurne, nocturne ou événementiel. Ce réseau viaire constitue également la permanence de ce quartier à travers son histoire.

Le projet prévoit trois bâtiments (A,B,C) reprenant les différents gabarits existants, s’insérant ainsi en douceur dans le tissu environnant. Le bâtiment A s’adosse au mur mitoyen de l’Ecole de Jazz existante (EJMA), et constitue son extension. Le bâtiment B reprend le gabarit des petites constructions de l’époque industrielle du Flon. Le bâtiment C, plus important, redéfinit le front sud de l’esplanade du Flon; il est le bâtiment majeur de l’opération, tant par sa position que par sa taille. Les alignements de ces trois volumes s’inscrivent dans le prolongement des fronts existants, tandis que les inflexions des rez-de-chaussée créent des zones d’entrée protégées devant les vitrines.

Le programme vise une grande mixité d’affectations dans l’esprit du nouveau quartier du Flon. Divertissement tout d’abord avec le bowling et la discothèque; culture et formation avec la salle de concerts et l’Ecole de Musique; restauration avec plusieurs bars et restaurants, au rez-de-chaussée et aux étages. Enfin, il sera pourvu de nouveaux espaces publics, les venelles, et d’une toiture-jardin, accessible au public, véritable poumon de verdure en contrepoint de l’esplanade minérale du Flon.

En trois temps

La réalisation des bâtiments présente divers défis. Commencé au début de l’année 2012, le chantier s’inscrit dans un secteur désormais très urbain, grouillant d’activités. Les bureaux, les commerces et les lieux de divertissement du Flon attirent une foule nombreuse à toute heure du jour et de la nuit. Garantir la sécurité du chantier est une priorité, assurer un accès et un espace de travail suffisants, des zones de stockage des matériaux et des engins est un défi permanent.

Il faut également tenir compte des éléments construits présents sur le site, notamment une importante conduite de chauffage à distance souterraine qui alimente tout le quartier et qui traverse le chantier. Celle-ci a été étayée, puis suspendue à un système de poutres durant la phase de terrassement. Les travaux spéciaux se sont faits essentiellement en parois berlinoises ancrées. Une attention particulière a été requise lors des interventions contre le sous-sol existant de l’EJMA (partielle reprise en sous-œuvre) et contre les parois du parking. Tous les sous-sols ont ensuite été réalisés en murs préfabriqués, l’étroitesse des espaces ne permettant pas un coffrage traditionnel.

Les trois bâtiments sont ensuite construits selon des modes très différents entre eux. Le bâtiment A, extension de l’EJMA, cache quelques complexités dans ses murs. Deux murs transversaux des étages supérieurs travaillant en voile permettent de s’affranchir de porteurs dans le volume de la salle de concerts.

Les façades se composent de murs béton intérieurs avec isolation périphérique extérieure. La salle de concerts du sous-sol ainsi que les salles de cours demandent une isolation phonique renforcée – notamment pour éviter les transmissions de vibrations dues aux équipements techniques placés dans le sous-sol voisin. Les instruments appellent à une ambiance parfaitement maîtrisée, tant au niveau des variations de température qu’en ce qui concerne le taux d’humidité.

Le bâtiment B, le plus simple, adopte un système piliers/dalles en béton avec une façade rideau métallique. Les modules de façade sont réalisés en atelier. Ils sont montés avec trois aplombs différents, avec une variation maximale de 70 centimètres, selon un rythme apparemment aléatoire. Ce jeu architectural symbolise un empilement de containers industriels en témoignage du passé du lieu. Cette variation de profondeur a imposé le démontage de l’échafaudage et un montage à l’aide de nacelles.

Elément destiné à devenir l’un des emblèmes du Flon, le bâtiment C est habillé d’une résille en béton fibré à ultra-hautes performances (BFUHP). Ces éléments préfabriqués sont supportés par des cadres métalliques dont la forme reprend le motif des alvéoles dont l’image globale veut rappeler le cordon boisé situé à l’arrière du bâtiment.

