La voie royale

Transformation – Hôtel Royal Savoy, LausaRoyal Savoy 1nne

Après plus de quatre ans de travaux, le prestigieux hôtel Royal Savoy s’apprête à rouvrir ses portes. Un investissement de 100 millions a permis de remettre à neuf le bâtiment historique et de construire une nouvelle aile forte de 95 chambres ainsi qu’un centre de conférences et un centre de bien-être. Les premiers clients sont attendus en juin prochain.

Inauguré en 1906, l’hôtel Royal Savoy fut longtemps le symbole du prestige lausannois. Grâce à sa magnificence architecturale et sa tradition hospitalière à l’instar des premiers palaces suisses, il attira l’aristocratie et les personnalités de renom. Ainsi, pendant de nombreuses années, la famille royale d’Espagne fit de cet hôtel sa villégiature d’exil alors que le roi de Thaïlande y passa sa prime jeunesse. D’autres noms illustres figurent dans le livre d’or, parmi eux: la reine Fabiola de Belgique (entre 1940 et 1943, 1997), le prince Victor Emmanuel de Savoie (1993), Carl Lewis, champion olym- pique américain sur 100 mètres et de saut en longueur (1987) ou encore la légende du football brésilien Pelé (1997). Dans un style Art nouveau et néobaroque, l’hôtel avait été magnifiquement agencé avec les matériaux les plus nobles et devint rapidement un élément essentiel du patrimoine historique lausannois.

Propriétaire du lieu qu’il a racheté en 2007, le groupe Katara Hospitality Ltd permet à l’hôtel Royal Savoy de renouer avec sa gloire d’antan et d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire hôtelière lausannoise. En un premier temps, le bâtiment a été entièrement mis à nu afin d’évaluer au plus précis l’état de la structure. Une première phase de renforcements a été réalisée dans la foulée. Puis le projet est resté quelque peu en stand-by avant d’être entièrement revu et enrichi.

Le programme définitif comprend l’assainissement complet de l’ancien bâtiment avec la définition des nouvelles typologies (101 chambres et suites), la construction d’un nouveau bâtiment fort de 95 chambres ainsi que d’un bâtiment de liaison permettant la création d’un vaste centre de conférences et de banquets ainsi que d’un spa de 1500 m2. Le chantier est actuellement dans ses phases finales, l’ouverture officielle étant fixée au 1er juin prochain.

Royal Savoy 4Lourd héritage                                                      Le caractère historique des lieux donne à l’hôtel une aura particulière. La bâtisse possède une puissance et une élégance d’un autre temps. Le corps central en relief, les deux ailes symétriques, la grande arcade s’ouvrant sur le jardin, la tour et les tourelles, la salle de bal et le jardin d’hiver: tout concourt à l’évocation de la Belle Epoque. L’édifice est classé avec la note de 2 à l’inventaire des monuments historiques.

La maçonnerie d’origine est globalement saine et les dalles à nervures remplissent leur fonction. Elles opposent néanmoins quelque résistance au moment de supporter le nouveau programme. Les réseaux nécessaires au confort attendu d’un établissement hôtelier actuel dialoguent mal avec cette stucture irrégulière, les nervures tantôt longitudinales tantôt transversales n’en facilitant pas le traçage. Les équipements et les charges à reprendre sont également sans commune mesure avec les standards de 1906; à l’époque, par exemple, on ne compte que deux salles de bains par étage! Aujourd’hui, chaque pièce est dotée de tout le confort et la charge minimale admise est de 300 kg/ m2. Les renforcements ponctuels des planchers réalisés au moment de la première mise à nu s’avèrent aujourd’hui peu rationnels et requièrent un effort de planification supplémentaire, notamment en ce qui concerne le passage des gaines de ventilation et les impératifs de protection contre le feu.

Les exigences du réaménagement sont confrontées à l’hétérogénéité de la structure existante. Ainsi, dans l’aile ouest, la présence de la salle de bal du rez-de-chaussée et de quelques salons et salles de conférences au premier étage rompt la relative conti- nuité statique dessinée par les chambres des étages supérieurs. Afin d’assurer la reprise des charges des nouveaux aménagements, les planchers des étages sont suspendus à la charpente de toiture.

 « le lobby central qui jouit d’une hauteur sous plafond de près de huit mètres »

Le rez-de-chaussée offre de beaux volumes, spécialement dans le lobby central qui jouit d’une hauteur sous plafond de près de huit mètres. De part et d’autre trouvent place le restaurant principal et sa «show kitchen», le jardin d’hiver et le grand salon. Afin de desservir les étages, deux ascenseurs clients et trois ascenseurs de service sont installés. L’escalier principal retrouve toute son élégance.

Dans les six niveaux supérieurs sont aménagées 101 chambres dont 13 suites. La plus grande d’entre elles, la suite présidentielle, se trouve au quatrième étage. En plus d’un siècle d’existence, le bâtiment et le terrain ont subi passablement de mouvements. Les concepteurs relèvent jusqu’à 17 centimètres de dénivelé entre les deux extrémités de l’édifice et la largeur du couloir principal présente elle aussi nombre d’irrégularités. Le dessin articulé du nouveau faux plafond, l’alignement de la hauteur des portes, les nouveaux habillages des parois ainsi que l’éclairage indirect permettent de pallier subtilement ces imperfections sans recourir à une chape nivelante dont le poids s’avérerait rédhibitoire.

Historiquement dévolus au personnel, les volumes sous les combles acquièrent une nouvelle valeur et permettent d’aménager des chambres à grand cachet. En toiture, la nouvelle Sky Terrace pourra accueillir une soixantaine de convives et, avec sa vue spectaculaire à 360°, promet de devenir l’une des adresses les plus prisées de la ville.

Royal Savoy 12Nouvelle ère                                  Au cœur du parc, le nouveau bâtiment totalise 95 chambres. L’attique – réalisé en structure métallique – sera aménagé en un vaste penthouse de plus de 400 m2 unique en son genre à Lausanne. Dans les niveaux inférieurs trouve place un spa de 1500 m2. Il comprend une piscine intérieure et extérieure, un fitness, un espace «private spa», des salles de soins et une zone réservée aux dames. Les choix constructifs sont usuels et fonctionnels. Les formes fluides dialoguent avec la végétation séculaire. Les trois niveaux souterrains contiennent les nombreuses installations techniques liées aux équipements du spa et au confort des chambres. Un soin particulier est apporté à distancer les installations de ventilation de celles de traitement des eaux.

Entre les deux bâtiments, un volume bas assure la liaison et abrite une partie du spa
et le nouveau centre de conférences et de banquets. Avec une surface de près de 600 m2, libre de porteurs, et la possibilité de subdiviser les espaces en plusieurs salles ou d’y adjoindre les salons et salles de réunion du rez-de-chaussée et de l’étage, il promet de devenir un site de choix pour les manifestations d’affaires ou privées. C’est aussi dans ce nouveau volume que sont concentrées les installations techniques (monoblocs, boilers, etc.) du bâtiment principal. Le complexe est relié au réseau de chauffage à distance de la ville. Les ballons pour l’eau chaude installés sont quelque peu sur-dimensionnés afin de parer à une éventuelle panne sur le réseau. Une paroi clouée sous la façade principale du bâtiment existant a été nécessaire à la réalisation de la fouille.

Entre ancien et nouveaux bâtiments, l’ensemble ainsi créé totalise environ 21 000 m2 de surface brute de plancher. L’ouverture de l’hôtel est fixée au 1er juin prochain. Environ 300 emplois vont être créés. L’investissement total est de 100 millions.

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Histoire sans histoires

massimo portrait 4A lire dans le n°1.2015/528 qui vient de paraître!

La cathédrale de Syracuse, en Sicile, est un édifice fascinant à plus d’un titre. Alors que des découvertes archéologiques mettent en lumière les traces d’un autel datant du VIIe siècle av. J.-C., c’est surtout un ancien temple grec de style dorique construit au Ve siècle av. J.-C. qui donne au lieu son caractère unique. Dédié à Athéna – déesse de la guerre, de la sagesse, de la stratégie militaire, des artisans, des artistes et des maîtres d’école –, il est le lieu sacré le plus important de la ville qui, durant sa longue période hellénistique, rivalisa avec les plus grandes cités de l’époque.