La conception des supports qui servent à suspendre cette façade est des plus complexes. Le treillis métallique est découpé en éléments de 2,50 mètres de large et couvrant, d’un trait, toute la hauteur du bâtiment à l’exception du rez-de-chaussée. Une fois assemblée, l’ossature est en mesure d’englober les deux larges escaliers extérieurs. Bien que la résille en BFUHP n’ait pas un poids très important, concevoir cette fine ossature métallique a été un vrai défi.

L’ossature du bâtiment est composée d’un système piliers/dalles en béton et d’une première peau en isolation périphérique. Le programme varié que le bâtiment est destiné à accueillir – bowling, discothèque, bar et restaurants – impose un usage judicieux de voiles béton et de précontrainte. L’isolation phonique de la discothèque est assurée par une enveloppe intérieure totalement désolidarisée. En toiture seront aménagés un bar ainsi qu’un jardin public arboré.

L’ensemble des bâtiments répond aux exigences du label Minergie. A noter que les installations techniques de chauffage et de ventilation sont centralisées dans le bâtiment B. • (Informations: Burkhardt+Partner SA, Implenia Entreprise Générale SA)

Principaux intervenants

Maître d’ouvrage: LO Immeubles SA, Lausanne (une société du Groupe Mobimo)

Entreprise générale: Implenia Suisse SA, Buildings Ouest, Renens

Planificateur général: Burckhardt+Partner SA, Lausanne

Ingénieurs civils: Ingeni SA, Lausanne

Ingénieurs CVSe: GB Consult SA, Lausanne

MCR/régulation: Paul Vaucher SA, Crissier

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Cœur urbain

Morâche Nyon 1Les Résidences du Parc, Nyon 

Au cœur de la ville, juste derrière la gare, le Plan de quartier de la Morâche prend enfin forme et permet la requalification de tout le secteur. L’ensemble d’immeubles dénommé «Les Résidences du Parc», qui offre plus de 130 logements, des commerces et des surfaces administratives, joue un rôle urbanistique important.

Par Massimo Simone

Avec près de 20 000 habitants, Nyon figure parmi les plus importantes villes du canton de Vaud. La pression immobilière de la région genevoise et le dynamisme économique romand ne sont pas sans effet sur l’ancienne colonie romaine. Ainsi, au cours de la dernière décennie, de nombreux projets d’envergure ont déjà étendu l’emprise urbaine de la cité. Cet élan ne faiblit pas et en ce moment même plusieurs centaines de logements sont en cours de construction. Si la ville s’étend vers les périphéries, c’est aussi en son cœur que la mue est perceptible. Ainsi le projet que nous présentons ici prend place en plein centre, juste derrière la gare.

C’est à la fin des années 80 déjà que sont esquissés les premiers concours pour un plan de quartier visant à redéfinir le secteur qui, au bas de la rue de la Morâche – axe principal qui depuis l’autoroute conduit au centre-ville – ressemble de plus en plus à un terrain vague à l’abandon. Le PLQ est adopté dans les années 90, mais il faut encore attendre pour que le foncier soit unifié et qu’une promotion donne réellement forme et vie au projet.

« les volumes s’articulent autour

d’un vaste parc central »

Le chantier s’ouvre en octobre 2011 et les premiers appartements sont livrés deux ans après. Les volumes s’articulent autour d’un vaste parc central qui sera aménagé par la ville. Il réhabilite le sentier du Cossy, chemin pédestre qui relie la gare aux hauts de la ville, et promet de devenir un agréable lieu de détente pour les habitants du quartier.