Le temple est ensuite utilisé par les Romains, qui remplacent Athéna par Minerve. Lorsque l’empire se scinde, ce sont les Byzantins qui le transforment en église et y imposent leur style. Viennent ensuite les conquêtes musulmanes et le lieu se mue en mosquée. Au tournant de l’an 1000, ce sont les Normands qui donnent à la cathédrale un air majestueux et austère à la fois. Plus tard, après le grand tremblement de terre de 1693 et sous la domination espagnole, l’édifice se pare de la richesse baroque. Aujourd’hui, alors que l’église est toujours en fonction, les traces de toutes ces époques sont visibles. Les neuf colonnes grecques, puissantes et élégantes, en place depuis plus de 2500 ans, soutiennent la nef centrale et font forte impression. Du classicisme le plus pur, de la rigueur nordique, des ornements orientaux, du baroque flamboyant: l’histoire de l’humanité semble concentrée en ce lieu!

Outre le fait, notable du point de vue historique, que la cathédrale de Syracuse surgisse sur un site revêtant une fonction religieuse et sacrée depuis bientôt trois millénaires, le bâtiment nous offre une autre clé de lecture. Chaque époque y a imposé son style. Peu enclines à la conservation, les civilisations anciennes étaient toujours à la pointe de la modernité! Sûrs de leurs forces, de leurs valeurs et de leur style, les bâtisseurs du passé ne cherchaient pas à imiter leurs prédécesseurs ou à singer une époque antérieure. Le style le plus en vogue au moment de la construction était systématiquement appliqué. Nombre de chefs-d’œuvre antiques en ont sans doute fait les frais. Néanmoins, quelle assurance de la part de ces constructeurs!

« conservatorite aiguë »

D’aucuns aiment y lire un excès de confiance en soi ou un outil de propagande du pouvoir en place. D’autres y voient une recherche d’idéal, une course perpétuelle vers le mieux, le plus beau ou le plus juste.

Bien des projets actuels se heurtent à des montagnes d’oppositions. Des coalitions de citoyens se forment pour défendre des portions de passé idéalisées ou simplement pour empêcher des constructions souvent jugées comme étant «trop modernes». Certains semblent objectivement souffrir de «conservatorite aiguë»! Conserver un bâtiment sans intérêt pour la seule raison qu’il a été construit il y a un certain nombre d’années n’est pas un critère. La tendance à idéaliser le passé et à se montrer réfractaire à la modernité et au changement a sans doute plus à voir avec un manque de confiance en l’avenir et en une pauvreté de valeurs à transmettre qu’avec un amour pour l’histoire.duomosiracusainterno

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BIM: bientôt le boum!

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Le BIM — acronyme de «Building Information Modeling» — s’implante, peu à peu. Une approche numérique qui va au-delà de la simple utilisation d’outils informatiques et introduit le secteur de la construction dans une nouvelle ère.

La technologie devance la pratique. Nous vivons à l’ère d’Internet et des réseaux. Les anciennes hiérarchies tendent à s’effacer. Collaboratif, voici le nouveau mot d’ordre. Interagir, décloisonner… «think out of the box». La Toile ne cesse de grandir et modifie nos modes de penser. Se connecter, aller plus loin, mettre en lien nos idées, nos projets et nos actions avec des milliers d’autres. A cette tendance de fond s’en ajoute une autre: le souci grandissant envers l’écologie et l’économie. En d’autres mots, la gestion des ressources, matérielles, énergétiques et financières.

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Le monde de la construction n’y échappe pas. L’architecte tout-puissant cède sa place à des équipes pluridisciplinaires de mandataires qui travaillent ensemble dès les  phases d’avant-projet. Des spécialistes d’horizons divers rejoignent ces teams, ponctuellement pour résoudre telle ou telle situation, ou durablement pour influencer l’identité des concepts. Les entreprises générales, puis totales, renversent les organigrammes usuels. Les documents sont produits et diffusés à d’innombrables canaux. L’exigence d’efficacité se fait de plus en plus importante, tenant compte de la provenance et de la nature des éléments utilisés pour la construction, de la manière dont ils seront mis en place et de comment ils vont évoluer, être entretenus ou transformés tout au long de la durée de vie de l’ouvrage. Poussant le raisonnement jusqu’au bout, la déconstruction fait maintenant partie de la réflexion. Effort quasi métaphysique pour le concepteur que de planifier l’élimination d’un bâtiment alors qu’il n’est pas encore construit! Qui donne la vie, donne la mort…

«mode collaboratif»

Ce vaste processus implique de plus en plus d’acteurs provenant des milieux les plus divers. Pour canaliser le flux d’informations et permettre les réflexions communes, des outils sont nés. Des premiers serveurs aux plateformes les plus actuelles, ces instruments ont inondé les bureaux des concepteurs de promesses, et de nouveaux problèmes à résoudre. Non des moindres: celui du format des documents numériques. Rappelez-vous de ces plans produits par l’ingénieur sanitaire grâce à son logiciel spécialisé et qui ne pouvaient finalement être utilisés par personne. Si les tâtonnements des premières années du DAO nous semblent bien lointains, tout n’est pas résolu.

Bien sûr, toutes ces technologies font aujourd’hui partie de notre quotidien et rares sont ceux qui les perçoivent comme étant une contrainte. Toutefois, elles constituent de nouveaux cadres pour les concepteurs.

CHR 9_special planification 3Mieux, plus vite et moins cher                                                                L’approche numérique de la conception du bâtiment constitue un moyen de stimuler la créativité de l’architecte dans un cadre financièrement maîtrisé. La même efficacité trouve son application au stade de la construction et de l’exploitation. Plus qu’une «simple» maquette numérique, la méthode BIM vise une modélisation complète de l’ouvrage, dès les premières phases de conception jusqu’à la construction, l’exploitation et la déconstruction, tout en garantissant la maîtrise technique, économique et énergétique dans un mode collaboratif.

Après une lente montée en puissance, le concept de modèle numérique au service de la construction est désormais mature. Les architectes et autres acteurs du secteur sont globalement conscients de la nécessité d’utiliser les outils et méthodes BIM afin de renseigner les informations techniques, économiques, réglementaires d’un projet de construction ou de rénovation. Tout est désormais en place pour que le BIM permette à la filière de construire mieux, plus vite et moins cher.

Dans les principaux pays industrialisés, on enregistre une réelle émulation autour de cette nouvelle manière de travailler. En Suisse, son introduction demeure freinée. Selon Jobst Willers, président du groupe professionnel Technique de la SIA, cela est notamment dû à des obstacles organisationnels rigides. «La responsabilité des grands projets de l’industrie pharmaceutique dans la région de Bâle, par exemple, a été confiée à des bureaux d’ingénieurs allemands, dit-il dans un récent communiqué de la SIA, ne laissant à leurs homologues suisses que l’option de postuler comme sous-traitants. Ce manque de réactivité est dû à des modes d’organisation rigides, associés à une pénurie aiguë de spécialistes qualifiés.» Les atouts du BIM pour les architectes et ingénieurs suisses, qui bénéficient globalement d’une bonne réputation internationale, sont nombreux et participent à une modernisation du secteur. Le processus de construction devient de moins en moins empirique et les méthodes plus standardisées. Tout le secteur doit en obtenir un gain en efficacité et en image. A travers les BIM sont impliqués plus intensément non seulement les concepteurs et différents bureaux techniques mais également les entreprises de construction elles-mêmes. D’aucuns appellent à la création d’une norme mondiale, neutre et open, permettant l’interopérabilité des échanges de données entre applications métiers, tel le standard IFC.

Rendez-vous au sommet

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Du 22 au 25 janvier prochain, les professionnels de la construction ont rendez-vous à Lucerne pour une édition de la foire Baumag très attendue. Quelque 200 exposants prendront place dans un centre de foires rénové et agrandi.

La 17e édition de Baumag ouvre ses portes le 22 janvier prochain. L’offre est attrayante. Malgré une surface d’exposition agrandie, il ne reste même pas une petite place au Centre de Foires de Lucerne!

Environ 200 exposants sont attendus, des leaders du marché aux acteurs régionaux. L’occasion pour tous de présenter les dernières nouveautés, les produits et les services, avec un accent particulier sur l’innovation et les besoins spécifiques du marché suisse. L’espace extérieur de démonstration est toujours très fréquenté.

La nouvelle gare du S-Bahn, directement connectée au centre de foires offre le plus grand confort aux visiteurs; une invitation à utiliser les transports en commun.