Les bâtiments 1, 2 et 3 font front sur la rue de la Morâche marquant l’urbanisation de la pénétrante. Le bâtiment 4 longe la rue du Ronzier, une traverse perpendiculaire. Le socle des immeubles est dévolu à des surfaces commerciales ou des activités ouvertes au public. On y trouve ainsi le magasin Hubacher Cycle, une école de danse, un fitness, La Poste, une épicerie fine qui fait aussi café, un centre médical et un centre de radiologie. En tête de composition, tourné vers la gare et la ville, le bâtiment 1 est entièrement aménagé en bureaux. Le reste des volumes est dédié à l’habitat, avec un total de 131 appartements, tous destinés à la vente.

Les appartements des bâtiments 2 et 3 ont leurs pièces de vie du côté de la rue. Les larges balcons peuvent être entièrement fermés par des panneaux coulissants en verre et se transformer ainsi en loggias. Les étages supérieurs jouissent de magnifiques vues sur le panorama, les Alpes et le Mont- Blanc. Par un jeu de facettes pratiquement imperceptible, mais ô combien complexe à mettre en œuvre, la longue façade suit la courbe de la rue. Les chambres bénéficient du calme offert par le parc.

Sur le haut de la parcelle, le bâtiment 4 est posé sur l’axe nord-sud. Là, ce sont les séjours et leurs loggias qui sont orientés sur le parc. A l’arrière, des jardins d’hiver – espaces fermés, isolés, mais non chauffés – protègent l’intimité des logements et agrandissent les volumes.

Vibrations

Le défi des concepteurs tient également à éviter l’effet de masse que les dimensions importantes du projet pourraient générer. Le traitement des façades est donc un chapitre essentiel.

Des bandeaux d’aluminium éloxé marquent les niveaux des dalles. Les façades sont habillées de verre. Une membrane composite – type Stamisol – est placée entre le verre et l’isolant. Cette superposition d’éléments donne à l’ensemble une profondeur visuelle et une sorte de «vibration». La position des fenêtres, non alignées, est un autre outil formel qui permet de décomposer la masse.

L’ensemble repose sur trois niveaux souterrains de parking. L’aménagement de ce dernier est le fruit d’un projet architectural spécifique: lumière naturelle, signalétique et marquages nets et ambiance générale soignée sont au programme. Fort de 260 places, il est équipé de sprinklers, de portes coupe-feu et d’un système de détection incendie. Des sorties mènent sur l’esplanade qui se veut un lieu vivant, ouvert au transit du public.

Une chaudière au gaz centralisée et des panneaux solaires en toiture produisent l’eau chaude nécessaire au chauffage et aux besoins sanitaires. Ces éléments, associés à la haute qualité de l’enveloppe, permettent à l’ensemble d’atteindre d’excellentes perfor- mances énergétiques.

 

Principaux intervenants

Maîtres d’ouvrage, promoteurs

Fransim SA, Neuchâtel Rytz & Cie SA, Nyon

Architectes

CCHE Architecture et Design SA, Lausanne

Entreprise générale

Steiner SA, Tolochenaz

Maçonnerie, béton armé

Induni & Cie SA, Nyon

Etanchéité

Cerutti & Cie SA, Genève

Morâche Nyon 19

Morâche Nyon 7Morâche Nyon 20 Morâche Nyon 5 Morâche Nyon 4 Morâche Nyon 2 Morâche Nyon 3

 

Unbreakable!

Editorial

massimo portrait 4La 40e édition de Swissbau a fermé ses portes il y a quelques semaines. Cinq jours durant, les professionnels et amateurs de Suisse et d’Europe ont découvert les dernières productions de l’industrie de la construction. Un monde en perpétuelle évolution, au sein duquel est présente une sorte de force transcendante, une réelle confiance en à l’avenir. Les produits sont inventés, améliorés, développés, transformés. Des solutions innovantes sont mises en lumière. Le thème du développement durable est chanté à l’unisson, si haut que l’on n’imagine même pas comment l’humanité pourrait faillir à l’accomplissement de cette nouvelle mission universelle.

Avec un chiffre d’affaires estimé à 58 milliards de francs, le secteur de la construction en Suisse continue d’évoluer à un niveau record. La conjoncture du pays est globalement très positive et le chômage reste marginal. Unbreakable! Incassable! Avec une assurance quasi hollywoodienne, l’économie suisse sourit de toutes ses dents alors que les voisins européens tirent encore la langue.