Attractions                                                                                                                     Un point fort de cette édition est le secteur spécialement dédié à la démolition et au sciage du béton. De nombreux exposants y présenteront machines et appareils spécifiquement développés pour ce domaine en pleine expansion. L’Association Suisse des entreprises de Forage et de Sciage du béton est le partenaire principal de l’exposition.

«les besoins spécifiques du marché suisse»

L’école des maçons de Sursee s’associe à la manifestation en organisant la sélection qui désignera les candidats pour le concours mondial de 2017 à Abu Dhabi.

Différentes animations sont également organisées pour tester les capacités et compétences des visiteurs, tels des concours d’adresse aux commandes d’excavatrices, avec de nombreux prix à la clé. •

Informations:                                                                                                              Baumag 2015                                                                                                               Foire suisse des machines de chantier                                                                             Du 22 au 25 janvier                                                                                                        Centre de Foires de Lucerne                                                                     www.baumaschinen-messe.ch

La vie au centre

Le Nouveau Prieuré, Chêne-Bougeries                                                                    Issu d’un concours d’architecture primé en 2004, le projet du Nouveau Prieuré fait cohabiter sur un même site des habitations pour personnes âgées et polyhandicapées, des appartements locatifs, une résidence pour étudiants, une crèche, une salle polyvalente ainsi qu’un restaurant.

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Fondé en 1872 par le Docteur Butini-de-la-Rive et son épouse, l’Hospice du Prieuré est devenu, dès 1910, une infirmerie pour patientes souffrant de maladies chroniques. Ce n’est qu’à partir de 1992 que les hommes y sont admis. Situés sur le plateau de la Gradelle, au cœur de la commune de Chêne-Bougeries, l’EMS et les terrains voisins sont propriété du BCAS (Bureau Central d’Aide Sociale). Celui-ci met sur pied en 2004 un concours d’architecture afin de construire un nouvel EMS de 144 lits. Le potentiel du terrain et la vision du maître d’ouvrage vont fédérer d’autres partenaires, à savoir la Fondation Clair Bois ainsi que la Commune de Chêne-Bougeries. Le projet prend ainsi de l’ampleur et s’enrichit de 24 appartements locatifs, d’un centre d’accueil pour polyhandicapés fort de 24 lits, de 14 studios, de 10 chambres pour étudiants ainsi que d’une crèche pouvant accueillir 60 enfants. S’ajoutent à cette énumération, une salle polyvalente, un salon de coiffure, un restaurant, un kiosque ainsi que tous les équipements spécifiques à chaque entité, tel un bassin d’aquathérapie, des salles Snoezelen.

Ce n’est pas là une simple juxtaposition de programmes qui est réalisée. Il s’agit en effet de développer un projet novateur, qui veut passer du modèle hospitalier et hôtelier de «l’EMS, lieu de soins» à celui de «l’EMS, lieu où l’on prend soin» avec, au centre des démarches, la conviction que «chaque personne est chez soi et a droit au respect de son autonomie et de sa liberté tout en se réalisant, comme être social, en interaction avec les autres». Et qui dit interaction, dit ouverture. C’est ainsi que le projet développe une vision commune tout en tenant compte des besoins spécifiques de chacun. Intégrer l’EMS et la Fondation à la vie quotidienne du quartier en faisant se côtoyer les générations en est l’idée clé.

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La chambre, la place, la ville                                                                                             Le concept architectural traduit parfaitement ces intentions. L’ensemble du programme est distribué dans trois corps de bâtiment reliés à une place centrale. Celle-ci, en partie couverte et fermée, abrite en son cœur un large patio ouvert et arboré. Les trois bâtiments ont des dimensions et des hauteurs différentes. L’orthogonalité de leur plan est marquée par de légères cassures mettant l’alignement des façades en relation avec les constructions voisines et les percées visuelles des alentours. Les cheminements du quartier traversent le site. Le restaurant, le salon de coiffure et la crèche ainsi que les appartements en location libre sont autant d’éléments d’ouverture qui permettent à l’EMS de ne plus être un lieu renfermé sur lui-même mais, au contraire, de devenir un composant actif de la vie urbaine.

Les jardins, délimités par une enfilade de lames de béton teinté, se connectent aux parcs environnants, vers les bâtiments voisins ou l’école, tout en offrant un cadre rassurant pour les résidents.