Parlons-en de nos voisins européens. Nous en avons rencontré à Bâle. Nous en croisons tous les jours à Lausanne, à Genève et dans toute la Suisse romande. Ils nous envoient leurs CV (souvent très bons), leurs dossiers de candidature, leurs offres spontanées. Beaucoup rêvent de trouver du travail dans cet eldorado alpestre qu’est à leurs yeux notre pays. Les entreprises européennes s’investissent aussi. Nombreuses étaient celles présentes à Bâle et la qualité de leurs produits en a sans doute séduit plus d’un.

Quelques jours après Swissbau, arrive le rendez-vous annuel de la Fédération Infra. Là encore, l’humeur est à la célébration. Le thème? «Romandie… le vent en poupe!» Plus de deux cent professionnels romands se donnent des tapes dans le dos, se félicitant mutuellement du dynamisme de la région, de l’excellence de ses hautes écoles et de la beauté des projets réalisés. Encore une fois le même sentiment pré- vaut: confiance!

« que celui qui pense être debout

prenne garde de ne pas tomber! »

L’apôtre Paul nous sermonne dans la première Epître aux Corinthiens: «Que celui qui pense être debout prenne garde de ne pas tomber!». Mais cette attitude frileusement calviniste semble nous avoir abandonnés. Pour l’heure, c’est la positive attitude qui prime, la méthode Coué. Unbreakable, nous répétons-nous à l’envi, souhaitant intimement, et peut-être inconsciemment, qu’une force protectrice suprême ne nous abandonne pas.

Unbreakable? Pas si sûr. Ceux qui sont sur le terrain de la négociation – politique ou économique – ou simplement en concurrence internationale sur un quelconque marché d’un chantier romand vous le diront. Pour défendre son bifteck, il faut de solides arguments techniques, des produits de haute qualité, un réseau étoffé et des prix concurrentiels. Pour que les entreprises suisses poursuivent leur belle chevauchée, elles ne peuvent se permettre de se reposer sur leurs lauriers.

Plus que dans l’auto-célébration, leur énergie doit être mise dans le développement, l’innovation, la communication et la formation continue.

Les ingénieurs défendent leur image!

Interview 

interview Ingeni 1

Les développements architecturaux actuels donnent un rôle croissant aux ingénieurs. La profession ne cesse d’évoluer mais souffre encore d’un certain déficit d’image. Nous en avons parlé avec deux des cinq associés de Ingeni SA, l’un des plus importants bureaux d’ingénierie structurale de Suisse romande. Nos interlo- cuteurs, Gabriele Guscetti et Marco Bosso, sont également actifs dans l’enseignement ainsi que respectivement membre du comité central de la SIA et membre du comité de la SIA Vaud.

Propos recueillis par Massimo Simone 

Aux yeux du grand public, l’activité de l’ingénieur se limite souvent à l’exécution de calculs et de vérification «L’ingénieur est celui qui contrôle que ça tienne!», vous répondront la plupart des gens.

Si la définition n’est pas fondamentalement fausse, elle n’en demeure pas moins fortement réductrice. Le rôle des ingénieurs est bien plus vaste. Soutenus également par les tendances architecturales actuelles, les ingénieurs sont de plus en plus souvent assis aux côtés des architectes dès les premières esquisses d’un projet, participant avec prépondérance à la conception des ouvrages.