L’organisation interne de l’EMS s’inscrit dans cette même lignée. Les résidents sont accueillis dans des appartements, deux sur chaque palier, qui regroupent huit chambres autour des espaces de séjour et salle à manger à la manière d’une colocation. Les chambres, toutes individuelles, avec salle de bain privative, assurent confort et intimité à chacun.

La construction du bâtiment A (R+6, EMS 96 lits), aujourd’hui terminée, a commencé en été 2011. Ceci a permis de transférer les résidents de l’ancien EMS dans les 96 premières chambres réalisés, puis de démolir le bâtiment existant. C’est aussi là que sont placés le restaurant et la crèche, qui, quant à elle, sera mise en service dès l’été 2015.

Le chantier se poursuit actuellement avec le lancement des travaux d’installation et de second œuvre dans le bâtiment B (R+5, EMS 48 lits, 24 appartements locatifs) et le début de la construction du bâtiment C (EPH 24 lits, 14 studios, 10 chambres pour étudiants).

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Module, méthode et variations                                                                                          La multiplication des partenaires et des fonctions pourrait faire craindre pour la cohérence architecturale de l’ensemble. Les concepteurs ont fait face avec maestria à ce défi en créant un module de façade qui identifie le projet et répond aux besoins divers des utilisateurs. C’est en plus une solution technique originale et rationnelle pour une construction de qualité.

L’élément de base de ce concept est une sorte de caisson en béton (un U en plan et en coupe) dont le dos constitue le mur de façade. Sa profondeur est de 90 centimètres et il s’élève sur une hauteur d’étage. Les éléments s’empilent les uns sur les autres sur la tranche latérale et sont posés en damier, un plein alternant avec un vide.

Chaque chambre s’inscrit dans ce double module plein/vide. Dans le creux de l’élément en béton, du côté intérieur, se nichent les armoires. La partie vide est fermée d’un vitrage et l’espace entre les modules se transforme en loggia ouverte. L’épaisseur de la façade forme un cadre solide, sécurisant et protecteur pour les résidents. Leur intimité et privacy sont préservées, l’ouverture vers l’extérieur est généreuse. Cette façade, lourde et porteuse, est en réalité ouverte sur près de la moitié de sa surface.

Un module en béton préfabriqué est donc l’élément fondamental de la composition. Il porte le bâtiment (les dalles y sont liées horizontalement par des consoles isolantes); il constitue son enveloppe et son identité (le béton teinté dans la masse est apparent en façade); il structure la typologie intérieure (la dimension des chambres, les ouvertures, les balcons, les armoires s’y inscrivent); il symbolise la fonction de l’EMS (solide, protecteur, enveloppant, accueillant et chaleureux); il unifie un projet multiple (répété et adapté, il répond aux exigences diverses inscrites au programme).

C’est aussi un concentré de technique. Il incorpore le store électrique, un éclairage de balcon, la pente d’écoulement et le dégorgeoir ainsi que les fixations du grade-corps. La préfabrication garantit le haut niveau de précision indispensable ici et assure un avancement rapide du chantier. Le concept statique est original et efficace.

Ce jeu structurel donne à l’ensemble une force singulière. Quatre teintes à dominante chaude – rouge, orange, saumon et jaune – font vibrer les façades. Dynamique, vivace, coloré et ouvert: l’image de l’EMS est tout sauf triste!

L’ensemble répond aux exigences du label Minergie® en vigueur au moment du  dépôt de demande du permis de construire (2006). Une installation de ventilation à double flux est notamment présente dans les chambres et les appartements.

Un système de récupération de chaleur est associé aux monoblocs. La production d’eau chaude est assurée par des panneaux solaires placés sur les toits des trois bâti- ments. L’ensemble est relié à un réseau de chauffage à distance — chauffage combiné gaz/géothermie via une chaufferie centra- lisée dans un bâtiment voisin aussi propriété du BCAS et 84 sondes géothermiques. Le tout est distribué via le réseau au sol, utilisé également pour le rafraîchissement.

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Principaux intervenants                                                                                       Maîtres d’ouvrage                                                                                                       BCAS (Bureau Central d’Aide Sociale), Genève Fondation Clair Bois, Genève      Commune de Chêne-Bougeries

Pilotage                                                                                                                       Régie Brolliet SA, Carouge

Architectes                                                                                                           Réalisation Etape 1: dl-a, designlab- architecture SA, P. Devanthéry et I. Lamunière, Genève                                                                                                                Réalisation Etape 2: dl-a, designlab- architecture SA, I. Lamunière, Genève

Ingénieurs civils                                                                                                          Michel Paquet, Genève

Ingénieurs CVS                                                                                                    Weinmann energies SA, Echallens

Ingénieurs électricité-sécurité                                                                                    Scherler Ingénieurs-conseils SA, Genève

Direction des travaux                                                                                               Implenia Entreprise Générale SA, Onex

Eléments préfabriqués                                                                                                   MFP Préfabrication SA, Marin-Epagnier

Systèmes de verrouillage                                                                                     Rapid’Clés Sàrl, Petit-Lancy

Team spirit

massimo portrait 4Du 21 au 23 novembre, nous avons tous vibré pour la victoire de l’équipe de Suisse de tennis en Coupe Davis. Roger Federer et Stanislas Wawrinka ont offert au pays sa première victoire dans cette prestigieuse compétition et ont été accueillis en héros à leur retour. Bien que le tennis soit un sport avant tout individuel, cette fois, c’est bien la victoire d’une équipe qui est célébrée.

Alors que les premiers signes de ralentissement se font sentir, c’est ce même esprit d’équipe qui doit animer le monde de la construction, tous secteurs confondus. En effet, selon l’indice de la construction de la Société Suisse des Entrepreneurs (SSE) et du Credit Suisse publié le 20 novembre, le nombre de permis de construire ainsi que les entrées de commandes sont en recul. Si leur niveau reste élevé, et si 2014 sera sans doutes close sur un bon résultat, notamment en raison de l’hiver doux, l’avenir est plus incertain. Pour 2015, la SSE table sur un léger recul de l’activité en Suisse, bien qu’un effondrement proprement dit ne soit pas à craindre. En Europe, la situation est bien plus inquiétante. La question n’est plus de savoir si la Suisse sera épargnée ou non, mais dans quelle mesure nous seront capables de faire face à l’impact.

Dans ce sens, l’actualité de ces derniers mois est quelque peu contrastée. D’un côté, syndicats et patronat sont à nouveau face à face concernant les négociations salariales et la révision de la convention collective de travail du secteur principal de la construction. De l’autre, les hautes écoles se montrent dynamiques et redoublent d’initiatives visant à créer la cohésion et à favoriser la collaboration entre les différents corps de métiers.

« on ne fait rien tout seul »

A l’EPFL, la Faculté Environnement Naturel, Architectural et Construit (ENAC) vient de lancer l’opération «Projeter Ensemble». Celle-ci a pour but de répondre à la nécessité croissante de coopération dans les projets d’architecture et d’ingénierie et se traduit par plusieurs actions dans les programmes d’enseignement d’architecture, de génie civil et d’ingénierie de l’environnement, dans les programmes de recherche scientifique des laboratoires de l’ENAC et dans les interactions entre l’ENAC et la société. Ce projet est un fort encouragement aux échanges entre tous les membres de la faculté, synergies que les architectes et ingénieurs sauront mettre ensuite à profit durant toute leur carrière professionnelle.

A un autre niveau, la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO), qui regroupe cinq directions cantonales et 28 hautes écoles, vient de créer un nouveau Master HES-SO en innovation interdisciplinaire. Cette formation, unique en Suisse, est construite autour d’un projet pratique et professionnalisant confié par des PME/ PMI, des laboratoires de recherche ou des start-up, pour permettre aux étudiantes et étudiants d’acquérir des compétences interdisciplinaires. Celles-ci sont nécessaires pour développer des produits et services innovants et les commercialiser avec succès. Ce master est le fruit d’un partenariat entre les hautes écoles des domaines Economie et Services, Design et Arts visuels ainsi qu’Ingénierie et Architecture et sera lancé à la rentrée académique de septembre 2015.

Si l’on reconnaît que l’on ne fait rien tout seul, autant apprendre dès le début à travailler avec les autres. Maîtres d’ouvrage, concepteurs, techniciens spécialisés, four- nisseurs ou exécutants sont en réalité interdépendants. Pour faire face aux soubresauts économiques et aux adversités à venir, patronat et syndicats doivent dépasser leurs querelles et redécouvrir l’idée de partenariat. L’esprit d’équipe.