Malgré leur évidente et objective importance dans le processus de construction et malgré leur rôle croissant au moment même où les projets se complexifient, la visibilité des ingénieurs reste souvent un cran en dessous de celle d’autres professions. Ces derniers temps, les ingénieurs – via les associations professionnelles et notamment la SIA – s’activent à l’amélioration de leur image. Loin d’être une simple question de vanité ou de poursuivre un frivole rêve de gloire, cette volonté se fonde sur des motivations bien concrètes. En effet, le relatif manque de reconnaissance de la profession peut avoir de graves conséquences. Nous en avons parlé avec Gabriele Guscetti et Marco Bosso. Le premier a été élu membre du comité de la SIA le 9 novembre dernier. Le second est membre du comité SIA Vaud et du comité CRB Suisse romande. Ils sont tous deux actifs dans l’enseignement tant à l’EPFL qu’à l’Ecole d’ingénieurs et architectes de Fribourg. Avec leurs trois autres associés – Mario Fellrath, Yves Tournier et Jérôme Pochat – ils sont à la tête de l’un des plus grands bureaux d’ingénierie structurale de Suisse romande, Ingeni SA, qui emploie quelque quatre-vingts collaborateurs.

Chantiers & Rénovation (C&R): Comment expliquez-vous le déficit d’image des ingénieurs?
Marco Bosso (MB): Je pense que c’est historique. Au début, il n’y avait que des bâtisseurs. Puis la profession s’est divisée en trois: architectes, ingénieurs et constructeurs. Puis les ingénieurs se sont spécialisés de plus en plus et on fini par travailler chacun de leur côté. L’amour du détail nous a fait perdre la vision globale. Difficile de donner une image forte de la profession dans ces conditions!

Gabriele Guscetti (GG): Les ingénieurs font partie intégrante de l’histoire de la construction. Dans l’enseignement et dans la pratique quotidienne, nous devons constamment être imprégnés de cette vaste culture de la construction. Si nous discutons d’un projet avec un architecte et que nous étayons l’analyse avec des références historiques par exemple – «Mies van der Rohe s’était trouvé dans la même situation sur tel et tel bâtiment et il avait résolu avec telle ou telle solution…» –, la collaboration devient bien plus profonde. Il ne s’agit pas seulement de savoir si un certain poteau doit mesurer 20 cm ou 25 cm. Il s’agit de comprendre la structure du bâtiment, sa logique, sa cohérence avec l’architecture et de savoir comment elle va vivre et s’exprimer dans le temps. L’ingénieur n’est pas un calculateur, c’est un concepteur!

«l’ingénieur n’est pas un calculateur, c’est un concepteur»

C&R: Ce qui ne simplifie pas la valorisation…

MB: Effectivement! Quel prix donner à une idée? Comment évaluer le processus et la réflexion qui mènent à un concept? Le calcul des honoraires reste la plupart du temps figé sur le modèle du pourcentage du coût.

GG: Ce que nous avons réalisé lors de la transformation de l’abri de la Madeleine en est une bonne démonstration. Le pro- jet initial prévoyait d’importants renforcements, une intervention d’ingénierie lourde et complexe. Puis, à force de réflexion, nous avons trouvé une solution qui a permis de simplifier à l’extrême l’intervention: nous avons évacué les tonnes de terre qui couvraient l’ouvrage, rendant ainsi superflu tout renforcement structurel. Mieux, cela a permis de créer de nouveaux espaces et donc d’améliorer grandement le projet en faisant d’énormes économies. Mais le coût des travaux d’ingénierie a été fortement réduit. Devons-nous être rémunérés au pourcentage de ces coûts ou sur la valeur ajoutée que nous avons insufflée au projet?

MB: Néanmoins, de telles interventions créent une valeur à long terme. Les relations avec les maîtres d’ouvrage et les architectes en sortent renforcées et la confiance se pérennise.

C&R: On rencontre de plus en plus souvent des groupements de mandataires. La tendance du «chacun dans son coin» est-elle en train de disparaître?

GG: Oui, elle disparaît par la force des choses, les projets devenant de plus en plus complexes. Au-delà des projets, je constate effectivement que depuis une dizaine d’années l’évolution est positive. La création de la faculté ENAC à l’EPFL, qui a regroupé les anciens départements d’architecture, de génie civil et de génie rural, a favorisé cette nouvelle approche. C’est aussi un phénomène sociétal; les hiérarchies sont moins strictes que par le passé, les organigrammes deviennent de plus en plus horizontaux. De plus, à l’heure actuelle, grâce aux réseaux sociaux, nous sommes tous connectés les uns aux autres. L’idée du travail en équipe semble donc évidente. L’importance d’une culture vaste n’en devient que plus notable.

C&R: On remarque aussi une évolution dans la taille et dans la forme des bureaux d’ingénieurs. Vos anciens bureaux respectifs ont par exemple fusionné en 2010.

MB: Oui, quelques bureaux ont pris de l’ampleur. La création d’Ingeni SA, par la mise en commun de nos ressources et com- pétences, nous permet de mieux répondre à la demande du marché et de nous adapter aux nouvelles technologies tout en assurant qualité et efficacité. La question du nom découle d’une profonde réflexion. Les noms propres des associés ont cédé la place à une «marque». Il y a une idée d’identification à l’entreprise et non à la personne. C’est aussi une manière de valoriser les collaborateurs; ils «sont» tous Ingeni.

GG: La taille n’est pas importante en soi, être le «plus gros bureau» n’est pas un objectif. Cela permet néanmoins d’avoir une plus grande souplesse sur certaines affaires ou de pouvoir créer des équipes qui vont pousser le développement d’un projet ou optimiser une solution.

C&R: L’informatique a-t-elle révolutionné la profession?

GG: Pas de manière fondamentale. C’est sûr que nous ne travaillons pas aujourd’hui comme on le faisait il y a quinze ans. Tout est calculé beaucoup plus vite. Tout est plus détaillé. Le risque est de trop se fier à la modélisation informatique. Quelques accidents majeurs, comme celui de l’effondrement d’une partie du toit de l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle en 2004, ont mis en évidence le problème. Si concepteurs et vérificateurs utilisent les mêmes logiciels et les mêmes modèles, ils peuvent passer à côté de questions importantes. De notre côté, nous cherchons à ne pas oublier le concept de base d’un projet, les grands principes. La maquette première doit avoir une harmonie et une cohérence. Je compare souvent la structure d’un bâtiment au corps humain. Si nous nous mettons dans une position inconfortable ou extrême, ce n’est pas sain, il y a un risque de rupture.

C&R: Quels sont les développements tech- niques les plus significatifs de ces dernières années?
MB: L’architecture actuelle donne une grande place aux aspects structurels. Il y a un certain épanouissement dans les formes, ce qui impose le développement de détails techniques complexes. Les interconnexions entre différents matériaux, par exemple, représentent un domaine d’exploration. Nous collaborons avec l’EPFL et les HES pour réaliser des essais, affiner et vérifier des concepts.

GG: L’utilisation des murs voiles en béton connaît un essor certain. Lorsqu’on met à nu la structure cela ressemble parfois à un château de cartes! Calculer une telle structure et réussir à lui donner une harmonie est un challenge passionnant. Aujourd’hui, même une villa peut être compliquée.

MB: Nous aimons également entrer en contact le plus rapidement possible avec les entreprises qui vont réaliser les travaux. Ce dialogue précoce est souvent très fructueux.

C&R: Vous êtes tous deux actifs au sein de la SIA. Quels sont les dossiers chauds du moment?
MB: Il y a une nécessité de clarifier certaines pratiques dans les appels d’offres des marchés publics. L’observatoire des marchés publics mis en place à Genève fonctionne plutôt bien depuis plusieurs années. La SIA Vaud a égale- ment son observatoire (OVMP) depuis début 2013. Le but est de donner des pistes pour que la concurrence soit plus saine dans le cadre du marché privé. Il s’agit encore une fois de sensibiliser les décideurs à l’importance de l’étude, à la valorisation du concept. La manière d’évaluer ces paramètres dans une offre n’est pas des plus simples. Néanmoins, favoriser les phases préliminaires des études permet d’éviter des imprévus et des coûts supplémentaires en cours de réalisation.

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